Mort d'un manifestant français: «homicide volontaire»?

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Une manifestante au lendemain de la mort de Rémi Fraisse.

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François AUSSEILL
Agence France-Presse
ALBI

La famille de Rémi Fraisse, 21 ans, mort dimanche sur le site du barrage de Sivens (Tarn), s'apprêtait à déposer plainte mardi, notamment pour «homicide volontaire», au moment où enflait la polémique sur les causes du décès.

Dans sa première réaction après la mort, le président François Hollande a promis «toute la vérité sur ce qui s'est passé».

Prônant «l'apaisement», il a appelé à «une responsabilité que chacun doit avoir, dans son expression» face au décès, une allusion à la charge sonnée par les écologistes.

L'avocat de la famille Fraisse, Arié Alimi, devait déposer deux plaintes à Albi: l'une pour «homicide volontaire» et l'autre pour «violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner».

Le flou reste entier sur les circonstances de la mort de Rémi, tombé lors d'affrontements avec les forces de l'ordre dimanche à 2h sur le site du barrage.

Les accusations de «violences policières» ont suscité une vague de manifestations, voire de heurts, dans plusieurs villes de France, dont Albi, où les CRS patrouillaient en nombre mardi.

Un nouvel appel a été lancé pour un rassemblement à Gaillac (Tarn) à partir de 17h.

Le premier ministre Manuel Valls a affirmé qu'il «n'accept(ait) pas les mises en cause (...) à l'encontre du ministre de l'Intérieur» et a défendu «l'action des policiers et des gendarmes», appelant à «la décence et la tempérance».

Des analyses sont en cours, par le laboratoire de police scientifique de Toulouse, sur des prélèvements de peau, des lambeaux du sac à dos de la victime et divers débris. Mais les résultats, qui avaient initialement été annoncés pour ce mardi, ne seraient pas connus avant mercredi, selon des sources proches du dossier.

D'après plusieurs opposants interrogés par l'AFP sur le site du barrage, le procureur d'Albi Claude Dérens s'est rendu sur place, notamment à l'endroit où a été récupéré le corps de Rémi Fraisse.

La situation était calme, mais les opposants, pour certains équipés de talkies-walkies, filtraient les entrées. Les prises de vues du campement principal à l'entrée du site et de celui de quelques tentes près du «mémorial» en mémoire de Rémi ne sont pas bienvenues.

Lundi, le procureur Dérens avait annoncé que le décès était «vraisemblablement» dû à une «explosion». Mais il avait précisé que l'autopsie ne permettait pas de déterminer si la mort était due «à une grenade lancée depuis la zone où les gendarmes étaient retranchés», dans la nuit de samedi à dimanche.

Le procureur, dans une interview à RTL, a dit n'avoir «absolument aucun doute sur l'action de la gendarmerie».

«Provocation policière»

Sur France Info, Me Arié Alimi a cependant accablé les gendarmes. «Je m'oriente plutôt vers un tir d'arme, un projectile, flash-ball, grenade, à tir tendu, assez proche, pendant une charge des gendarmes mobiles», a-t-il déclaré.

Les gendarmes sont «des militaires aguerris» qui «savent que, dans certaines conditions, des projectiles tirés peuvent provoquer la mort», a-t-il fait valoir.

Le ministère public, a ajouté l'avocat, «essaie de semer un petit peu la confusion et de dire que le décès de Rémi peut être causé par un cocktail Molotov lancé par les manifestants». «Ce que je sais c'est qu'il n'y a pas de brûlures. Un cocktail Molotov provoque des brûlures».

Sur le site de la retenue d'eau en chantier, un «zadiste» (de ZAD ou «zone à défendre», acronyme créé par les opposants), qui a participé à la contestation contre le nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes, près de Nantes, évoque l'hypothèse qu'une grenade assourdissante ou désencerclante lancée par les gendarmes qui se serait coincée entre le dos de Rémi et son sac à dos et ait explosé.

L'opposant dénonce une «provocation policière». «Ils ont envoyé des forces de l'ordre pour protéger un grillage et un Algeco vide», ajoute-t-il sous couvert de l'anonymat.

Quant à Rémi Fraisse, plusieurs témoins assuraient de son pacifisme.

Dans un communiqué, France Nature Environnement indique que «Rémi était un jeune bénévole actif au sein d'un groupe botanique». «Il suivait la flore protégée en Haute-Garonne où il assurait la coordination du suivi de la renoncule à feuille d'ophioglosse», précise la FNE.

«Comment est-ce qu'on peut croire qu'on a affaire, là, à un professionnel des bagarres?», s'est demandé le député écologiste José Bové sur BFM TV.

Le député écologiste Noël Mamère a quant à lui appelé à «la responsabilité» des autorités pour stopper la construction de la retenue d'eau, car «on ne construit pas un barrage sur un cadavre».

La députée écologiste Cécile Duflot, ex-ministre du Logement, a qualifié, sur France Info, la mort du manifestant de «tache indélébile sur l'action du gouvernement».

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