Un musée du nazisme à Munich

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L'exposition permanente, sur quatre étages, présente en allemand et en anglais photographies et vidéos retraçant l'époque, depuis les grandioses parades militaires jusqu'à la destruction de la ville par les bombardements alliés.

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Deborah COLE
Agence France-Presse
MUNICH

Un musée consacré au nazisme ouvre ses portes à Munich (sud de l'Allemagne), ville-berceau du mouvement hitlérien, qui, longtemps, a eu du mal à se confronter à ce passé compromettant.

L'inauguration, jeudi, coïncide avec le 70e anniversaire de la «libération» de la capitale bavaroise par les troupes américaines.

C'est également le 30 avril qu'Adolf Hitler mettait fin à ses jours, dans son bunker berlinois, en 1945, à quelques jours de la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe.

Vétérans américains et survivants de l'Holocauste devaient se joindre dans l'après-midi aux personnalités politiques, pour la cérémonie organisée dans ce bâtiment, un cube blanc aux fines ouvertures vitrées, érigé au coeur de l'ancien centre névralgique du pouvoir nazi.

Pour le directeur de l'institution, Winfried Nerdinger, fils d'un membre de la résistance locale, il est clair que Munich a mis trop longtemps à regarder en face ce passé encombrant sur lequel elle préférait garder le silence.

«Pour Munich, ça a été plus difficile que pour d'autres villes d'Allemagne, car elle était aussi plus marquée (du sceau du nazisme) que n'importe quelle autre ville», a-t-il affirmé.

«C'est ici que tout a commencé».

Mais le président du Congrès juif mondial, Ronald Lauder, a souligné qu'il n'était «jamais trop tard» pour se confronter au passé. «Il y a toute une nouvelle génération qui doit savoir ce qui s'est passé et pourquoi cela s'est passé (...) le fait que les gens savaient ce qui se passait et sont restés silencieux», a-t-il souligné à l'AFP.

Pour M. Nerdinger, le principal objectif de son «Centre de documentation sur l'histoire du national-socialisme» est de montrer comment Munich, fière de se présenter comme une terre de tolérance, avec sa riche scène artistique et ses «Biergarten» symboles de joie de vivre, a vu ce bel esprit s'évanouir sous les coups de boutoir de la lente et progressive perversion nazie.

L'exposition permanente, sur quatre étages, présente en allemand et en anglais photographies et vidéos retraçant l'époque, depuis les grandioses parades militaires jusqu'à la destruction de la ville par les bombardements alliés.

M. Nerdinger a intentionnellement refusé d'exposer uniformes nazis et étendards géants frappés de la croix gammée afin d'éviter toute mise en valeur de l'esthétique national-socialiste.

En lieu et place, le visiteur pourra par exemple s'attarder sur ce sonnet griffonné à la main et retrouvé, taché de sang, dans la poche du résistant Albrecht Haushofer, exécuté juste avant la fin de la guerre.

Le Parti ouvrier allemand (DAP) fut fondé dans une brasserie munichoise en 1919, et Hitler le rejoignit dans le courant de l'année.

Hitler «comme un magicien»

Devenu en 1920 Parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP), il allait bénéficier d'une première audience nationale, à la faveur du procès pour haute trahison d'Hitler, après son putsch manqué en 1923.

Sous l'influence conjuguée de la crise économique et des craintes liées à la menace communiste, Munich allait ensuite devenir un «bastion du sentiment réactionnaire», selon l'expression de l'écrivain Thomas Mann, en 1926.

Et en 1930, les nazis y établissaient leur quartier général, la Maison brune, dans un quartier chic du centre-ville, à l'endroit même où se trouve aujourd'hui le musée.

Munich fut également essentiel dans la mise en oeuvre du système des camps de concentration, Dachau, première installation du genre et modèle pour les autres y ayant ouvert dès 1933, à quelques kilomètres de la capitale bavaroise.

La chancelière Angela Merkel y est attendue dimanche pour célébrer les 70 ans de la libération du camp.

L'exposition n'oublie par ailleurs pas de mentionner le délicat épisode de l'après-guerre, lorsque d'anciens officiels du régime déchu y continuaient, au vu et au su de tous, leurs carrières politiques, et que des groupes néonazis tentaient de réactiver la xénophobie à l'honneur sous le Reich.

«Je suppose que c'est un héritage complexe avec lequel il faut composer, n'est-ce pas?», a déclaré à l'AFP Edgar Feuchtwanger, nonagénaire juif originaire de la ville, mais qui s'est ensuite établi en Grande-Bretagne.

La ville de Munich, l'État régional de Bavière et l'État fédéral ont chacun couvert un tiers du budget de 28,2 millions d'euros du projet.

L'ouverture au public est prévue le 1er mai.

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