Berlin fête le 25e anniversaire de la chute du Mur

Des gens marchent près du «mur de lumières»... (PHOTO TOBIAS SCHWARZ, AFP)

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Des gens marchent près du «mur de lumières» dressé à l'endroit même où le Mur de Berlin était.

PHOTO TOBIAS SCHWARZ, AFP

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Yannick PASQUET
Agence France-Presse
BERLIN

Des centaines de milliers d'Allemands et de touristes étrangers se sont retrouvés samedi à Berlin pour un week-end de festivités et de commémorations, graves ou joyeuses, à l'occasion du 25e anniversaire de l'ouverture du Mur, le 9 novembre 1989.

Sous un soleil radieux, et malgré des températures fraîches, de nombreux touristes ont convergé vers l'un des lieux les plus symboliques de la capitale allemande: la Potsdamer Platz, un no man's land avec miradors et barbelés pendant la partition de Berlin, et qui aligne désormais tours futuristes et centres commerciaux.

D'autres, nombreux, étaient rassemblés à la Porte de Brandebourg, haut lieu touristique où plusieurs musiciens répétaient samedi après-midi pour la grande fête populaire prévue pour dimanche. C'est de là aussi que s'envoleront en soirée les premiers des quelque 7000 ballons lumineux qui, sur une quinzaine de kilomètres, symbolisent depuis vendredi soir le tracé du Mur qui a coupé Berlin en deux pendant 28 ans, du 13 août 1961 au 9 novembre 1989.

«J'ai vu (la chute du Mur) à la télévision, je m'en souviens très bien. J'ai pleuré, c'était tellement émouvant», racontait à l'AFP Juliane Pellegrini, une Italienne de 60 ans, spécialement présente à Berlin pour l'occasion, avec une amie. On ressent de «l'émotion. C'est l'Histoire de l'Europe du centre» qui s'est jouée ici, ajoute cette enseignante.

Edna Tschepe, une retraitée berlinoise de 72 ans, assure que l'ancien Berlin-Ouest a également «beaucoup gagné» avec la Réunification, le 3 octobre 1990, onze mois seulement après l'ouverture du Mur. Elle a pu ainsi se rendre sur les bords de la mer Baltique, en ex-RDA, après avoir été des décennies enfermée dans Berlin-Ouest.

Merkel, Gorbatchev, Walesa

Grâce à un documentaire diffusé sur un écran géant installé à côté de la Porte de Brandebourg, des Berlinois revivaient la révolution pacifique qu'ils ont faite il y a 25 ans tandis que d'autres, bière et saucisses en main, se regroupaient autour des nombreuses buvettes installées pour l'occasion.

Plus d'un million de visiteurs allemands et étrangers sont attendus dans la capitale allemande ce week-end, selon l'organisme de tourisme Visit Berlin, pour commémorer un événement qui a sonné la fin de la Guerre froide et annoncé la Réunification de l'Allemagne et de l'Europe. «Le courage de la liberté» est d'ailleurs le slogan retenu par les organisateurs.

La chancelière Angela Merkel, qui a grandi en RDA et entamé sa carrière politique au moment de la chute du Mur, a jugé samedi dans son podcast hebdomadaire que Berlin était «quasiment le symbole de l'Unification de l'Europe».

La dirigeante, qui était calfeutrée dans un sauna de Berlin-Est quand le Mur est tombé, doit inaugurer dimanche la nouvelle exposition permanente du Mémorial du Mur.

Le dernier dirigeant de l'URSS, Mikhaïl Gorbatchev, 83 ans, largement crédité d'avoir permis la réunification allemande, participait ce week-end à diverses manifestations, tout comme l'ancien leader du syndicat polonais Solidarnosc, Lech Walesa.

Au cours d'une rencontre de la fondation Cinema for Peace consacrée aux «Murs dans le monde», M. Gorbatchev a estimé que le monde était «au bord d'une nouvelle Guerre froide».

«Certains disent qu'elle a déjà commencé», a ajouté l'octogénaire.

Dans le numéro spécial du quotidien Bild, il s'était montré plus optimiste, considérant que cet anniversaire était «un jour de célébration pour tous les peuples d'Europe et d'autres continents». Le tabloïd Bild a réuni des messages de dirigeants présents et passés et de vedettes comme le chanteur du groupe U2, Bono, et l'acteur Brad Pitt.

Sur le site internet du quotidien, le président français François Hollande a jugé que la chute du Mur était «un héritage commun qui nous oblige, Français, Allemands et Européens».

Le maire de la ville, Klaus Wowereit, s'est félicité que l'ancienne cité meurtrie soit devenue «une métropole ouverte, tolérante et au prestige mondial».

Le 9 novembre 1989, après des semaines de manifestations monstres d'Allemands de l'Est réclamant plus de liberté, le régime communiste avait annoncé par surprise que ses ressortissants pourraient désormais voyager à l'étranger.

Quelques heures plus tard, les gardes-frontière de Berlin-Est, débordés, avaient ouvert le Mur, déclenchant des scènes de liesse qui ont fait le tour du monde et marqué l'imaginaire collectif du XXe siècle.

C'est d'ailleurs Bornholmer Strasse, au premier point de passage ouvert entre Berlin-Est et Berlin-Ouest, le 9 novembre au soir, que les ballons lumineux seront lâchés en dernier.

Sur le réseau Twitter, certains internautes insistaient sur les bouleversements personnels entraînés par cette révolution pacifique. «Sans la chute du Mur, il n'y aurait pas eu à mes côtés @Christoph-Mohr et mon fils Lennard», explique Melanie Unbekannt, une «Ossi» (originaire de RDA) qui partage sa vie avec un «Wessi» (originaire de l'Allemagne de l'Ouest).

Le 9 novembre est une date hautement symbolique en Allemagne, car c'est aussi celle du sinistre pogrom dit de la «Nuit de cristal», perpétré par les nazis en 1938.

Le monde est «au bord d'une nouvelle Guerre froide», selon Gorbatchev

Le dernier dirigeant de l'Union soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, a estimé samedi que le monde était «au bord d'une nouvelle Guerre froide», en marge des célébrations marquant le 25e anniversaire de la chute du Mur de Berlin, selon des propos rapportés par l'agence allemande dpa.

«Le monde est au bord d'une nouvelle Guerre froide», a affirmé l'ancien responsable de 83 ans, dans une allusion manifeste à la crise ukrainienne. «Certains disent qu'elle a déjà commencé», a-t-il ajouté, selon des propos rapportés en allemand par dpa.

Au cours des derniers mois, «la confiance s'est rompue», selon lui.

«Souvenons-nous qu'il ne peut y avoir de sécurité en Europe sans le partenariat germano-russe», a-t-il encore insisté au cours d'une manifestation organisée par la Fondation «Cinema for peace» à laquelle il appartient.

Dans un entretien à la Radio Télévision suisse (RTS) qui doit être diffusé dimanche, Gorbatchev a également estimé: «On essaie de nous attirer dans une nouvelle Guerre froide. On voit de nouveaux murs. En Ukraine c'est un fossé énorme qu'ils veulent creuser».

«Le danger est toujours là», selon lui. «Eux, ils croient qu'ils ont gagné la Guerre froide. Il n'y a pas eu de vainqueur, tout le monde a gagné», a-t-il jugé. «Mais aujourd'hui, ils veulent commencer une nouvelle course aux armements».

Interrogé ensuite pour savoir si par «eux», il entendait les pays de l'OTAN, il a répondu: «L'OTAN est un instrument qui est utilisé».

Présent à Berlin tout au long d'un week-end de festivités marquant le 25e anniversaire de la chute du Mur, l'ancien leader soviétique doit s'entretenir lundi avec la chancelière Angela Merkel.

Mikhaïl Gorbatchev, largement crédité d'avoir permis la Réunification allemande, avait déclaré avant son départ pour Berlin qu'il entendait défendre la position du président russe Vladimir Poutine auprès de la chancelière Angela Merkel.

«Je suis absolument convaincu que Poutine défend aujourd'hui mieux que quiconque les intérêts de la Russie. Il y a bien sûr dans sa politique de quoi attirer les critiques. Mais je ne souhaite pas le faire et je ne veux pas que quelqu'un d'autre le fasse», a-t-il indiqué avant son départ pour la capitale allemande.

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