Élections au Royaume-Uni: le choix de la peur

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La stratégie de David Cameron (ici avec son épouse, vendredi), qui a promis le «chaos» aux Britanniques en cas d'arrivée au pouvoir des travaillistes grâce au soutien du Parti national écossais, semble avoir fonctionné.

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TRISTAN DE BOURBON
La Presse

(Londres) À la surprise générale, le premier ministre David Cameron a été réélu à son poste. La possibilité de voir les indépendantistes écossais accéder au pouvoir n'est pas étrangère à la chose, selon les experts.

La reine d'Angleterre ne pensait pas rentrer au boulot hier matin, au palais de Buckingham, pour confirmer la réélection de David Cameron.

S'attendant à de longues négociations entre les partis britanniques pour former un gouvernement en raison de résultats serrés, Élisabeth II avait plutôt prévu rester dans son palais de Windsor, en banlieue de Londres.

La victoire surprise du chef du parti conservateur l'a obligée à changer ses plans pour accueillir hier le chef de son 21e gouvernement. «Nous gouvernerons comme le parti d'une seule nation, d'un seul Royaume-Uni. Cela signifie s'assurer que la reprise [économique] atteint tout le royaume», a dit un David Cameron jubilant, après son tête-à-tête avec la souveraine.

Depuis des mois, le responsable conservateur avait demandé aux Britanniques de «lui permettre de gagner vingt sièges», le nombre nécessaire à l'obtention de la majorité à la Chambre des communes. Il a été entendu. Il pourra donc «terminer le travail» pour relancer l'économie entamé en mai 2010.

Le poids des indécis 

Comment a-t-il réussi un tel retournement de situation? Assurément, les instituts de sondage n'ont pas bien estimé le fort soutien accordé aux conservateurs par les indécis. Comme l'a expliqué le sondeur conservateur Michael Ashford, 33% des électeurs se sont décidés au cours de la semaine précédant le vote, dont 11% le jour même. Une décision de dernière minute qui aurait fait pencher la balance en faveur du parti en place, synonyme de stabilité. 

La guerre d'image entre David Cameron et son adversaire travailliste Ed Miliband aurait fortement joué en ce sens. «La campagne, dirigée par les partis, était tellement monotone que tous les commentateurs se sont laissés emporter par des thématiques non fondamentales, comme les débats télévisés, et ont oublié les questions importantes: l'économie et la mauvaise image d'Ed Miliband», indique Charlie Beckett, directeur d'un centre de recherche du département communications et médias de la London School of Economics. 

«David Cameron est perçu comme déconnecté des gens, élitiste et même fainéant, poursuit-il. Ce n'était pourtant pas aussi dérangeant que les failles de son adversaire travailliste, vu comme incompétent et impersonnel.»

Au final, même les prédécesseurs du chef conservateur au poste de premier ministre, Margaret Thatcher et Tony Blair, n'avaient pas réalisé une telle performance: obtenir plus de sièges, plus de votes et un meilleur pourcentage des votes lors d'une seconde élection. David Cameron est ainsi passé de 10,8 à 11,3 millions de votes et de 36,4 à 36,9% des voix.

La donne indépendantiste 

Pour Nigel Farage, le chef du Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP), l'excellent score des conservateurs s'explique avant tout par la peur d'une victoire travailliste. «Il y a eu énormément d'électeurs tellement effrayés par une coalition entre le Parti travailliste et le Parti national écossais (SNP) indépendantiste qu'ils ont décidé de changer de camp et de voter pour les conservateurs. Cela inclut notamment des électeurs qui ont voté UKIP lors du scrutin précédent.»

Les libéraux-démocrates ont fait part du même sentiment. Gavin Grant, responsable du parti pour les régions de l'ouest du pays, indique avoir perçu un véritable changement dans l'humeur des gens lors des derniers jours de la campagne. «Lors des séances de porte-à-porte, les gens disaient qu'ils voulaient de la clarté, un gouvernement qui n'aurait pas les mains liées par les indépendantistes écossais du SNP. Ce message a fini par trouver une résonance auprès des gens à la fin de la campagne. La tendance auprès des indécis, ceux qui choisissent entre nous et les conservateurs, n'était pas à notre avantage. Il y avait un désir de certitude.»

La stratégie menée par David Cameron lors des semaines préalables au référendum écossais en septembre dernier semble encore avoir fonctionné. Il avait promis le «chaos» aux Écossais en cas d'indépendance; il a de nouveau promis le «chaos» aux Britanniques en cas d'arrivée au pouvoir des travaillistes grâce au soutien du Parti national écossais dirigé par Nicola Sturgeon.

Sa victoire lui a permis hier d'être généreux envers les Écossais. Lors de son discours d'acceptation, il a promis de créer le «plus puissant gouvernement dévolu du monde avec d'importantes compétences en matière de taxation». Au regard des sourires des indépendantistes, qui pourront rejeter sur les conservateurs la responsabilité de tous les problèmes à venir, cette stratégie pourrait bien se retourner contre David Cameron.

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