Allemagne: plus grosse grève des trains depuis 2008

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La grève surprend par son ampleur, dans une Allemagne habituée à des grèves qui dépassent rarement la journée, et qui en général évitent soigneusement le week-end.

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Romain FONSEGRIVES
Agence France-Presse
BERLIN

Avec le mouvement des conducteurs de locomotive prévu ce weekend, l'Allemagne vivra sa plus grosse grève ferroviaire depuis 2008. En cause, un conflit salarial et une lutte de pouvoir qui s'enlisent de manière inhabituelle au pays du dialogue social.

En plein chassé-croisé des vacances d'automne, les Allemands vont devoir faire face à de fortes perturbations, voire à une paralysie du réseau ferré. Parmi eux, les quelque 100 000 supporteurs de football qui utilisent chaque semaine le train pour suivre la Bundesliga.

Les conducteurs de train de la compagnie publique Deutsche Bahn ont annoncé vendredi un nouveau mouvement de grève. Il devait toucher le trafic passager dès samedi à 02h00 locales (20h00, heure de Montréal) et s'achèver lundi à 04h00 locales (22h00, heure de Montréal). Le transport de marchandises était également concerné, dès vendredi après-midi.

Il s'agit de la troisième grève en deux semaines chez Deutsche Bahn, après deux grèves d'avertissement en septembre. Mercredi déjà et jeudi dans la nuit, 70% des trains grandes lignes étaient restés à quai.

Le mouvement surprend par son ampleur, dans une Allemagne habituée à des grèves qui dépassent rarement la journée, et qui en général évitent soigneusement le week-end. Deutsche Bahn n'avait plus connu de conflit social aussi long depuis celui de 2007-2008, qui avait traîné plusieurs mois.

Opposition frontale

Le syndicat des conducteurs de locomotives GDL réclame entre autres une augmentation des salaires de 5% et une réduction de deux heures de leur semaine de travail. Mais les négociations sont dans l'impasse.

Vendredi après-midi, la Deutsche Bahn a mis sur la table une nouvelle offre, exhortant à nouveau le syndicat à reprendre les négociations. En milieu de soirée, GDL a rejeté cette proposition, jugeant qu'elle «désolidarisait» les salariés.

La direction accuse GDL de «devenir fou» avec cette grève en plein week-end de vacances. Elle vise aussi personnellement le chef de file du syndicat, en dénonçant «les fantasmes de toute-puissance d'un bureaucrate».

Jusqu'à présent, le syndicat a rejeté la position «bien emballée, mais sans substance» de Deutsche Bahn. La direction se dit en effet ouverte à la négociation, mais avec un préalable: que GDL renonce à représenter les catégories de personnel autres que les conducteurs de train.

Aux racines du conflit, les dissensions internes de la compagnie ferroviaire, où cohabitent plusieurs syndicats et plusieurs accords salariaux. Mais jusqu'à peu chaque syndicat ne représentait qu'une catégorie de personnel.

Ce n'est plus le cas depuis quelques mois et GDL est allé labourer sur les terres de son concurrent EVG, syndicat des autres personnels de bord, dont les contrôleurs.

Deutsche Bahn veut revenir à une séparation stricte entre conducteurs et autres personnels. GDL, qui compte maintenant des adhérents chez les contrôleurs, refuse catégoriquement.

Berlin légifère

Direction et syndicat campent sur leurs positions et se rejettent désormais l'accusation de prendre en otage les Allemands. Mais ce type de conflit, mené par de petits syndicats catégoriels, dépasse largement le cadre du rail.

Le géant du transport aérien Lufthansa est ainsi à couteaux tirés avec Cockpit, son syndicat de pilotes. Ces derniers temps ceux-ci multiplient les débrayages au sein des différentes compagnies du groupe, pour protéger leurs conditions de fin de carrière. Jeudi encore, 13 000 passagers de Germanwings, filiale à bas coûts du groupe, sont restés cloués au sol.

Culture de la négociation oblige, les grèves sont rares en Allemagne, mais sans accord elles peuvent rapidement devenir spectaculaires. Irrité, Berlin veut désormais en finir avec ces mouvements sectoriels, capables de paralyser des entreprises entières.

Le gouvernement allemand prépare ainsi une loi sur les syndicats, autour du principe «une entreprise, un accord salarial».

La ministre du Travail Andrea Nahles martèle son refus «que certains syndicats catégoriels puissent paralyser des fonctions vitales de notre pays pour leurs intérêts particuliers».

Le projet de loi doit être présenté en novembre, après une genèse tourmentée. Toute la difficulté pour Berlin est de légiférer dans le respect de la Constitution, sans avoir l'air de toucher au droit de grève ou à la liberté syndicale.

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