Législatives turques: une réforme constitutionnelle en jeu

Le 7 juin, le président sortant Recep Tayyip... (PHOTO OZAN KOSE, AfP)

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Le 7 juin, le président sortant Recep Tayyip Erdogan aimerait que son parti, l'AKP, obtienne au moins 400 des 550 sièges du Parlement, mais les sondages ne pointent pas dans ce sens.

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Le 7 juin, les Turcs passeront aux urnes pour choisir un nouveau Parlement. Ancien premier ministre et actuel président du pays, Recep Tayyip Erdogan espère que son parti obtiendra assez de sièges pour entreprendre une modification de la Constitution. Le tour des enjeux en quatre question et réponses.

Le parti Justice et développement (AKP) du président Erdogan est au pouvoir depuis 12 ans. Quelle est la probabilité que l'organisation conservatrice remporte de nouveau les élections?

Selon une compilation des plus récents sondages, l'AKP rallie environ 41% des intentions de vote, soit moins que son résultat électoral de 2011.

À l'époque, alors que la Turquie était en plein boom économique, l'AKP, sous la gouverne du premier ministre Erdogan, a remporté un peu moins de 50% des voix. Cela n'a pas suffi à lui assurer les deux tiers des 550 sièges du Parlement dont il avait besoin pour tenir un référendum constitutionnel et transformer la Turquie en république présidentielle.

Le 7 juin, Erdogan aimerait que l'AKP obtienne 400 sièges, mais les sondages ne pointent pas dans ce sens. «Il est même possible que la Turquie n'ait pas un gouvernement formé par un seul parti», note Diba Nigar Goksel, analyste du International Crisis Group, établi à Istanbul.

Ce serait la première fois que l'AKP, au pouvoir depuis 2002, aurait à partager le pouvoir.

Un nouveau parti, le Parti démocratique de Turquie (HDP), fait son entrée lors de ces élections législatives. Quel peut être son impact?

Parti pro-kurde, mais se réclamant plus largement de la gauche, le HDP espère obtenir un peu plus de 10% du vote, soit le seuil nécessaire pour être représenté à la Grande Assemblée nationale de Turquie. S'il remporte son pari, le parti dirigé par le jeune Selahattin Demirtas, 42 ans, pourrait éventuellement être appelé à faire partie d'un gouvernement de coalition.

S'il n'atteint pas la barre des 10%, les votes qui lui ont été accordés seront redistribués et profiteront surtout au parti au pouvoir, l'AKP, le deuxième en popularité dans le sud-est du pays, une région traditionnellement kurde. «Ça peut faire une différence de 50 sièges pour l'AKP (sur 550).

Beaucoup de gens veulent voter pour le HDP juste pour s'assurer que le parti atteindra ce seuil», estime Mme Goksel. Parmi les partisans du HDP, on trouve bon nombre de Turcs qui ont pris part au mouvement de protestation du parc Gezi qui a secoué le pays en 2013.

Le HDP a mis la défense de la démocratie, de la liberté de la presse et de l'égalité hommes-femmes au coeur de sa campagne électorale.

Qui sont les autres principaux partis de l'opposition?

En tout, 20 partis sont en lice pour les élections de dimanche, mais la règle draconienne du 10% réduit à quatre le nombre de partis qui pourraient être représentés au Parlement.

Le principal parti d'opposition est le Parti républicain du peuple, le CHP, qui a dominé la politique turque jusqu'à l'arrivée de l'AKP, en 2002. Selon les sondages, le CHP pourrait obtenir 26% des voix lors du scrutin.

Cependant, on s'attend aussi à ce que le Parti du mouvement nationaliste (MHP) d'extrême droite fasse des gains par rapport aux dernières élections législatives. «Ceux qui sont contre le processus de paix avec les Kurdes que l'AKP a entamé ont tendance à voter MHP plutôt que CHP», note l'experte de l'International Crisis Group, en ajoutant que la question kurde jouera un rôle important dans les élections.

Une part importante des Turcs s'opposent aux négociations du gouvernement sortant de l'AKP avec Abdullah Öcalan, le leader du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), un groupe armé.

Ce dernier est en prison depuis 1999. Avant le cessez-le-feu décrété par Öcalan en 2013, un sanglant conflit a opposé le PKK à l'armée turque pendant plus de 30 ans.

Qu'est-ce qui est au coeur de la bataille électorale?

Malgré les importantes divergences entre les principaux partis, l'idéologie ne joue pas un très grand rôle dans l'élection actuelle, note Mme Goksel.

Les deux principaux partis rivalisent davantage en promettant de lancer de grands projets d'infrastructure. Au cours des ans, ces «projets fous» sont devenus la marque de commerce de l'AKP et du président Erdogan.

En ce moment, l'AKP prévoit construire un troisième aéroport à Istanbul, veut creuser un canal de 43 km qui relierait la mer Noire à la mer de Marmara et établir des trains à grande vitesse à la grandeur du pays. En guise de réponse, le CHP promet de mettre sur pied une nouvelle mégapole dans le centre du pays, soit en pleine Anatolie.

Construite en 20 ans pour la somme de 200 milliards de dollars, la ville abriterait éventuellement 3 millions d'habitants, serait alimentée par des énergies renouvelables et accueillerait des entreprises de pointe, projette le CHP. «Avec ce projet, le CHP veut montrer de quoi il serait capable s'il était de retour au pouvoir», note l'analyste de l'International Crisis Group.

Le CHP promet aussi d'être vigilant concernant les fraudes électorales en déployant une armée d'observateurs de 550 000 personnes aux quatre coins de la Turquie.

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INFOGRAPHIE LA PRESSE

CARTE POLITIQUE DE LA TURQUIE

Istanbul

La métropole du pays a aujourd'hui une population de près de 15 millions d'habitants.

La majorité des grands projets d'infrastructure proposés par le parti au pouvoir ciblent Istanbul, où l'AKP compte parmi ses plus fervents partisans et opposants.

Avant d'être premier ministre et président, Erdogan a été maire de la mégapole.

Ankara

La capitale de la Turquie n'est gagnée d'avance pour aucun parti.

En 2014, après l'élection présidentielle, un nouveau dépouillement s'est tenu dans la ville de 5 millions d'habitants.

Izmir

Ville la plus favorable à la laïcité, Izmir est un château fort du Parti républicain du peuple (CHP).

La formation a été mise sur pied par le fondateur de l'État turc moderne, Mustafa Kemal.

Merkez Turkiye

C'est la ville que veut créer de toutes pièces le Parti républicain du peuple (CHP) s'il est porté au pouvoir.

La construction coûterait 200 milliards.

Diyarbakir

Centre névralgique de la minorité kurde du pays.

On s'attend à ce que les électeurs partagent leur vote entre le parti pro-kurde (HDP) et le parti Justice et développement (AKP), actuellement au pouvoir.

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