La soeur qui prônait l'indépendance de la Catalogne

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«Il n'y a jamais eu, dans l'Histoire, d'avancement vers la justice sociale qui se soit fait avec l'approbation des partisans du statu quo», déclare soeur Teresa Forcades, porte-étendard du mouvement indépendantiste catalan.

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Olivier Arbour-Masse

collaboration spéciale

La Presse

(BARCELONE) Le gouvernement catalan maintient la consultation sur l'indépendance de la région qui aura lieu dimanche, malgré la suspension de ce vote par le Tribunal constitutionnel espagnol. Parmi ceux qui appellent les Catalans à désobéir au jugement de la cour: Teresa Forcades, une soeur bénédictine qui est l'une des porte-étendards du mouvement indépendantiste catalan.

Poignées de main, accolades et photos. Ce qui, pour les politiciens, relève de la routine décoiffe encore Teresa Forcades. En quelques années, la soeur bénédictine a été propulsée du silence monastique aux feux de la rampe du débat indépendantiste grâce à son argumentaire politique aiguisé.

«Le matin, dans mes prières, j'ai l'air plus détendu. Mais actuellement, je suis encore excitée par ce gros événement que nous venons de partager», admet la religieuse en s'asseyant pour l'entrevue dans un amphithéâtre de Barcelone après avoir salué les militants venus lui témoigner leur affection.

Quelques instants plus tôt, elle participait à une conférence avec 11 autres figures de la gauche indépendantiste. Un millier de Catalans en quête de la bonne parole souverainiste s'étaient réunis pour l'écouter prêcher à quelques jours de la consultation sur l'indépendance.

Sur scène, le regard brillant sous son voile noir, soeur Forcades condamne la «violence» du système capitaliste. Elle plaide pour «l'expropriation bancaire». Un discours radical, solidement documenté, qu'elle ponctue de quelques blagues, histoire de dérider l'assistance.

Sa plus récente vocation, Teresa Forcades l'a trouvée au coeur de la crise de la grippe H1N1 en 2009. Diplômée en médecine et docteure en santé publique, elle a entrepris une critique en règle de l'industrie pharmaceutique, seule devant une caméra, à son abbaye de Montserrat, à 50 km au nord de Barcelone.

Sa vidéo, d'une durée d'une heure, a été visionnée plus d'un million de fois. Un exploit à l'ère des communications en 140 caractères.

«Ensuite, ç'a a été une avalanche d'invitations à des conférences et à des émissions télévisées», se souvient-elle. Elle est si demandée, surtout à quelques jours du 9 novembre, qu'une consoeur l'aide à gérer son agenda.

Quand la question de l'indépendance a refait surface en Catalogne aux environs de 2010, les organisations souverainistes se sont naturellement tournées vers Teresa Forcades pour sa capacité à toucher des gens de tous horizons.

Aux côtés du célèbre économiste Arcadi Oliveres, la religieuse mène Procés Constituent, un mouvement politique qui appelle à refonder l'Espagne, à accorder la souveraineté à la Catalogne et à nationaliser les banques.

Teresa Forcades a le verbe facile et multiplie les parenthèses explicatives pour s'assurer de bien se faire comprendre. Son message est clair: «La souveraineté est un outil, une opportunité unique de repenser les structures politiques et démocratiques ainsi que les institutions.»

Elle plaide pour un virage «radical» vers le communautarisme afin de s'éloigner d'un capitalisme qui «permet que des intérêts économiques privés aient préséance sur la vie de millions de personnes».

En pleine critique acerbe du système, la religieuse grisonnante de 48 ans sent le besoin de préciser: «Quand je parle de révolution, n'imaginez pas que je veux prendre un fusil et tuer des gens, je parle d'un mouvement pacifique et démocratique.»

Voter avant tout

Avec la minutie du pédagogue, elle poursuit son plaidoyer pour une Catalogne indépendante. «La deuxième raison pour laquelle je suis souverainiste, c'est parce que les petites unités politiques favorisent une plus grande diversité culturelle.»

Elle dénonce «l'uniformisation des cultures», effet secondaire de la «mondialisation néo-libérale rampante à laquelle on assiste depuis la chute du mur de Berlin».

Puis, elle s'arrête subitement, freinée par le doute. «Je parle d'indépendance passionnément, mais peut-être que la majorité des Catalans n'en veut pas. Tant qu'on ne votera pas, on ne saura pas.»

Soeur Forcades appelle les Catalans à défier l'État et les lois espagnoles pour se rendre aux urnes le 9 novembre. L'appel à la désobéissance d'une femme qui a fait voeu... d'obéissance à son entrée chez les bénédictines en 1997.

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