Bryan Adams, témoin de l'horreur

Avec son livre et son exposition Wouded, Bryan... (PHOTO BRYAN ADAMS, TIRÉE DU LIVRE WOUNDED)

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Avec son livre et son exposition Wouded, Bryan Adams a voulu que les soldats blessés ne soient pas oubliés. Ci-dessus, le soldat Joe Townsend.

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On connaissait Bryan Adams le chanteur de rock. On connaît beaucoup moins Bryan Adams le photographe engagé. Le Canadien de 55 ans présente actuellement à Londres l'exposition Wounded, dans laquelle des soldats mutilés de l'armée britannique exposent leurs moignons et leurs prothèses. Ce projet confrontant, qui fait aussi l'objet d'un livre, est loin de ce à quoi nous avait habitués l'homme-qui-a-vendu-100-millions-de-disques. «Je me sentais obligé de faire quelque chose», a-t-il dit à La Presse.

Q: Il y a quelque chose d'ambigu dans votre nouvelle exposition. D'un côté, Wounded est une évidente prise de position antimilitariste. De l'autre, on sent que vous avez de l'admiration pour ces soldats estropiés et diminués. Qu'en est-il exactement?

R: Ces photos représentent la facette du conflit qu'on cherche à cacher. On pleure les morts, mais on ne voit jamais leurs corps brisés et leurs blessures. On ne nous laisse qu'avec leurs médailles, leur gloire et leurs insignes militaires. C'est la même chose avec les blessés. Leurs cicatrices sont rarement montrées. Ce projet est une façon de sensibiliser les gens à cette réalité. Pour plusieurs, c'est un rappel inconfortable des aspects les plus dégoûtants de la guerre.

Q: Avez-vous eu de la difficulté à trouver vos sujets?

R: Certains ont été faciles à trouver, d'autres non. La journaliste Caroline Froggat, qui collabore au projet, avait des contacts directs avec plusieurs d'entre eux. Certains ne pouvaient pas voyager à cause de leurs blessures. Mais une fois que les premiers ont accepté, les autres ont suivi. J'ai assez rapidement compris que s'ils étaient d'accord pour venir en studio, ils acceptaient implicitement de montrer leurs blessures.

Q: Et l'atmosphère en studio?

R: Décontractée, sans pression. Tout le monde était excité et curieux d'être là. Avant de les photographier, je leur montrais le travail que j'avais déjà fait, mais c'est eux qui décidaient ce qu'ils étaient prêts à montrer. Beaucoup sont venus avec leur famille ou leur partenaire, ou alors des amis et collègues. Il y avait beaucoup d'humour dans l'air. Il semble que ce soit la nature du soldat...

Q: Ils vous ont raconté leur histoire. Comment ont-ils été blessés?

R: Tous sont des vétérans des guerres d'Irak et d'Afghanistan. La plupart ont perdu des membres sur des engins explosifs improvisés (mines, bombes artisanales). Mais certains ont été touchés par des snipers ou brûlés. L'un d'entre eux a eu le bras arraché par un lance-roquette. La liste des blessures est stupéfiante.

Q: Aujourd'hui, que pensent ces vétérans de la guerre en général, et des conflits auxquels ils ont participé en particulier?

R: Je ne peux pas répondre à leur place. Mais n'oublions pas que ce sont des soldats. Ils ont fait ce qu'ils avaient à faire. J'imagine qu'ils sont fiers de leur travail.

Q: Et vous? Que pensez-vous de la nouvelle offensive canadienne en Irak? Vous rencontrez Stephen Harper, que lui dites-vous?

R: Si j'ai un message à ce propos, le voici: la guerre n'est pas la réponse pour résoudre les problèmes. En 2004, George W. Bush a dit que le monde était plus sécuritaire sans Saddam Hussein et son régime. Il n'aurait pas pu être plus loin de la vérité. Depuis, il y a eu des millions de déplacés, des centaines de milliers de morts et des milliers de blessés, physiquement ou mentalement dont on n'entend pas parler. C'est un désastre sans nom...

Q:Vous venez vous-même d'une famille de tradition militaire. Pourquoi ne pas avoir choisi cette voie? Avec-vous eu de la pression en ce sens?

R: C'est vrai qu'il y a un siècle, toute ma famille servait dans l'armée britannique. Mon père a aussi servi dans l'armée canadienne pendant un temps. Mais quand j'ai eu l'âge de m'engager, il était devenu un diplomate international. Il n'y a donc pas eu pression pour que je m'enrôle ou que je suive ses traces à l'académie militaire de Sandhurst.

Q: Vos nouvelles photos sont loin du Bryan Adams que l'on connaît. Où situez-vous ce projet dans votre parcours?

R: Je me sentais obligé de faire quelque chose. J'ai simplement utilisé mes talents pour mettre en lumière les atrocités de la guerre de la façon la plus digne possible. Le message de l'expo et du livre est d'abord humaniste: faites honneur à ceux qui sont morts au combat, mais n'oubliez pas les blessés qui ont survécu. Les corps brisés de ces hommes blessés font qu'ils ne peuvent ni oublier les horreurs du champ de bataille ni la lutte qu'ils ont dû mener ensuite pour s'adapter et surmonter leur handicap. Pour citer la dernière ligne du livre: une fois que la poussière est retombée sur les plaines et les déserts d'Afghanistan et d'Irak, et que la machine de propagande de nos gouvernements et de nos politiciens n'est plus qu'un écho distant, tout ce qu'il reste, ce sont les blessés. Ce sont eux, le véritable héritage de la guerre.

L'exposition Wounded est présentée jusqu'au 25 janvier à la Somerset House de Londres. Le livre Wounded est publié aux éditions Steidl.

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