France: plus de 2,5 millions de dollars pour les familles de bébés échangés

Manon (à gauche) et Sophie Serrano à leur... (PHOTO VALERY HACHE, ARCHIVES AFP)

Agrandir

Manon (à gauche) et Sophie Serrano à leur sortie de la salle d'audience, le 2 décembre dernier, au tribunal de Grasse, dans le sud de la France.

PHOTO VALERY HACHE, ARCHIVES AFP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Thibault LE GRAND, Catherine MARCIANO
Agence France-Presse
GRASSE, France

Leurs enfants biologiques avaient été inversés par mégarde à leur naissance dans une clinique du sud-est de la France. Plus de vingt ans plus tard, les deux familles ont obtenu mardi 1,88 million d'euros (2,65 millions de dollars) au total en réparation du préjudice subi.

«Après tant d'années, enfin, l'erreur est reconnue», a réagi sur la chaîne iTélé Sophie Serrano, l'une des deux mamans, âgée de 38 ans, se déclarant «soulagée».

«Maintenant, je suis lavée de tout, je n'ai plus de raison de me sentir responsable de quoi que ce soit», a-t-elle ajouté, alors que la partie adverse la jugeait en partie responsable de l'erreur.

Les familles des deux petites filles réclamaient plus de 12 millions d'euros (16,9 millions de dollars) de dommages, une somme astronomique peu habituelle dans les tribunaux français.

Elles n'avaient découvert l'erreur qu'à la faveur d'un test ADN dix ans plus tard, mais n'avaient jamais réclamé d'échange entre les deux petites filles - aujourd'hui des jeunes femmes.

Le tribunal a condamné la clinique de la ville de Cannes, sur la Riviera, ainsi que sa société d'assurances à verser 400 000 euros (563 000 $) par enfant échangé, 300 000 euros (423 000 $) aux parents concernés, et 60 000 (85 000 $) pour les frères et soeur, au nombre trois.

Les familles ont en revanche été déboutées de leurs demandes formées contre les médecins.

Me Sophie Chas, avocate de la clinique et de sa société d'assurance, avait rejeté la faute de l'inversion sur une auxiliaire puéricultrice «alcoolique chronique».

Me Gilbert Collard, l'avocat de la famille Serrano, s'est dit dans une déclaration à la radio France Info «tout à fait satisfait de la décision qui a été rendue» et assuré qu'il n'était «pas question pour nous de faire appel».

La famille Serrano a choisi l'exposition médiatique, tandis que l'autre famille a préféré rester anonyme.

L'affaire avait commencé le 4 juillet 1994, lorsque Sophie Serrano accouchait d'une petite Manon. Atteinte d'une jaunisse, la fillette s'était retrouvée dans une couveuse munie de lampes UV où l'avait rejointe une autre petite fille, venue au monde le lendemain. Elles ont été interverties par mégarde dans la nuit du 8 juillet et remises aux mauvais parents par une auxiliaire puéricultrice.

Les jeunes mamans ont exprimé des doutes face à certaines différences constatées, et que le personnel a mis sur le compte des lampes.

Sa mère biologique, «une inconnue»

C'est quand Manon atteindra ses dix ans, qu'elle et ses parents découvriront l'erreur. Le père de Manon réclame des tests ADN de paternité, troublé par son absence de ressemblance avec sa fille au teint plus hâlé, source de railleries et, selon Me Collard, de soupçons d'infidélité. Sophie découvrira qu'elle n'est pas non plus la mère biologique.

Une enquête est menée pour retrouver l'autre famille. On s'aperçoit qu'à l'époque, trois nourrissons souffraient de la jaunisse dans la maternité cannoise, un garçon et deux filles, selon l'avocate de l'un des gynécologues accoucheurs mis en cause.

L'autre famille, originaire de l'île française de la Réunion, vit dans la région de Grasse, proche de Cannes. Les parents rencontrent pour la première fois leurs filles biologiques de dix ans, sans demander d'échange.

«C'est un moment assez troublant, très bizarre», avait confié en décembre Manon, vingt ans, à la sortie de l'audience. «On se retrouve devant une femme qui est biologiquement sa mère et qui est une inconnue».

Les deux familles ne se côtoient pas. «C'est trop difficile, donc chacun prend son chemin parce que c'est tellement bouleversant, c'était le seul moyen de retrouver une certaine stabilité», a expliqué Sophie Serrano, qui se dit très proche de sa fille non biologique.

«C'est quelque chose que je ne souhaite vraiment à personne», avait-elle assuré.

L'échange par erreur de bébés reste peu fréquent dans le monde, surtout qu'un bracelet d'identification est généralement apposé au poignet des nouveau-nés afin d'éviter les échanges malencontreux.

L'été passé, la justice italienne a été saisie pour une affaire d'embryons échangés dont sont nés le 3 août deux jumeaux réclamés par deux couples.

Quelques mois auparavant, la presse sud-africaine s'était fait l'écho de la découverte par deux femmes que leurs filles, âgées de 3 ans, avaient été échangées à la naissance.

En 2011, une maternité russe avait été condamnée à payer 140 000 euros (197 000 $) de dommages et intérêts pour avoir échangé par erreur, 12 ans plus tôt, deux bébés.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer