Grande-Bretagne: l'affaire Savile a enhardi les victimes

Jimmy Savile (ici en 2008) est mort en... (Photo Lewis Whyld, archives AP)

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Jimmy Savile (ici en 2008) est mort en octobre 2011. La police estime que la star de la télévision britannique aurait agressé sexuellement plus de 500 enfants, adultes, hommes et femmes, âgés de 2 à 75 ans.

Photo Lewis Whyld, archives AP

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Tristan De Bourbon

Collaboration spéciale

La Presse

(Londres) Il y a deux ans, cinq femmes ont déclaré avoir été violées par l'une des plus grandes stars de la télévision britannique. Cette affaire a délié les langues d'autres victimes de viols, même si des pressions politiques tentent de limiter les révélations.

L'affaire

Anobli en 1990 par son amie la première ministre Margaret Thatcher, Jimmy Savile a monopolisé les écrans et les ondes britanniques pendant 30 ans et jusqu'à sa mort en octobre 2011. Le 3 octobre 2012, cinq femmes assurent pourtant dans un documentaire avoir été violées dans sa loge. Au cours des trois semaines suivantes, Scotland Yard enregistre plus de 200 témoignages contre l'ancien présentateur. La police estime aujourd'hui qu'il aurait agressé sexuellement plus de 500 enfants, adultes, hommes et femmes, âgés de 2 à 75 ans.

Les langues se délient

Quelques mois auparavant, neuf hommes ont été condamnés pour le viol et le trafic de jeunes filles dans la banlieue de Manchester. L'affaire Savile va alors délier les langues des victimes. La multiplication des témoignages permet de découvrir l'existence d'un véritable réseau de violeurs. Un rapport indépendant a été publié il y a deux mois: il révèle qu'au moins 1400 filles ont été violées dans la région entre 1997 et 2013 par des gangs majoritairement composés de musulmans d'origine pakistanaise. «Depuis l'affaire Savile, les victimes s'enhardissent et beaucoup plus de personnes nous contactent, pour parler et connaître les options qui leur sont offertes», nous indique Carolyn Hodrien, l'une des responsables de l'organisation Victim Support. «Mais elles ne vont pas forcément voir la police.»

Police et services sociaux sur la sellette

Et pour cause. L'affaire de Manchester a doublement fait scandale au Royaume-Uni en raison de la passivité des autorités. Malgré la multiplication des plaintes des victimes et les requêtes d'intervention de la part d'écoles, ni la police, ni les conseils municipaux, ni les services sociaux n'avaient daigné agir, pour certains par crainte d'être taxés de racisme. «Mais cela évolue car toutes les agences gouvernementales veulent s'assurer que les victimes de violences sexuelles se sentent écoutées et comprises», assure Carolyn Hodrien.

Lorsqu'aucune évolution ne se fait sentir, les victimes hésitent moins à se livrer sur la place publique, sachant que l'opinion et les médias les croiront plus volontiers. Jessica, violée par un gang, a ainsi fait publier son histoire dans The Times dès août 2013. Dans une lettre ouverte publiée le 15 octobre dernier, elle écrit: «Les autorités ne me croient toujours pas. Des travailleurs sociaux ont soutenu il y a quelques mois que le fait d'avoir parlé à la police et aux médias met la vie de mes enfants en danger. Et je n'ai toujours pas reçu de soutien psychologique malgré mes demandes.»

Pressions politiques, dossiers disparus

Les enquêtes dévoilent que des dizaines de plaintes avaient été déposées contre Jimmy Savile au cours de ces 30 dernières années. Elles n'ont jamais été suivies d'enquêtes approfondies, bien souvent en raison de pressions politiques. L'implication du monde politique devient rapidement manifeste. Surtout que depuis le lancement en juillet d'une enquête par le ministère de l'Intérieur sur les agressions sexuelles, les révélations se multiplient: 114 dossiers sur des viols impliquant des personnalités politiques ont disparu, les deux premières personnes chargées de l'enquête ont déjà démissionné après avoir été liées à des suspects de malversations, etc. Seuls les agissements de morts, comme le parlementaire libéral-démocrate Cyril Smith, et de stars vieillissantes ayant perdu leur réseau sont jetés en pâture au public.

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