Grenoble: la ville en vert

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Grenoble, ville universitaire au relief plat, encadrée par les montagnes des massifs de Belledonne, de la Chartreuse et du Vercors.

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(Grenoble, France) Il y a un an, Grenoble, la capitale des Alpes françaises, élisait un maire écologiste. Une première en France pour une ville de plus de 150 000 habitants. Depuis son accession à la mairie, Éric Piolle, 42 ans, multiplie les actions coup-de-poing. Anabelle Nicoud l'a rencontré dans ses terres.

Place Championnet, au coeur d'un quartier central mais résidentiel de Grenoble, le petit érable passe presque inaperçu. Pourtant, cet arbre haut d'à peine trois mètres fait figure de symbole: il remplace, depuis le mois de février, un grand panneau publicitaire.

«Ah oui tiens c'est vrai, je ne l'avais même pas remarqué», s'amuse un passant croisé sur cette petite place grenobloise, au sein d'un quartier volontiers bourgeois bohème.

Les érables ne se voient peut-être pas encore. Mais nul n'ignore ici que la ville est en effet la première et la seule de France à avoir interdit l'affichage publicitaire.

Quelques mois après son arrivée au pouvoir, l'écologiste Éric Piolle a en effet résilié le contrat qui lie sa ville au géant de l'affichage urbain Decaux depuis les années 70. Cette opération a un prix Demi-Cadratin des pertes de 150 000 euros de recettes annuelles - mais elle a surtout valu à son édile de se faire connaître bien au-delà des frontières de l'Hexagone.

Un érable pour un panneau publicitaire? C'est le calcul que fait le maire écologiste.

«Quand c'est possible, on le fait. Ça correspond à une attente exprimée par les associations paysagistes» , dit Éric Piolle.

L'annonce, fin 2014, n'en a pas moins pris tout le monde par surprise.

«C'est une attente exprimée, mais non attendue», convient le maire.

La politique autrement

Éric Piolle a l'habitude de se trouver là où on ne l'attend pas.

Ainsi, cet écologiste issu d'un «rassemblement citoyen» a remporté à la surprise générale la mairie de Grenoble, ville de 650 000 habitants, il y a un an, chassant du pouvoir un Parti socialiste qui y régnait en maître depuis près de deux décennies.

«Grenoble est la seule ville qui a voté, en 2014, ni pour un maire de droite, ni pour un maire de gauche, ni pour un reliquat du parti communiste. La gauche alternative gouverne à Grenoble en ayant battu le Parti socialiste. C'est une situation inédite», observe Simon Labouret, assistant de recherche au centre d'études européennes de Sciences Po Paris, spécialiste du vote.

Éric Piolle, comme le parti qui le soutient (Europe-Écologie Les Verts), n'a en effet jamais caché son désir de faire de la politique autrement. Après tout, il a lui-même fait ses premiers pas politiques à la fin des années 90 dans un mouvement militant pour la semaine de quatre jours.

En ces temps d'austérité, il ne promet pas la lune. Mais des petits changements qui, mis bout à bout, pourraient transformer la vie quotidienne des Grenoblois.

Pêle-mêle, on peut citer le désarmement des policiers municipaux, l'instauration de menus bios dans les cantines des écoles, la mise en place de conseils citoyens indépendants composés par 12 élus et 12 habitants de la ville.

De l'esbroufe, pour l'ancien maire du Parti socialiste Jérôme Safar. Une grosse opération de communication, selon l'UMP locale, tous deux cités par l'AFP.

«Il n'y a rien eu de véritablement révolutionnaire», estime Simon Labouret.

Mais il faut reconnaître que pour un novice politique, Éric Piolle sait soigner son image.

«Il a un physique agréable, une expérience dans le privé, ce qui casse les codes attribués aux écologistes et une crédibilité de gestionnaire», observe M. Labouret.

Le «maire à vélo»

Et surtout, il s'est fait connaître comme le «maire à vélo».

À Grenoble, une ville universitaire au relief plat, encadrée par les montagnes des massifs de Belledonne, de la Chartreuse et du Vercors, l'appétit pour le deux roues n'a rien d'anormal. Mais cette pratique rompt avec les voitures de fonction avec chauffeurs dont sont coutumiers les élus français.

Fidèle à son image, c'est donc accompagné de son casque (et de son chef de cabinet) qu'Éric Piolle nous rencontre, un vendredi midi de mars, dans un petit restaurant tout près de l'hôtel de ville.

Son attachement au vélo n'est pas sans rappeler les convictions du célèbre maire du Plateau Mont-Royal, Luc Ferrandez. Mais en France, un élu peut annoncer la mise en chantiers d'une «autoroute à vélo» en plein centre-ville (un concept, reconnaît-il, qui frappe plus l'imaginaire qu'une simple piste cyclable) et l'arrêt d'une construction d'autoroute sans s'attirer les foudres des payeurs de taxes en tout genre.

Cet ingénieur, ancien cadre chez Hewlett-Packard, licencié en 2011 pour avoir refusé de supprimer 500 emplois, n'est pas issu du sérail politique, mais sait séduire. La quarantaine fringante, ce père de quatre enfants glisse ainsi dans la conversation qu'il part à pied de chez lui avec sa famille pour aller faire de la via ferrata (de la randonnée sur parois rocheuse) en montagne le week-end.

Décroissance

Tout naturellement, Éric Piolle est aussi attaché à la décroissance, concept en vogue dans la gauche alternative européenne.

«La croissance du PIB est un double leurre. Depuis 30 ans, tous les politiques nous disent que la croissance va nous sortir de la crise, mais quand on regarde les moyennes de croissance de décennie en décennie, on voit bien que cela baisse fortement. Tout faire pour stimuler cette croissance est donc une aberration, soutient-il. Mais la décroissance n'est pas un objectif politique non plus. Nous cherchons des solutions qui soient bonnes pour le social, l'économie et l'environnement.»

Amateur de sobriété politique, Éric Piolle s'administre sa propre médecine.

À moins de 10 euros le plat du jour, la table où on le retrouve a la simplicité et la qualité des restaurants de quartier français. Le maire y est un habitué.

Mais un serveur constate aussi qu'on le voit moins fréquemment que son prédécesseur: «Ça, les notes de frais, ça a baissé», rit-il.

Aussi Éric Piolle ne nous contredit-il pas quand on propose de ramasser la note.

Le nom du restaurant: Le moderne.

Éric Piolle, maire de Grenoble... (PHOTO JEAN-PIERRE CLATOT, ARCHIVES AFP) - image 4.0

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Éric Piolle, maire de Grenoble

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Quatre mesures phares

1 - Régime minceur

Au nom de la sobriété politique, Éric Piolle a imposé un régime minceur à ses élus: leurs indemnités ont été réduites de 25 %, ce qui correspond, selon lui, à annuler la hausse qu'ils s'étaient consentie sous le règne socialiste, en 2008. Chaque année, c'est une économie de 300 000 euros. Les voitures de fonction et leurs chauffeurs Demi-Cadratin un avantage que s'offrent les élus français, à l'échelle nationale comme locale, ont aussi été réduites. Fait symbolique, le maire a fait installer des stationnements à vélo sur la place de l'hôtel de ville.

2 - Des transports en commun gratuits

Grenoble a longtemps été réputée pour son innovation en terme de transports en commun. C'est l'une des villes qui a réintroduit le tramway en France Demi-Cadratin aujourd'hui, toutes les villes moyennes en ont un. Au cours des 10 dernières années, deux nouvelles lignes se sont ajoutées et le trajet des trams ne cesse de s'agrandir. Pour encourager les jeunes à utiliser les transports en commun, Éric Piolle a promis la gratuité des bus et trams pour les 18-25 ans. Le projet de nouvelle autoroute, mis sur les rails par la précédente administration, a quant à lui été abandonné.

3 - Le bio dans les cantines

Augmenter la part du bio et des produits locaux dans les cantines des écoles primaires était l'un des engagements de M. Piolle. Un an après, la part a augmenté, selon ses estimations, de 25 % à 100 %. Mais l'édile vert promet toujours des cantines 100 % bio d'ici la fin de son mandat. L'agriculture urbaine est elle aussi au programme et on peut déjà voir des vergers pousser, de façon éparse, dans la ville.

4 - Les conseils citoyens indépendants

Grenoble crée ses assises citoyennes. «Ces groupes de gens pourront se saisir de toutes les questions», dit le maire de la ville.

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