Fin de campagne législative tendue en Turquie

Après l'attaque de Diyarbakir, le chef du file... (Photo Osman Orsal, Reuters)

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Après l'attaque de Diyarbakir, le chef du file du HDP Selahattin Demirtas a demandé à ses troupes de ne pas céder aux «provocations» et assuré qu'il ne cèderait pas aux «menaces», clairement attribuées au pouvoir.

Photo Osman Orsal, Reuters

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Fulya OZERKAN
Agence France-Presse
DIYARBAKIR

Le gouvernement islamo-conservateur et l'opposition turques ont conclu samedi leur campagne pour les élections législatives dans un climat tendu, au lendemain d'un attentat mortel qui a visé le principal parti kurde, élevé au rang d'arbitre du scrutin.

Les ténors des quatre principaux partis, comme l'incontournable président Recep Tayyip Erdogan, ont une dernière fois déroulé leurs slogans et harangué leurs partisans, au lendemain d'un attentat à la bombe qui a fait deux morts et plus d'une centaine de blessés à Diyarbakir lors d'une réunion publique du Parti démocratique du peuple (HDP).

Les premiers éléments de l'enquête ont confirmé l'origine criminelle de la double explosion, un temps attribuée à un transformateur électrique.

Devant la presse, le ministre de l'Agriculture Mehdi Eker, originaire de la grande ville du sud-est à majorité kurde du pays, a rapporté que les deux détonations avaient été causées par «des charges de TNT» et déclenchées par un téléphone portable.

Selon M. Eker, 80 personnes étaient toujours hospitalisées, pour la plupart blessées par des éclats de métal et les billes métalliques contenues dans les engins. L'état de huit d'entre elles était toujours considéré comme sérieux, a-t-il ajouté.

Cette attaque a été unanimement condamnée comme une «provocation». Mais au terme d'une campagne électrique, elle n'a fait que relancer la controverse entre les principales forces politiques, signe des enjeux du scrutin de dimanche.

Au pouvoir depuis 2002, le Parti de la justice et du développement (AKP) en est donné favori. Mais, victime du déclin de l'économie et des critiques récurrentes sur sa dérive autoritaire, son règne sans partage est pour la première fois menacé.

M. Erdogan a lui-même ajouté aux tensions en transformant l'élection en référendum autour de sa personne. Pendant des semaines, il a fait campagne pour que l'AKP décroche plus de 330 des 550 sièges de députés nécessaires à une réforme de la Constitution qui renforcerait ses pouvoirs de président.

Dans cette course aux suffrages, le HDP a été promu au rang de «faiseur de rois».

«Traître à la patrie»

S'il franchit la barre des 10% des voix, requise pour entrer au parlement, il devrait obtenir une cinquantaine de sièges de députés et ainsi priver l'AKP des 330 sièges qu'il convoite. Les enquêtes d'opinion les plus audacieuses pronostiquent même que le HDP pourrait faire perdre sa majorité absolue à l'AKP.

Ce rôle de pivot a fait du parti kurde la cible de nombreuses attaques, parfois violentes, depuis le début de la campagne.

Après l'attentat de Diyarbakir, le chef de file du HDP Selahattin Demirtas a ordonné à ses troupes de garder leur calme. Mais il a accusé le pouvoir d'en porter la responsabilité et assuré qu'il ne cèderait pas face aux «menaces».

«Cela fait deux mois que le HDP est pris pour cible et décrit comme un traître à la patrie (...) le président de la République et le premier ministre voulait démontrer que le HDP a mérité ce qu'il lui arrive», a-t-il dénoncé à Istanbul.

En réunion dans son fief de Konya (centre), le chef de l'AKP et du gouvernement Ahmet Davutoglu a promis de «tout faire» pour retrouver les auteurs de l'attentat. «Personne ne pourra changer le destin de ces élections par la menace», a-t-il assuré.

Sur le ton plus accusateur qu'il affectionne, M. Erdogan a attribué l'attaque aux «ennemis» du pays, citant pèle-mêle les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), proches du HDP, sa bête noire l'imam Fethullah Gülen et le «lobby arménien».

Faisant à nouveau fi de la neutralité que lui impose la Constitution, il a étrillé l'opposition qui, a-t-il dit, «cherche à arrêter (...) la Nouvelle Turquie en marche».

Un peu isolé, seul le chef du principal parti d'opposition, le Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate) a pris ses distances avec les événements de Diyarbakir.

«Le dollar s'envole, le chômage aussi (...) 17 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté», a-t-il martelé à Istanbul, «la Turquie a besoin d'un nouveau programme économique et d'un gouvernement de confiance».

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