L'extrême droite plonge le gouvernement suédois dans une «crise inédite»

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«C'est une autre politique que celle pour laquelle le peuple suédois a voté», a déploré la ministre des Finances Magdalena Andersson (à droite), interrogée par l'agence de presse TT.

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Hugues HONORÉ, Camille BAS-WOHLERT
Agence France-Presse
STOCKHOLM

La Suède se débattait jeudi avec une crise politique inédite que les législatives anticipées de mars ne devraient pas suffire à résoudre, après la démonstration de force d'une extrême droite qui se nourrit du malaise d'une partie de la société.

Forts d'une minorité de blocage au Parlement, avec 49 élus sur 349, les démocrates de Suède (SD, anti-immigration) ont réussi à rendre inopérant en deux mois seulement le gouvernement de coalition de gauche (sociaux-démocrates et Verts) en votant le budget de l'opposition.

«C'est une autre politique que celle pour laquelle le peuple suédois a voté», a déploré la ministre des Finances Magdalena Andersson, interrogée par l'agence de presse TT.

Désavoué, le premier ministre Stefan Löfven a annoncé des élections législatives anticipées, les premières depuis 1958, pour le 22 mars.

Mais dans le plus probable des scénarios, ces élections donneront un Riksdag quasi identique, où ni gauche, ni centre-droit, ni extrême droite ne serait majoritaire, du fait d'un mode de scrutin qui donne la part belle à la proportionnelle.

Que feront ces trois blocs dans ce cas? «On ne peut pas spéculer là-dessus», a déclaré à l'AFP le professeur de sciences politiques à l'Université de Stockholm, Olof Ruin.

«Il est assez peu probable que la situation à l'issue de l'élection anticipée soit différente», avec à nouveau trois blocs campés sur leurs positions, estime le politologue Andreas Johansson Heinö, du think tank Timbro, orienté à droite.

«J'ai peur que les gens n'aillent pas voter. Avec ce qui arrive, on a un sentiment de découragement. On se dit que de toute façon on donne sa voix à quelqu'un et après ils en font un peu ce qu'ils veulent», déplorait Malin Voegt, vendeuse de 42 ans, interrogée par l'AFP.

Pour Jan Wettmark, élu local du parti Modéré (conservateur) à Arvika (centre), «il va falloir vraiment faire des changements si on ne veut pas se retrouver dans la même situation qui profite à l'extrême droite».

Opposition frontale à l'immigration

Devenu en septembre le troisième parti du pays avec 12,9 % des suffrages aux législatives, le parti SD se définit par son opposition frontale à la politique d'immigration actuelle, l'une des plus généreuses d'Europe, quand les autres formations jugent cette question secondaire et refusent d'en discuter avec l'extrême droite.

«Les démocrates de Suède veulent que l'élection soit un référendum sur l'immigration», a déclaré mercredi leur président par intérim Mattias Karlsson.

Un objectif partagé par leur électorat, selon une enquête sociologique publiée jeudi par le quotidien de référence Dagens Nyheter.

«Il y a une corrélation très forte entre une attitude négative vis-à-vis des minorités et le vote SD», écrivent les auteurs de cette étude, Peter Hedström et Tim Müller. En revanche, soulignent-ils, «les électeurs SD ne diffèrent pas véritablement des autres en ce qui concerne le mécontentement face à la classe politique».

Sur les huit partis représentés au Riksdag, sept soutiennent la politique qui fait que la Suède devrait accueillir plus de 80 000 demandeurs d'asile cette année, et plus de 100 000, l'équivalent de 1 % de sa population, en 2015.

Selon le centre de recherches German Marshall Fund de Washington, 60 % de la population soutient la politique d'immigration en Suède, dans un pays où la plupart sont convaincus des bienfaits de l'immigration pour le dynamisme futur d'un pays vieillissant. Cette proportion n'est que de 36 % dans l'Union européenne, 33 % en France et 20 % en Espagne.

Ces derniers mois, le parti SD s'est dressé contre ce consensus, profitant de l'hostilité d'une partie de l'opinion face à l'afflux croissant d'immigrés venus de Syrie, d'Érythrée, de Somalie, d'Afghanistan et d'Irak, et à l'implantation de Roms dans les grandes villes.

«En septembre, les gens ont vu que l'extrême droite avait obtenu beaucoup de suffrages, ça va encourager les réticents. Ils vont penser qu'eux aussi peuvent franchir le pas», juge Raja Goldman, une mère de famille de 32 ans.

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