Aubry éreinte la politique de Hollande

La maire PS de Lille, Martine Aubry, était déjà... (Photo PHILIPPE HUGUEN, AFP)

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La maire PS de Lille, Martine Aubry, était déjà sortie du bois ces derniers mois en s'insurgeant contre la réforme territoriale et l'abandon de l'encadrement des loyers, mais elle semble être passée à la vitesse supérieure.

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Frédéric DUMOULIN
Agence France-Presse
PARIS

Plutôt discrète depuis le début du quinquennat, Martine Aubry passe à l'offensive en éreintant dans un entretien au Journal du dimanche la politique économique de François Hollande et de Manuel Valls et en se posant clairement en chef de file des députés PS frondeurs.

«Je demande qu'on réoriente la politique économique (...) (Il faut) emprunter le bon chemin dans les deux ans qui viennent» faute de quoi la gauche va «échouer», lance-t-elle en direction du chef de l'État, qui l'a battue lors des primaires de 2011 pour la présidentielle. «Je ne me résigne pas (...) à la victoire de la droite en 2017», lâche-t-elle encore.

La maire PS de Lille était déjà sortie du bois ces derniers mois en s'insurgeant contre la réforme territoriale et l'abandon de l'encadrement des loyers, mais elle semble être passée à la vitesse supérieure.

Elle a d'ailleurs lancé une deuxième salve en publiant dans la nuit sur internet (www.ensemble-reussir.fr) sa contribution aux États généraux du PS, où elle plaide pour «une nouvelle social-démocratie», un projet qui n'est, insiste-t-elle, «ni le libéralisme économique ni le social-libéralisme».

Un texte signé à ce stade par 34 responsables socialistes: des frondeurs comme Jean-Marc Germain et Christian Paul, des présidents de région (Jacques Auxiette, François Bonneau, Marie-Guite Dufay et René Souchon), les ex-ministres François Lamy et Philippe Martin, des présidents de conseils généraux (Matthieu Klein, André Vezinhet), mais aussi des députés non étiquetés «frondeurs».

Dans le JDD, si elle admet que l'exécutif a accompli quelques «bonnes choses» -elle cite en une petite phrase «le retour de la France sur la scène internationale, les moyens complémentaires donnés à la police, à la justice, à l'éducation, la retraite à 60 ans pour les longues carrières»- , tout le reste de l'interview est un réquisitoire contre l'action du tandem Hollande-Valls.

«Nous avions prévu qu'à mi-mandat, la croissance serait revenue, le chômage en repli et les déficits réduits en deçà de 3 %. Ce n'est pas le cas. Il nous faut trouver au plus vite le bon réglage des politiques économiques qui permettra de sortir la France de la crise», assène-t-elle à la veille du vote en première lecture de la partie recettes du budget 2015.

Des critiques sur le fond de la politique menée: «regardons la vérité en face. La politique menée depuis deux ans, en France, comme presque partout ailleurs en Europe, s'est faite au détriment de la croissance» ou encore «Il n'y a pas d'un côté les sérieux et de l'autre les laxistes. Mais je demande une inflexion de la politique entre la réduction des déficits et la croissance».

Mais aussi sur la gouvernance Hollande : il faut «refaire de la politique», «donner la destination du voyage», car «on n'a pas fixé le cap», déplore celle qui, en privé, ne perd jamais une occasion d'étriller le chef de l'État.

Non aux «vieilles recettes libérales»

Surtout, si ses amitiés avec certains «frondeurs» -un qualificatif qu'elle rejette- étaient connues, Martine Aubry franchit un pas supplémentaire en disant pour la première fois publiquement «partager leurs propositions» économiques et «regrette» au passage «que le Parlement n'ait pas pu en discuter» dans le cadre du Pacte de responsabilité et de solidarité.

«J'espère que la prise de conscience sera là, que le débat aura lieu. En tout cas, plus on sera nombreux à le dire à gauche -élus nationaux ou locaux, mais aussi dans la société civile- plus on aura une chance d'être entendus», lance-t-elle en guise d'avertissement. À l'unisson de ces frondeurs, elle juge d'ailleurs que «20 milliards d'euros peuvent et doivent être libérés sur les 41  mds d'euros» d'aides aux entreprises.

Tenante d'une «nouvelle social-démocratie», l'ex-ministre des Affaires sociales du gouvernement Jospin propose de «mieux cibler les aides aux entreprises sur celles qui sont exposées à la concurrence internationale et sur celles qui investissent et embauchent», un «plan de soutien à la croissance qui touche les ménages et les collectivités locales» ainsi qu'une «fusion» du CICE (crédit d'impôt compétitivité emploi) avec le crédit d'impôt recherche.

Elle juge aussi qu'une grande réforme fiscale «est plus que jamais nécessaire pour réconcilier les Français avec l'impôt» et surtout «préférable à des mesures au fil de l'eau, aux allers-retours sur les mesures fiscales, aux baisses des prestations familiales ou au gel des retraites qui inquiètent les Français en situation difficile». Seul à échapper à ses piques assassines, le patron du PS Jean-Christophe Cambadélis, dont elle salue l'initiative «salutaire» des États généraux.

«Il faut en finir avec les vieilles recettes libérales. Ne perdons pas notre temps dans des débats du passé sans cesse remis sur la table par le Medef : le repos dominical, c'était il y a un siècle, l'assurance-chômage, soixante ans, les lois Auroux et les seuils sociaux, trente ans, les 35 heures, seize ans», ajoute-t-elle en visant autant le gouvernement Valls que le patronat.

Une façon de se poser très clairement en recours à gauche. Pourtant, promis juré, elle n'est «candidate» à rien d'autre qu'au «débat d'idées».

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