France: vague d'indignation après le refus d'inhumation d'un bébé rom

Champlan a refusé d'ouvrir son cimetière à la... (PHOTO KENZO TRIBOUILLARD, AFP)

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Champlan a refusé d'ouvrir son cimetière à la petite Maria Francesca, décédée le lendemain de Noël.

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Clément ZAMPA, Stéphane JOURDAIN
Agence France-Presse
CHAMPLAN

Le refus d'une ville de la banlieue sud de Paris d'autoriser l'inhumation d'un bébé rom dans son cimetière a suscité une vague d'indignation en France, contraignant le maire de la commune à s'excuser en niant être à l'origine de cette décision.

«Refuser une sépulture à un enfant en raison de ses origines (est) une injure à sa mémoire, une injure à ce qu'est la France», a dénoncé le premier ministre socialiste Manuel Valls dimanche sur Twitter.

«À aucun moment, je ne me suis opposé à cette inhumation. La mayonnaise a été montée», a déclaré à l'AFP Christian Leclerc, maire divers droite de Champlan, en se disant «désolé» que l'affaire, révélée la veille, ait pris «une telle ampleur».

«Je suis laminé par tout ce que j'ai entendu (...) Je vais envoyer un message de condoléances et de compassion à la famille», a-t-il ajouté.

Dans des propos rapportés la veille par le quotidien Le Parisien, M. Leclerc avait fait valoir le «peu de places disponibles» pour expliquer le refus de Champlan d'ouvrir son cimetière à la petite Maria Francesca, décédée le lendemain de Noël.

«Priorité est donnée à ceux qui paient leurs impôts locaux», avait-il ajouté. Des propos qui, affirme-t-il maintenant, ont été mal interprétés par le journal.

Née le 14 octobre, Maria Francesca, dont les parents résident dans un campement rom sur la commune de Champlan, a succombé à la «mort subite du nourrisson» dans la nuit du 25 au 26 décembre dans un hôpital de la région, à Corbeil-Essonnes.

À la demande des parents, une entreprise de pompes funèbres de Corbeil avait alors contacté la mairie de Champlan pour obtenir le permis d'inhumation, mais cette dernière avait refusé sans explication, selon plusieurs sources contactées par l'AFP.

En France, les proches d'un défunt doivent demander l'autorisation d'inhumer au maire de la commune du cimetière choisi. L'inhumation peut avoir lieu dans la commune de résidence, celle de la mort ou là où se trouve un caveau de famille.

«Inhumaine humiliation»

Le maire de Champlan a invoqué dimanche «une erreur de compréhension dans la chaîne de décision» au sein de ses services: «la personne» chargée du dossier n'était «pas habituée», «elle s'est un peu pris les pieds dans les différents documents».

«On avait le choix (pour l'enterrement) entre Corbeil et Champlan. J'ai dit OK mercredi matin pour l'un ou l'autre des scénarios. J'ai un SMS qui en atteste», a assuré Christian Leclerc en soulignant qu'il était alors en congés.

La petite Maria Francesca sera finalement inhumée lundi dans une autre commune proche, Wissous. «Par simple souci d'humanité, on ne pouvait pas laisser cette situation dans l'état», avait déclaré dès samedi le maire de Wissous, Richard Trinquier, élu de l'UMP, le parti de droite de l'ancien président Nicolas Sarkozy.

L'affaire a suscité une énorme émotion auprès des associations antiracistes, de défense des droits de l'Homme ou de soutien à la communauté rom, forte d'environ 20 000 personnes en France.

Jugeant qu'il s'agissait de «racisme», le président de la Ligue contre le racisme et l'antisémitisme, Alain Jakubowicz, a dit envisager des poursuites judiciaires.

Le Défenseur des droits, l'ancien ministre gaulliste Jacques Toubon, s'est dit «bouleversé» et a indiqué dimanche qu'il allait «peut-être agir», la question des «discriminations devant la mort» faisant partie selon lui des prérogatives de son institution.

La veille, nombre d'élus avaient fait part de leur «honte» et la secrétaire d'État à la Famille, Laurence Rossignol, avait jugé sur Twitter qu'on infligeait une «inhumaine humiliation» à la famille rom en lui refusant une «sépulture».

Selon une association qui les suit, les parents de Maria Francesca, qui n'ont pas souhaité s'exprimer, ont l'un et l'autre environ 35 ans. En France depuis au moins huit ans, le couple a deux garçons de 5 et 9 ans, scolarisés à Champlan, et la mère a déjà perdu deux garçons en bas âge en Roumanie.

La famille vit à l'entrée de la commune, dans un bidonville clôturé, sans eau ni électricité, entouré par des voies rapides et des champs, près de l'aéroport parisien d'Orly.

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