Demandeurs d'asile: Bruxelles revient à la charge sur la solidarité

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De jeunes réfugiées syriennes dans le camp d'Azraq, en Jordanie.

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Christian SPILLMANN
Agence France-Presse
Bruxelles

La Commission européenne a demandé mercredi aux États membres de l'UE de prendre en charge 40 000 demandeurs d'asile originaires de Syrie et d'Erythrée arrivés en Italie et Grèce, en signe de solidarité avec Rome et Athènes, une démarche qui suscite de très sérieuses réserves notamment en France.

Elle les a également invités à accueillir 20 000 réfugiés syriens venus de pays extérieurs à l'UE. Ces deux actions doivent courir sur deux ans et être assorties d'une aide financière aux États.

La répartition sera calculée en fonction de la population et du PIB des États, de leur taux de chômage et du nombre de demandeurs d'asile déjà accueillis. Les partenaires de l'Italie et de la Grèce sont invités à prendre «leur part»  a déclaré le commissaire aux Affaires intérieures Dimitris Avramopoulos, qualifiant ces critères de «pertinents et objectifs»,

Une enveloppe de 6000 euros sera allouée pour chaque demandeur d'asile pris en charge, a précisé la Commission. La mesure s'appliquera aux candidats à l'asile arrivés après le 15 avril.

Trois pays --le Royaume Uni, l'Irlande et le Danemark-- bénéficient d'une exemption, leur permettant de refuser de s'associer à cet effort de solidarité envers l'Italie et la Grèce.

Solidarité minimale 

Concrètement, la France est appelée à prendre en charge 6752 demandeurs d'asile syriens et érythréens et invitée à accueillir 2375 réfugiés syriens au cours des deux prochaines années.

Parmi les autres pauys, l'Allemagne devra prendre en charge 11 849 demandeurs d'asile et réfugiés et l'île de Malte, également destination de migrants, 413.

Le mécanisme d'urgence activé mercredi pour l'Italie et la Grèce est temporaire. Il pourra également être mis en oeuvre pour Malte en cas d'afflux soudain de migrants, a précisé la Commission.

«Il s'agit d'une solidarité minimale», selon M. Avramopoulos ajoutant que «chaque État peut faire davantage».

«Nous ne proposons pas de quotas», a-t-il insisté en déplorant «les malentendus» créés par une «mauvaise interprétation» de ces propositions «dans certains États et dans certains medias». La France s'est dite opposée à toute idée de quotas pour les immigrés ou l'attribution du statut de réfugié.

«Il n'a jamais été question de propositions pour les migrants illégaux», a insisté M. Avramopoulos.

«Ce que nous proposons, c'est une répartition équitable des migrants ayant besoin d'une protection internationale», a-t-il expliqué. «Chaque État reste libre d'accorder ou non cette protection aux demandeurs d'asile qu'il aura pris en charge au titre de cette solidarité», sleon le Commissaire.

«La proposition n'est pas parfaite, mais elle constitue un énorme pas en avant, car elle introduit le principe de la solidarité», a commenté la chef de la diplomatie de l'UE, l'Italienne Federica Mogherini. «Il va falloir construire un consensus» sur cette proposition de transfert des demandeurs d'asile «afin que les ministres de l'Intérieur puissent l'approuver à la majorité qualifiée lors de leur réunion le 16 juin» à Luxembourg, a-t-elle toutefois averti.

L'exercice s'avère difficile en raison de l'hostilité de nombreux pays. Prague et Vilnius ont réitéré mercredi leur opposition. «Une douzaine de pays ont exprimé de très sérieuses réserves lors d'une première discussion mercredi entre les ambassadeurs auprès de l'UE», a indiqué un participant à l'AFP.

La France, pour sa part, soutient l'esprit de la démarche, mais pas la méthode ni la proposition et a énoncé un certain nombre de conditions. «La clef de répartition devra mieux prendre en compte les efforts déjà effectués par les États membres dans le cadre de la protection internationale», a notamment indiqué le ministre français de l'Intérieur Bernard Cazeneuve dans un communiqué.

«Si la France reste dans le camp du refus, la majorité qualifiée ne sera pas trouvée», indique-t-on de source européenne.

Ban soutient Juncker 

«Certains États sont réticents», a déploré le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker devant la presse avec le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon. «Ils doivent accepter», a-t-il affirmé insistant : «Il ne s'agit pas de paroles, mais d'actes».

Le plan d'action pour l'immigration et l'asile est la première initiative «politique» de M. Juncker depuis sa prise de fonction en novembre 2014.

Ban Ki-moon lui a apporté son soutien: «J'encourage les États membres à montrer de la compassion et prendre en considération la proposition de la Commission».

Le secrétaire général a en revanche répété ses réserves envers le projet européen d'opération navale contre les navires utilisés pour les passages en Méditerranée. L'UE cherche a obtenir une résolution des Nations unies pour mener cette opération.

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