Torture: le renseignement britannique sous pression

En 2010, le premier ministre David Cameron reconnaissait... (PHOTO TOBY MELVILLE, ARCHIVES REUTERS)

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En 2010, le premier ministre David Cameron reconnaissait lui-même qu'il y avait «des interrogations sur le degré de collaboration des agents britanniques avec les services de renseignement étrangers qui traitaient les prisonniers d'une façon inappropriée».

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Édouard GUIHAIRE
Agence France-Presse
LONDRES

Les appels se multiplient au Royaume-Uni pour que lumière soit faite sur les agissements des services secrets britanniques dans la guerre contre le terrorisme aux côtés de leurs alliés américains, dans la foulée des révélations sur l'utilisation de la torture par la CIA.

La publication mardi du rapport accablant du Sénat américain a brusquement relancé les nombreuses interrogations en suspens sur le rôle joué par le MI5 et le MI6, les services de renseignements intérieur et extérieur britanniques, depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis.

Plus proches alliés des Américains, les Britanniques ont marché main dans la main avec eux lors des campagnes en Irak et en Afghanistan.

En 2010, le premier ministre David Cameron reconnaissait lui-même qu'il y avait «des interrogations sur le degré de collaboration des agents britanniques avec les services de renseignement étrangers qui traitaient les prisonniers d'une façon inappropriée».

Le juge à la retraite Peter Gibson se voyait alors confier la lourde tâche de mener une enquête indépendante.

Mais, faute de moyens suffisants, son rapport rendu en décembre 2013 pose davantage de questions qu'il n'apporte de réponses. Et résonne comme un aveu d'impuissance face à une administration guère encline à divulguer ses secrets, qui plus est lorsqu'ils concernent son principal allié.

«Je veux la vérité»

La Commission parlementaire sur le renseignement et la sécurité (ISC) a hérité du dossier, et devrait rendre ses propres conclusions fin 2015.

«Une fois que la commission aura rendu son rapport, nous devrons nous demander s'il n'est pas nécessaire d'ouvrir une enquête judiciaire complète», a cependant d'ores et déjà déclaré cette semaine le vice-premier ministre Nick Clegg (libéral-démocrate).

«Je suis comme tout le monde, je veux la vérité», a-t-il martelé.

Les services secrets britanniques ont-ils les mains propres? Au nombre de ceux qui répondent par la négative figure l'Éthiopien Binyam Mohamed. Détenu à Guantanamo pendant plus de quatre ans, il a affirmé qu'un membre du MI5 avait fourni les questions lors d'interrogatoires assortis de tortures.

Le Royaume-Uni est aussi accusé de complicité d'enlèvement par Abdelhakim Belhaj, ancien djihadiste devenu commandant militaire de Tripoli après la chute de Mouammar Kadhafi en 2011.

En octobre dernier, la Cour d'appel de Londres a estimé qu'il était fondé à poursuivre les autorités britanniques.

Pétition pour une enquête

«Nous savons que le Royaume-Uni a été complice de la CIA dans des cas de torture et de transferts de détenus», accuse Donald Campbell, porte-parole de Reprieve, une organisation de défense des droits de l'homme.

La question est de savoir «quand le gouvernement expliquera comment cela a pu être autorisé», dit-il à l'AFP, ajoutant que le rapport américain «souligne la nécessité» pour Londres de faire son propre examen de conscience.

«En ce moment, le Royaume-Uni agit comme quelqu'un qui n'ose pas ouvrir une porte de peur de découvrir ce qu'il y a derrière», abonde Tom Davies, un responsable d'Amnistie internationale.

L'ONG a lancé une pétition en ligne pour demander l'ouverture d'une enquête judiciaire qui avait reçu plus de 14 000 signatures vendredi matin.

Si ça ne suffisait pas, le gouvernement Cameron doit aussi composer avec la presse britannique qui s'interroge sur la possibilité que Londres ait demandé à Washington d'expurger certains passages gênants du rapport sur la CIA.

«Ces informations ont été supprimées (...) les États-Unis connaissent la vérité, pas nous», lâche Jenni Russell dans un éditorial publié dans le Times.

Du côté de Downing Street, on reconnaît qu'un dialogue a eu lieu avec les Américains sur le contenu du rapport, «mais il n'était pas question de chercher à faire retirer d'éventuelles accusations sur une implication britannique dans des activités considérées comme illégales au Royaume-Uni».

Pour le reste, les services du premier ministre appellent à attendre les conclusions de la commission parlementaire: «Voyons ce qu'ils disent et après nous verrons ce qu'il faut faire».

Les Britanniques qui veulent savoir devront alors croiser les doigts pour que les informations les plus sensibles de ce énième rapport ne soient pas protégées par le délai de 20 ans sur la publication des documents classifiés...

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