L'ex-comptable d'Auschwitz demande «pardon» aux victimes

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Oskar Gröning est jugé en Allemagne pour «complicité de 300 000 meurtres aggravés».

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Coralie FEBVRE
Agence France-Presse
LUNEBOURG, Allemagne

Au premier jour de son procès en Allemagne, Oskar Gröning, l'ancien comptable d'Auschwitz, a demandé «pardon» aux victimes de la Shoah en assumant sa faute «morale», mais a distingué son travail de celui des bourreaux.

«Pour moi, il ne fait aucun doute que je partage une culpabilité morale», a déclaré l'ancien SS, âgé de 93 ans, lors d'une longue déposition livrée d'une voix ferme, appuyée sur des souvenirs précis. «Je demande pardon», a-t-il ajouté.

«Concernant la question de la responsabilité pénale, c'est à vous de décider», a-t-il dit au tribunal de Lunebourg (nord), alors qu'il encourt trois à 15 ans de prison pour «complicité de 300 000 meurtres aggravés» et pourrait être le dernier ancien nazi traduit en justice.

Vêtu d'une chemise blanche rayée et d'un chandail sans manches, lunettes à monture dorée, le nonagénaire est entré, appuyé sur ses deux avocats, avant de soulever son cadre de marche d'un geste vif pour s'installer et écouter avec attention la lecture de l'acte d'accusation.

N'éludant aucune question, il s'est défendu pied à pied jusqu'à la suspension de l'audience, en milieu d'après-midi: avec 70 ans de distance, il s'est dépeint en jeune SS cantonné à des tâches administratives, dans un contexte de guerre, avec une connaissance limitée du génocide en cours.

«Pour moi, il ne fait aucun doute que je partage une culpabilité morale. Je demande pardon. [...] Concernant la question de la responsabilité pénale c'est à vous de décider.»

Oskar Gröning
l'ancien comptable d'Auschwitz
L'ancien comptable d'Auschwitz Oskar Gröning, 95 ans, a... (PHOTO MARKUS SCHREIBER, archives AP) - image 3.0

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L'ancien comptable d'Auschwitz Oskar Gröning, 95 ans, a été condamné à quatre ans de prison pour « complicité » dans le meurtre de 300 000 Juifs.

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Le vol des montres en or

Oskar Gröning a décliné son état civil - veuf, retraité, deux fils de 65 et 70 ans - avant de raconter par le menu son engagement volontaire dans les Waffen SS fin 1940, désireux de «participer» à l'effort de guerre dans un «corps efficace», son premier poste dans l'administration puis son transfert à Auschwitz en 1942, jusqu'à l'automne 1944.

«Je ne savais rien d'Auschwitz ni des autres camps de concentration avant d'y avoir travaillé», a-t-il martelé, pressé de questions.

Décrivant le quotidien dans le camp situé en Pologne occupée, devenu le symbole mondial de la Shoah, il s'est efforcé de distinguer son travail de celui des gardiens directement impliqués dans l'extermination, assurant que son rôle avait «sans doute été surestimé».

L'accusation lui reproche d'avoir «aidé le régime nazi à tirer des bénéfices économiques des meurtres de masse», en envoyant l'argent des déportés à Berlin, et d'avoir assisté à la «sélection» séparant, à l'entrée du camp, les déportés jugés aptes au travail de ceux qui étaient immédiatement tués.

En «gardant les bagages» du précédent convoi pour les soustraire aux yeux des nouveaux arrivants, le jeune sergent aurait évité un mouvement de panique et sciemment favorisé une mise à mort sans heurts, selon le parquet.

«Il y avait beaucoup de corruption et j'avais l'impression d'un marché noir» au sein du camp, avec pour enjeu les «montres en or» dérobées aux déportés, s'est défendu Gröning, assurant avoir protégé les bagages «des vols».

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Eva Kor

PHOTO RONNY HARTMANN, AFP

«Aurais-je dû sauver ce bébé?»

Le vieil homme a par ailleurs insisté sur ses trois demandes de transfert au front, infructueuses, pour témoigner de ses tentatives de quitter le camp, «choqué» par sa découverte d'une extermination méthodique sans aucun rapport avec le contexte de guerre.

Juste après son arrivée, en novembre 1942, il avait vu un gardien tuer un bébé laissé seul «en pleurs» sur la rampe d'arrivée, en le saisissant par les pieds pour l'écraser contre le flanc d'un wagon. «Aurais-je dû prendre un pistolet et sauver ce bébé?», a demandé Gröning, hanté par cette scène à laquelle il revient sans cesse.

Trois semaines plus tard, patrouillant dans le camp, il avait entendu des cris «de plus en plus forts et désespérés, avant de s'éteindre» dans les chambres à gaz, puis avait assisté à la crémation des corps.

Eva Kor, 81 ans, une survivante d'Auschwitz venue des États-Unis pour assister au procès, y a perdu ses parents et deux soeurs. Même si elle considère Gröning comme un «meurtrier» pour sa participation à «un système de meurtres de masse», elle a apprécié ses efforts. «Le fait de le voir en face me fait réaliser qu'il fait de son mieux avec son corps et son esprit, car il a beaucoup de difficultés physiques et certainement émotionnelles», a-t-elle confié à des journalistes.

Revenu vivre en Allemagne après la guerre, l'ancien comptable ne s'est jamais caché. Avant d'être rattrapé par la justice, il a même longuement raconté dans la presse et à la télévision son passé à Auschwitz, expliquant vouloir «combattre le négationnisme».

Son procès illustre la sévérité accrue de la justice allemande à l'égard des derniers nazis encore vivants, depuis la condamnation en 2011 de John Demjanjuk, ancien gardien de Sobibor, à cinq ans de prison. Ces procès tardifs contrastent avec le peu de condamnations, à des peines souvent faibles, prononcées pendant des décennies.

Quelque 1,1 million de personnes, dont environ un million de juifs européens, ont péri entre 1940 et 1945 à Auschwitz-Birkenau. Le 27 janvier, les dirigeants du monde entier ont marqué avec quelque 300 derniers survivants le 70e anniversaire de la libération de ce camp par l'Armée soviétique.

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