Les pays baltes s'arment, inquiets des manoeuvres russes aux frontières

Photo d'un bombardier à longue portée russe prise... (Photo archives AP/Royal Air Force)

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Photo d'un bombardier à longue portée russe prise par l'armée britannique en octobre dernier.

Photo archives AP/Royal Air Force

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Mike COLLIER, Vaidotas BENIUSIS
Agence France-Presse
Riga et Vilnius

La poussée de la Russie en Ukraine a déclenché par ricochet une cascade de dépenses militaires dans les pays baltes qui, ayant passé un demi-siècle sous l'occupation soviétique, craignent les ambitions territoriales de Moscou.

Les craintes des Lituaniens, Lettons et Estoniens se sont intensifiées avec l'activité russe à leurs frontières. Les avions militaires russes passent à proximité tous les jours. Pendant le week-end des 6 et 7 décembre, les avions de l'OTAN ont décollé à plusieurs reprises pour «accompagner» des bombardiers russes volant avec leurs transpondeurs coupés.

La Lituanie a augmenté le niveau d'alerte de ses troupes le 8 décembre, après avoir vu passer un groupe de 22 navires de guerre russes dans la Baltique, dont une corvette lourdement armée à 5 km de ses eaux territoriales.

Pour sa part, le ministre polonais de la Défense Tomasz Siemoniak s'est déclaré jeudi «inquiet» à cause d'une activité militaire «sans précédent» de la Russie au-dessus de la mer Baltique ces derniers jours.

Selon un porte-parole de l'OTAN, lundi il s'est agi au total de plus de trente appareils russes de types différents, bombardiers, chasseurs et avions de transport, interceptés «au-dessus de la mer Baltique et au large des côtes de la Norvège».

Par ailleurs, la Suède a réintroduit jeudi la possibilité de mobiliser ses anciens conscrits pour des exercices militaires, le ministre de la Défense invoquant le rôle du «réarmement de la Russie».

«Repousser la première attaque»

Certes, face à la machine militaire russe, les forces baltes seules n'auraient aucune chance. Mais, selon l'analyste lituanien Aleksandras Matonis, il ne s'agira que de repousser la première attaque et de manifester la volonté de résister, en attendant que la cavalerie atlantique arrive.

«Dans le pire scénario, si une agression est lancée contre les pays baltes, et que les plans de défense de l'OTAN sont déclenchés, il y aura encore un certain temps de réponse des alliés avant qu'ils réagissent. La première vague d'agression doit être affrontée et repoussée par certains pays grâce à leurs propres moyens de défense», explique-t-il.

L'Estonie, la Lettonie et la Lituanie ont toutes effectué d'importants achats de matériel et augmenté leurs budgets militaires après l'annexion de la Crimée par Moscou et le soutien russe apporté aux rebelles séparatistes dans l'est de l'Ukraine.

«La sécurité restera ce qu'elle est pendant une longue période. Ce n'est pas que du mauvais temps, c'est un changement climatique», a souligné le chef du gouvernement estonien Taavi Roivas.

Ayant retrouvé leur indépendance en 1991, les pays baltes ont rejoint l'UE et l'OTAN en 2004.

«La présence de l'OTAN dans la région de la Baltique doit continuer et augmenter», a dit M. Roivas en visite aux États-Unis, où il a notamment évoqué de nouveaux contrats d'armements.

Six chars Leopard

Le ministre estonien de la Défense Sven Mikser a signé le 9 décembre avec les Pays-Bas le plus gros contrat militaire de l'histoire de son pays, concernant l'achat de 44 véhicules de combat CV90 et de six chars Leopard, pour 138 millions d'euros (197 millions de dollars).

Un mois plus tôt, il achetait aux États-Unis 40 lance-missiles sol-air Stinger, pour 40 millions d'euros (57 millions).

De son côté, le gouvernement letton a acquis en août 123 véhicules de combat en Grande-Bretagne pour 48 millions d'euros (69 millions). Le mois dernier, il a conclu un accord avec la Norvège portant sur l'achat de 800 systèmes antichar Carl Gustav et de 100 camions.

La Lituanie a commandé à son voisin polonais le système de défense antiaérienne GROM, pour 34 millions d'euros, et compte acheter des missiles Javelin aux États-Unis pour 20 millions.

Ainsi, en six mois, ces trois petits pays comptant à eux trois un peu plus de six millions d'habitants, ont dépensé 300 millions d'euros (428 millions de dollars) pour acheter du matériel militaire.

Selon l'experte lettonne Kristina Rudzite-Stejskala, l'Estonie - un des rares membres de l'OTAN à atteindre le seuil de 2% de  PIB en dépenses militaires- prévoit de passer à 2,05%. Vilnius et Riga arrivent à seulement 0,89% et 0,91%, mais veulent monter à 1,1% et 1% en 2015.

Malgré cela, les dépenses militaires baltes - 1,2 milliard d'euros en 2014 (1,7 milliards) - semble dérisoire face aux 60 milliards d'euros (soit 3,4% du PIB) déboursés par la Russie.

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