Soixante-dix ans après sa mort, Hitler continue de hanter sa ville natale

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Adolf Hitler

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Nina LAMPARSKI, Viken KANTARCI
Agence France-Presse
BRAUNAU-AM-INN, Autriche

«Chaque année c'est le même cirque», marmonne un passant à la vue du maigre rassemblement devant la façade jaune décrépite. Soixante-dix ans après le suicide d'Adolf Hitler, le 30 avril 1945, le dictateur continue de jeter une ombre sur Braunau-am-Inn, sa ville natale.

Ce samedi 18 avril, les quelques dizaines d'antifascistes en sweat-shirts noirs à capuche, chaussés de lunettes de soleil malgré la pluie, détonnent dans le paysage pastel de cette bourgade de l'ouest de l'Autriche, à la frontière avec la Bavière allemande.

À Braunau, 17 000 habitants, les débats sont vifs... (PHOTO JOE KLAMAR, ARCHIVES AFP) - image 2.0

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À Braunau, 17 000 habitants, les débats sont vifs entre ceux qui voudraient faire de la maison un centre d'accueil pour réfugiés, et ceux qui préféreraient y voir un musée sur la libération de l'Autriche.

PHOTO JOE KLAMAR, ARCHIVES AFP

La grosse bâtisse fatiguée de 800 mètres carrés devant laquelle ils se rassemblent est la maison natale d'Hitler. Elle symbolise, en plein centre-ville, ce passé qui ne passe pas.

Malgré la pierre mémoriale en hommage aux victimes du nazisme, Astrid Hainz, organisatrice du défilé, accuse d'ailleurs la ville de faire comme si la maison n'existait pas. «Elle est là pourtant, et il faut faire avec. C'est un devoir.»

Le gouvernement autrichien, soucieux d'éviter que l'endroit ne devienne un lieu de pèlerinage néonazi, avait signé un bail en 1972 avec la propriétaire Gerlinde Pommer.

Cet accord coûteux - 4800 euros (plus de 6300 $) de loyer mensuel - stipulait que le bâtiment ne pouvait servir qu'à des usages socio-éducatifs ou administratifs, explique à l'AFP Karl-Heinz Grundböck, un porte-parole du ministère de l'Intérieur.

L'État perd patience

C'est ainsi que la «maison d'Hitler», comme on l'appelle localement, est devenue un centre d'accueil pour personnes handicapées - précisément une catégorie de la population qui avait été victime du régime nazi.

L'arrangement a brusquement pris fin 35 ans plus tard, devant le refus de Mme Pommer d'accepter des travaux de rénovation indispensables.

La maison de trois étages est vide depuis 2011, au grand dam de l'État, qui a dépensé depuis lors quelque 240 000 euros (317 000 $) pour la location d'un bâtiment à l'abandon, et qui perd patience.

«Nous avons fait une offre d'achat, mais nous envisageons aussi une expropriation», confirme M. Grundböck.

À Braunau, 17 000 habitants, les débats sont vifs entre ceux qui voudraient faire de la maison un centre d'accueil pour réfugiés, et ceux qui préféreraient y voir un musée sur la libération de l'Autriche.

La propriétaire, elle, garde un silence dont elle ne s'est jamais départie. Sa famille possède les lieux depuis plus d'un siècle, avec une courte interruption pendant la période nazie.

Affronter le passé

«Elle a hérité de la maison et empoche l'argent sans respecter les termes de l'accord», accuse l'historien local Florian Kotanko: «Elle pourrait faire quelque chose d'historique en donnant la maison à la République».

Comme la poignée de militants antifascistes qui reviennent chaque année, il juge que la ville, où le dictateur naquit le 20 avril 1889, se doit d'affronter cet héritage encombrant.

«Laisser la maison s'écrouler, ou la faire sauter» ne résoudra rien «parce que la fascination demeurera», dit-il. «Les gens veulent voir où est né celui qui a été capable d'exterminer une grande partie de la population en Allemagne, en Autriche et au-delà».

«Les gens d'ici ne méritent pas la marque d'infamie» qu'est la maison, se lamente en retour le maire Georg Wojak. «Braunau n'est pas l'endroit où les crimes ont été commis. Son seul crime, c'est qu'Hitler soit né ici.»

Qu'ils le veuillent ou non, les habitants de Braunau devraient encore longtemps être confrontés au passé de leur ville, citée dès les premières lignes de «Mein Kampf», le livre écrit en 1924 par Hitler, alors un jeune putschiste à demi obscur.

Certains résidants commencent à regarder ce passé davantage en face, assure la journaliste Monika Raschhofer, rédactrice en chef du journal local.

D'après elle, l'habitude qu'avaient les habitants d'envoyer dans la mauvaise direction les touristes cherchant la maison appartient au passé. «Quand j'ai des invités, dit-elle, je leur montre toujours la maison d'Hitler et le mémorial. Cela fait partie de Braunau».

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