France: coup de théâtre à l'ouverture du procès Bettencourt

La fille de Liliane, Françoise Meyers-Bettencourt, arrive au... (PHOTO JEAN-PIERRE MULLER, AFP)

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La fille de Liliane, Françoise Meyers-Bettencourt, arrive au tribunal de Bordeaux en compagnie notamment de ses fils, Nicolas (à gauche) et Jean-Victor (à droite), le 26 janvier.

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Jordane BERTRAND
Agence France-Presse
BORDEAUX

Un photographe mondain, un ancien ministre, un ex-infirmier suicidaire : un procès-fleuve impliquant dix accusés s'est ouvert lundi à Bordeaux (sud-ouest) pour savoir si Liliane Bettencourt, 92 ans, la femme la plus riche de France, a été ou non abusée par un entourage indélicat.

Le procès a débuté par un coup de théâtre : l'annonce de la tentative de suicide dimanche de l'un des accusés, l'ancien infirmier de Mme Bettencourt, Alain Thurin. Découvert dans un bois où il aurait tenté de se pendre et immédiatement hospitalisé, M. Thurin, âgé de 64 ans, se trouve «entre la vie et la mort», selon une source policière.

Les débats ont ensuite été suspendus jusqu'à mardi 8 h 15 GMT (3 h 15, heure de Montréal) pour que le tribunal délibère sur une demande de la défense portant sur la notion de «blanchiment», première tentative de la défense pour mettre à mal le procès.

Dossier tentaculaire aux multiples tiroirs et rebondissements, l'affaire dite «Bettencourt» commence il y a huit ans comme un conflit familial. La fille de la vieille dame, Françoise Meyers-Bettencourt, cherche via la justice à protéger sa mère, une action qui provoque des querelles de famille.

Réconciliée avec sa fille fin 2010, Liliane Bettencourt, affaiblie et depuis trois ans en retrait de la scène publique, sera la grande absente du procès.

L'affaire a viré pendant un temps au dossier politico-financier, avec la retentissante mise en examen en 2013 de l'ancien président de droite Nicolas Sarkozy (2007-2012), sur fond de soupçons de financement de campagne électorale. Ce dernier est finalement mis hors de cause.

La liste des prévenus a des allures de bottin mondain où figurent entre autres un dandy photographe, François-Marie Banier, confident de la milliardaire, un ancien ministre de Nicolas Sarkozy, Éric Woerth (redevenu aujourd'hui député), et le gestionnaire de fortune de la milliardaire, Patrice de Maistre.

Dons en millions d'euros, voire en centaines de millions d'euros, faramineux contrats d'assurance-vie, donations d'oeuvres d'art, une île paradisiaque envisagée comme pouvant faire partie d'un héritage...

Sénilité et millions d'euros

Des proches, mais aussi des employés de l'hôtel particulier de la milliardaire à Neuilly-sur-Seine, banlieue huppée de Paris, sont soupçonnés d'avoir exercé entre 2007 et 2011 une emprise sur la vieille dame, qui souffrait de sénilité depuis septembre 2006, selon une expertise psychiatrique.

Les dix hommes jugés à Bordeaux comparaissent pour des faits présumés d'«abus de faiblesse», «abus de confiance», «blanchiment» ou «recel» au détriment de Liliane Bettencourt. La peine maximale encourue est de cinq ans de prison et 375 000 euros (environ 525 000 $) d'amende.

Au premier rang des accusés, François-Marie Banier et son compagnon, deux intimes de la milliardaire. Ils sont accusés d'avoir profité de largesses diverses se chiffrant à près de... 440 millions d'euros (616 millions de dollars). Ils obtiennent même fin 2007 d'être désignés légataires universels de la vieille dame.

Patrice de Maistre, l'homme chargé de gérer la fortune de la milliardaire, aurait quant à lui obtenu plusieurs millions d'euros, pour lui-même ou pour les remettre à des tiers, nourrissant notamment des soupçons de financement politique occulte, finalement jamais prouvé.

Éric Woerth, ex-ministre du Budget et du Travail et ancien trésorier de la campagne de Nicolas Sarkozy pour l'élection présidentielle de 2007, est devant la justice pour «recel» d'une somme que lui aurait remise le gestionnaire de fortune.

Fin 2014, le dossier aux ramifications multiples connait un nouveau rebondissement : la comptable de Liliane Bettencourt de 1995 à 2008, considérée comme l'un des témoins-clés, est mise en examen le 28 novembre pour faux témoignages.

Au cours de l'enquête, cette femme a accusé le photographe et son compagnon d'avoir profité de la fragilité de la milliardaire et a aussi affirmé avoir remis au gestionnaire de fortune 50 000 euros (environ 70 000 $), somme qui aurait été destinée au ministre Éric Woerth.

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