La Bosnie sous l'emprise des nationalistes après les élections

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Des analystes soulignent que, quels que soient les gagnants, ils auront du mal à sortir le pays du marasme économique.

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Rusmir SMAJILHODZIC, Calin NEACSU
Agence France-Presse
SARAJEVO

Les principales formations nationalistes musulmane, serbe et croate ont imposé leurs candidats au sein de la présidence collégiale de Bosnie et sont bien placées pour prendre le contrôle des institutions nationales et régionales, près de vingt ans après la guerre qui a ravagé l'ex-République yougoslave.

Suite aux élections générales de dimanche, le candidat du parti nationaliste musulman (SDA), Bakir Izetbegovic, a été élu au sein de cette présidence tournante, de même que le leader croate Dragan Covic soutenu par les nationalistes du HDZ BIH, selon des résultats officiels presque définitifs.

Chez les Serbes, même si le résultat est encore très serré, le siège reviendra soit à Mladen Ivanic, candidat d'une coalition emmenée par les nationalistes du SDS, soit à la candidate du parti au pouvoir (SNSD, nationalistes), Zeljka Cvijanovic.

«À défaut de choix compétents et d'une offre politique sérieuse, les citoyens ont voté pour une sorte de retour aux années 1990», a dit à l'AFP l'analyste politique Enver Kazaz, en faisant référence aux formations nationalistes au pouvoir durant la guerre.

«Ces nationalistes, ces faux modérés, n'iront pas jusqu'à se faire la guerre mais ils n'hésiteront pas à se lancer dans des disputes politiciennes» qui vont miner tout espoir de redressement du pays et de rapprochement avec l'Union européenne, a-t-il poursuivi.

Près de 3,3 millions d'électeurs ont été appelés à choisir, pour un mandat de quatre ans, les trois membres de la présidence collégiale de la Bosnie, l'un des pays les plus pauvres d'Europe.

Ils devaient aussi renouveler le Parlement central de ce pays, dont les trois principales communautés se sont affrontées dans un conflit sanglant (1992-95) qui a fait environ 100 000 morts.

Ils ont également voté pour élire les assemblées des deux entités territoriales qui composent la Bosnie depuis la fin de la guerre - la Republika Srpska (RS, serbe) et la Fédération croato-musulmane -, les habitants de la RS ayant, quant à eux, également désigné leur propre président.

La Bosnie confrontée à une grave crise économique 

La Commission électorale centrale a présenté des résultats partiels pour ces scrutins qui placent en tête les formations nationalistes. Les résultats définitifs seront annoncés dans les dix jours, a-t-on ajouté de même source.

Dans la Republika Srpska, le président sortant, Milorad Dodik, qui prône une sécession de son entité de la Bosnie et brigue un deuxième mandat, est en tête face au candidat de l'opposition (SDS), formation qui n'a pas hésité durant la campagne électorale à rendre hommage à l'ex-chef politique des Serbes de Bosnie pendant la guerre, Radovan Karadzic, actuellement jugé pour génocide par la justice internationale.

À l'issue de ces scrutins, qui se sont déroulés dans un contexte de crise économique et de fronde sociale, des analystes soulignent que, quels que soient les gagnants, ils auront du mal à sortir le pays du marasme économique.

«On ne peut pas s'attendre à des changements importants car ce sont plus ou moins les mêmes partis qui sont bien placés pour former les nouvelles institutions», a affirmé l'analyste politique, Vehid Sehic.

La Bosnie est confrontée à une grave crise économique. Sur 3,8 millions d'habitants, 18 % vivent dans une pauvreté extrême et environ 44 % de la population active est au chômage. En février dernier, elle a été secouée par une vague de manifestations contre la pauvreté et la corruption, sans précédent depuis la fin de la guerre.

«Personne ne peut faire la fête [...] Si les partis qui prendront le pouvoir ne mesurent pas la gravité de la situation et les messages que la population a adressé au pouvoir lors des manifestations de février, ce qui arrivera sera beaucoup plus violent», met en garde le quotidien Dnevni Avaz.

Outre les problèmes économiques, la Bosnie s'est retrouvée à la traîne dans les Balkans en termes de rapprochement avec l'Union européenne à cause de permanentes querelles politiciennes interethniques.

Malgré les pressions de la communauté internationale, aucune réforme importante requise par Bruxelles n'a été récemment faite.

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