Plus de 100 000 Belges dans la rue contre l'austérité

Un manifestant prend la pose devant une voiture... (PHOTO GEERT VANDEN WIJNGAERT, AP)

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Un manifestant prend la pose devant une voiture en feu pour le photographe de l'AP , à Bruxelles, le 6 novembre.

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Philippe SIUBERSKI, Alix RIJCKAERT
Agence France-Presse
BRUXELLES

Plus de 100 000 personnes ont manifesté jeudi à Bruxelles contre les mesures d'austérité du nouveau gouvernement de droite, une mobilisation sociale historique en Belgique, marquée par des incidents en fin de cortège, dont notamment des voitures incendiées.

Entre 120 000 et 130 000 personnes, soit environ 1 % de la population du royaume, ont défilé dans le centre de la capitale, selon les syndicats, saluant du «jamais vu depuis 30 ans».

Ils dénonçaient un programme de réformes économiques et sociales visant à réaliser 11 milliards d'euros (près de 16 milliards de dollars) d'économies dans les cinq prochaines années. Il prévoit aussi de reculer l'âge légal de départ à la retraite à 67 ans, contre 65 aujourd'hui, à partir de 2030.

Ces mesures, en rupture avec la politique centriste du précédent gouvernement, ont été dévoilées après la formation de l'exécutif, début octobre, par le premier ministre libéral Charles Michel, à la tête d'une coalition de droite avec notamment les nationalistes flamands du N-VA.

«Il faut faire des efforts, c'est évident, mais le cocktail de mesures proposées par le gouvernement est particulièrement injuste. Les grandes entreprises et les détenteurs de capitaux ne participent pas à la solidarité. Par contre, on diminue les salaires, les pensions et on touche à la sécurité sociale», a dénoncé une des figures du parti socialiste, l'ancienne ministre Laurette Onkelinx.

Vêtus de chasubles rouges, vertes et bleues, les couleurs des trois grands syndicats belges, les manifestants, francophones comme néerlandophones, ont défilé sur les boulevards du centre-ville au bruit des sifflets et des pétards.

«Le pouvoir d'achat sera mis à mal, tant pour les travailleurs que pour les allocataires sociaux et les petits indépendants», a insisté Marc Goblet, le secrétaire général du syndicat socialiste FGTB. «Ces mesures injustes vont toucher uniquement le portefeuille des travailleurs», a ajouté Marie-Hélène Ska, secrétaire générale de la centrale chrétienne CSC, premier syndicat belge.

De nombreuses industries tournaient au ralenti, notamment dans la sidérurgie et aux ports d'Anvers et de Zeebruges, à la Poste ou dans l'enseignement.

Un conseil des ministres restreint devait se réunir jeudi soir, et les trois principaux syndicats y ont été conviés. Ils ont d'ores et déjà prévenu que si le gouvernement ne revoyait pas sa copie, d'autres actions étaient envisagées.

«Ces mesures sont nécessaires pour garantir l'avenir. C'était notre devoir de prendre ces décisions», a commenté M. Michel devant la Chambre des députés. «Nous devons nous écouter et nous respecter. J'espère que les partenaires sociaux voudront s'engager avec nous», a ajouté le premier ministre.

Grève générale en décembre

Des grèves tournantes sont prévues dans les provinces dans les prochaines semaines, avant une grève générale le 15 décembre dans l'ensemble du pays.

Les syndicats, mais aussi les partis socialistes, écologistes et d'extrême gauche, dans l'opposition, dénoncent la décision de procéder à un «saut d'index» en 2015, qui aura pour conséquence que les salaires et les allocations sociales ne suivront pas l'augmentation du coût de la vie, comme c'est le principe en Belgique.

«Je suis quotidiennement avec une classe de 25 élèves, et je ne me vois vraiment pas continuer jusqu'à 66, 67 ans, voire plus. En plus, je prends la place des jeunes qui n'ont pas de travail», a expliqué dans le cortège Anne Piana, 55 ans, institutrice dans une école maternelle. «Encore 17 ans, c'est trop», abondait un directeur d'école en Flandre âgé de 50 ans, Ralph Lauwmans.

Les mesures d'économie touchent aussi des secteurs spécifiques comme la culture, la fonction publique ou la recherche scientifique.

Si l'ambiance générale de la manifestation était bon enfant, 1000 à 2000 manifestants plus radicaux, notamment des débardeurs d'Anvers, ont renversé deux voitures, incendié des poubelles et affronté la police en fin de cortège. La police a répliqué avec gaz lacrymogène et jets d'eau, et en chargeant les manifestants à plusieurs reprises.

Un manifestant a eu le nez cassé et au moins dix policiers ont été légèrement blessés, selon une porte-parole de la police.

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