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France: dix ans après le drame à l'origine des émeutes des banlieues, deux policiers relaxés

À l'énoncé du jugement, des cris de colère... (PHOTO DAMIEN MEYER, AFP)

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À l'énoncé du jugement, des cris de colère ont fusé dans le tribunal, où étaient présents des membres des familles des victimes.

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Christian GAUVRY, Anne MEYER
Agence France-Presse
RENNES

Dix ans après le drame qui a coûté la vie à deux jeunes dans une banlieue de Paris et déclenché trois semaines d'émeutes dans le pays, la justice française a relaxé lundi deux policiers, provoquant la colère des familles de victimes.

Ces deux agents, un homme et une femme, étaient poursuivis pour non-assistance à personne en danger, après la mort en octobre 2005 de Bouna Traoré, 15 ans, et Zyed Benna, 17 ans, par électrocution à l'issue d'une course-poursuite avec la police.

Le décès des deux adolescents avait déclenché les émeutes les plus graves de l'histoire des banlieues en France, face auxquelles le gouvernement de l'époque avait décrété l'état d'urgence.

«Je suis écoeuré, déçu, dégoûté, les policiers sont intouchables», a lâché, furieux, Adel Benna, le frère aîné de Zyed en quittant la salle d'audience.

À l'énoncé du jugement, des cris de colère ont fusé dans le tribunal. «C'est une honte», a crié une femme, dénonçant «dix ans d'impunité policière».

«Les familles ne tourneront pas la page dans l'immédiat», a déclaré à la presse Samir Mihi, responsable d'une association de soutien des familles.

Jean-Pierre Mignard, l'un de leurs avocats, a qualifié la relaxe de décision «choquante pour les parties civiles».

«Nous allons faire appel» mais faute de pouvoir le faire au pénal, «l'affaire peut se rejuger sur le plan civil», a-t-il précisé et «s'il le faut et si c'est nécessaire, nous irons jusque devant la chambre criminelle de la Cour de cassation».

Le tribunal a rejeté la plupart des arguments des avocats des parties civiles, rejoignant la position du procureur qui avait requis la relaxe à l'issue de l'audience, tenue du 16 au 20 mars.

Rassemblements

Le drame au coeur du procès était survenu le soir du 27 octobre 2005 lors d'une intervention de police à Clichy-sous-Bois, au nord de Paris.

À l'issue d'une course-poursuite entre jeunes et policiers, l'agent Sébastien Gaillemin avait vu deux «silhouettes» enjamber le grillage d'un cimetière et pénétrer dans un petit bois dans lequel un mur interdisait l'accès à un transformateur électrique de la société nationale d'électricité EDF.

«S'ils rentrent sur le site EDF, je ne donne pas cher de leur peau», avait-il lâché sur la radio de la police, à l'écoute de laquelle était sa collègue Stéphanie Klein, alors stagiaire, accusée elle aussi de ne pas avoir réagi.

Trois adolescents étaient effectivement entrés sur ce site EDF où deux d'entre eux, Bouna Traoré et Zyed Benna, sont morts électrocutés, près de 30 minutes après le départ des policiers. Leur camarade Muhittin Altun, 17 ans, en avait réchappé, brûlé sur 10 % du corps.

Le tribunal a considéré que ni Sébastien Gaillemin, ni Stéphanie Klein ne pouvaient avoir «la conscience claire et réelle d'un péril imminent», a expliqué le président, Nicolas Léger.

«C'est ce que la défense soutient depuis le début», a réagi Daniel Merchat, l'avocat des policiers qui, après enquête interne, n'ont pas été sanctionnés.

À l'issue du jugement, le calme régnait à Clichy-sous-Bois, où «aucun incident» n'était signalé dans l'après-midi, selon une source policière.

En début de soirée, près de 200 personnes se sont rassemblées dans le calme devant le tribunal situé à Bobigny pour exprimer leur «dégoût» après la relaxe des policiers.

Une centaine de personnes se sont aussi rassemblées à Lyon (centre-est), en criant «pas de justice, pas de paix», et quelque 180 personnes ont manifesté dans le calme à Toulouse (sud-ouest).

Deux syndicats de policiers, UNSA et Unité SGP Police-Force ouvrière, se sont déclarés satisfaits de la relaxe de leurs collègues.

Ce jugement «laisse un immense sentiment de gâchis», a pour sa part estimé l'association SOS Racisme.

Première personnalité politique à réagir, la députée du parti d'extrême droite Front national, Marion Maréchal-Le Pen, a jugé sur Twitter que la relaxe des policiers  «prouvait» que «la racaille» avait mis «par plaisir» les banlieues françaises «à feu et à sang».

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