Méditerranée: le commandant du chalutier «responsable» de la tragédie

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La police italienne a rapidement identifié le capitaine Mohammed Ali Malek (en blanc) et un membre d'équipage Mahmud Bikhit (en bleu) du chalutier chargé de plusieurs centaines de migrants, qui a fait naufrage au large de la Libye dans la nuit de samedi à dimanche. Hormis les deux passeurs, seuls 26 migrants ont survécu.

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Fanny CARRIER
Agence France-Presse
CATANE, Italie

Le commandant du chalutier chargé de centaines de migrants, qui a fait naufrage ce week-end, a été désigné mardi par la justice italienne comme l'unique responsable de ce drame, l'un des plus tragiques qu'ait connu la Méditerranée.

Sous le choc, épuisés, les survivants de cette nouvelle hécatombe de migrants en Méditerranée, avec 800 morts présumés, sont arrivés tôt mardi en Sicile en même temps que les deux passeurs responsables du drame - le commandant du bateau et un membre d'équipage -, aussitôt arrêtés. Leur détention doit être confirmée dans la journée par un magistrat italien.

Celle du commandant du chalutier, un Tunisien âgé de 27 ans, Mohammed Ali Malek, ne fait guère de doutes, selon le parquet de Catane en Sicile. Le membre d'équipage considéré comme étant le deuxième passeur serait d'origine égyptienne et répondrait au nom de Mahmud Bikhit. 

Pour les procureurs responsables de l'enquête, l'homme a provoqué le naufrage en surchargeant son navire et se montrant incapable de le manoeuvrer à l'approche d'un cargo portugais venu le secourir.

La catastrophe a deux causes principales, selon le parquet. «D'une part les fausses manoeuvres décidées par le commandant du chalutier qui, dans la tentative d'aborder le cargo, a provoqué la collision avec ce bateau plus grand», écrivent les procureurs de Catane dans un communiqué.

«D'autre part, la surcharge en passagers du chalutier, qui a été déséquilibré par ces fausses manoeuvres et par le déplacement des migrants à bord», ajoutent-ils, soulignant que pour ces raisons le chalutier «a chaviré».

Le parquet a assuré que le cargo portugais, qui a été le premier à intervenir après l'appel de détresse lancé par le chalutier dans la nuit de samedi à dimanche au large de la Libye, «n'a en rien contribué» à ce drame.

Le bilan du naufrage est officiellement de 24 morts et 28 survivants, mais le nombre des disparus est estimé à environ 800, dont des femmes et des enfants, par les organisations humanitaires internationales.

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La police italienne a rapidement identifié le capitaine Mohammed Ali Malek (en blanc) et un membre d'équipage Mahmud Bikhit (en bleu) du chalutier chargé de plusieurs centaines de migrants, qui a fait naufrage au large de la Libye dans la nuit de samedi à dimanche. Hormis les deux passeurs, seuls 26 migrants ont survécu.

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«Enfermés dans les cales»

Le parquet ne confirme pas ce chiffre, mais estime à 850 le nombre de migrants à bord de ce chalutier, long de 20 mètres, sur la base des récits des survivants et de l'estimation de l'équipage du cargo portugais.

Seuls 24 corps ont pu être repêchés et le parquet explique le petit nombre de survivants par le fait que «de nombreux migrants, dont des femmes et des enfants, étaient enfermés dans les cales» du navire.

Les enquêtes se poursuivront pour déterminer le nombre de morts, y compris en procédant à la récupération de l'épave, si nécessaire, ont indiqué les procureurs de Catane. Cette dernière possibilité avait été évoquée dès dimanche par le chef du gouvernement italien Matteo Renzi afin de «donner une sépulture décente» aux victimes.

«On peut dire que 800 personnes sont mortes», avait déclaré dans la nuit de lundi à mardi à Catane Carlotta Sami, porte-parole du HCR en Italie. Cette estimation a été confirmée à Catane par le porte-parole de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), Flavio Di Giacomo.

«Il y avait un peu plus de 800 personnes à bord, dont des enfants de 10, 12 ans. Il y avait des Syriens, environ 150 Érythréens, des Somaliens... Ils étaient partis samedi à 8 h de Tripoli», en Libye, a ajouté Mme Sami, soulignant combien ils semblaient «épuisés, sous le choc» à leur arrivée dans le port de Catane.

«Ils sont tous si jeunes, et même si nous n'avons pas eu le temps d'aborder cette question, il est certain que beaucoup ont perdu des proches dans le naufrage», a-t-elle encore raconté.

Depuis le début de l'année, ce sont quelque 1750 migrants, hommes, femmes et enfants qui ont péri en mer, dont 450 la semaine dernière. C'est 30 fois plus que durant la même période l'an dernier, selon l'OIM.

Le flux ne tarit pas

Et le flux ne tarit pas.

Pour la seule journée de lundi, les gardes-côtes italiens ont sauvé 638 migrants embarqués sur six canots pneumatiques, au cours de six opérations de sauvetage différentes, dont certaines, à moins de 60 km des côtes libyennes.

Par ailleurs, deux passeurs présumés syriens ont été arrêtés au lendemain du naufrage d'un voilier au large de l'île de Rhodes, qui avait fait trois morts, selon la police portuaire grecque qui a annoncé avoir secouru mardi deux autres bateaux de migrants en difficulté.

L'Union européenne a décidé de tenir jeudi un sommet extraordinaire pour répondre en urgence à ces drames en Méditerranée.

Elle a d'ores et déjà adopté lundi un plan d'action en dix points qui prévoit notamment le doublement des moyens pour la mission de surveillance maritime Triton. Celle-ci pourra patrouiller dans une zone plus large et devra participer aux secours.

Certains néanmoins doutent de l'efficacité à long terme de ces mesures, pourtant ardemment réclamées par les organisations humanitaires.

«Ce n'est pas avec dix bateaux de plus ou de moins» que le problème sera réglé, avait jugé dès dimanche Matteo Renzi, soulignant que le naufrage du chalutier avait eu lieu alors que les secours étaient déjà présents sur les lieux.

Le problème n'est pas celui du contrôle des mers, mais bien la mise hors d'état de nuire des passeurs, ces nouveaux «esclavagistes», a-t-il souligné.

Lundi, il a proposé des «interventions ciblées» à l'encontre de ceux qui organisent ces «voyages de la mort», une idée reprise le même jour à Luxembourg par les ministres des Affaires étrangères et de l'Intérieur, mais qui doit vaincre encore les réticences de certains pays, notamment la Grande-Bretagne.

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