Démissions en chaîne en Pologne après un scandale d'écoutes

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Le scandale éclate au mauvais moment pour le gouvernement et le parti Plateforme Civique, qui pourrait devoir céder la place à l'automne au parti populiste et conservateur Droit et Justice.

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Stanislaw WASZAK
Agence France-Presse
Varsovie

À quatre mois des législatives clés, le président du Parlement polonais Radoslaw Sikorski et trois ministres de centre droit ont annoncé mercredi leur démission, après la fuite massive sur internet d'actes judiciaires d'une affaire d'écoutes qui a jeté une lumière crue sur les milieux du pouvoir.

C'est un homme d'affaires ayant touché à la politique du côté de l'ancien parti populiste paysan Samoobrona, Zbigniew Stonoga, qui a publié cette semaine sur sa page facebook les 2500 pages d'une enquête sur des entretiens compromettants entre de hautes personnalités de la vie politique et économique du pays, dont les démissionnaires.

L'affaire d'écoutes avait éclaté l'an dernier, avec la publication dans la presse des extraits les plus importants des enregistrements. Elle avait révélé des propos peu amènes et surprenants, enregistrés à l'insu des interlocuteurs dans des restaurants de Varsovie. M. Sikorski, à l'époque chef de la diplomatie, avait qualifié de «bullshit» (foutaises) l'alliance polono-américaine et fait des commentaires crus sur la politique européenne du Premier ministre britannique David Cameron.

M. Sikorski, aujourd'hui président de la Diète, numéro deux de l'État, a expliqué sa démission en déclarant l'avoir décidée pour le bien de son parti, la Plateforme Civique (PO, centre droit). «C'est le seul parti capable de préserver pour la Pologne les positions qu'elle a gagnées ces dernières années», a-t-il dit, indiquant qu'il serait tête de liste dans sa région, à Bydgoszcz.

C'est la Première ministre Ewa Kopacz qui a annoncé devant la presse le départ de ses trois ministres, Bartosz Arlukowicz (Santé), Andrzej Biernat (Sports) et Wlodzimierz Karpinski (Trésor), tous éclaboussés dans l'affaire.

Le chef des conseillers de la chef du gouvernement, l'ancien ministre des Finances Jacek Rostowski, et quatre vice-ministres, ont également démissionné. Jacek Cichocki, coordinateur des services spéciaux polonais, a également donné sa démission.

Scandale au mauvais moment

Le scandale éclate au mauvais moment pour le gouvernement et le parti Plateforme Civique, qui pourrait devoir céder la place à l'automne au parti populiste et conservateur Droit et Justice de Jaroslaw Kaczynski, gonflé à bloc par la victoire de son candidat Andrzej Duda à l'élection présidentielle du mois dernier.

En fait, la campagne pour les législatives a déjà commencé. Mme Kopacz l'a reconnu: «Tant que je suis Première ministre, je ne laisserai (personne) jouer avec des enregistrements durant la campagne» électorale, a-t-elle averti.

Elle a souhaité la démission du procureur général Andrzej Seremet, dont les services avaient distribué les actes de l'enquête à une douzaine de personnes, les acteurs de l'affaire d'écoutes et leurs avocats, potentiellement à l'origine de la fuite.

«Le seul résultat de la longue instruction, qui dure depuis plus d'un an, c'est une fuite gigantesque des dossiers de l'enquête», a-t-elle asséné.

D'après les médias polonais qui déplorent «la faiblesse de l'État», le parquet général et les services spéciaux auraient pu empêcher les fuites, mais ne l'ont pas fait, pour des raisons inconnues, alors qu'elles contenaient aussi les données personnelles d'une quarantaine d'agents du renseignement.

Les employés des restaurants où avaient été installés les micros avaient affirmé avoir agi pour un homme d'affaires, mais ce dernier dément et l'enquête n'est pas terminée.

S'adressant mercredi aux électeurs de son parti à propos du scandale, Mme Kopacz leur a présenté ses excuses. «Au nom de la Plateforme civique, je vous demande pardon», a-t-elle déclaré.

Brièvement interpellé par la police mardi soir, le blogueur Stonoga a affirmé avoir trouvé les documents photocopiés sur un serveur chinois. Il a été relâché après avoir été inculpé pour publication d'actes de l'enquête, un délit passible de deux ans de prison.

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