Royaume-Uni: l'extrême droite rentre à la Chambre des communes

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Nigel Farage, chef du Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (à droite), affiche une mine réjouie aux côtés de Douglas Carswell, premier député de sa formation à faire son entrée à la Chambre des communes.

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Tristan De Bourbon

Collaboration spéciale

La Presse

(CLACTON-ON-SEA) Révolution dans le monde politique britannique: un candidat du Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP) a été élu à la Chambre des communes. Il s'agit du premier politicien du parti d'extrême droite à devenir parlementaire britannique, explique notre collaborateur.

Le soleil brille sur Clacton-on-sea, petite ville de la côte est de l'Angleterre. Mais le sourire de Douglas Carswell ne résulte pas vraiment des conditions climatiques: il a été réélu hier député de sa circonscription. Plus encore, ce transfuge du Parti conservateur est le premier membre du Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP) à être élu à la Chambre des communes. Une vraie révolution dans le monde politique britannique.

«Le Parti conservateur est composé de personnes très bien, désireuses du bien du pays et des Britanniques, mais ses dirigeants ne sont pas du côté des gens, ils ne s'intéressent qu'à leur propre carrière», nous raconte Douglas Carswell, 43 ans, pour justifier sa défection.

«À travers des commissions internes du parti et de nombreux débats, je me suis battu pendant des années pour obtenir des changements visant à obliger les politiciens à vraiment rendre des comptes aux électeurs. J'ai fini par abandonner.»

«Par optimisme et pour ne pas quitter la politique ou devenir un élu conservateur aigri», il annonce alors le 28 août qu'il joint l'UKIP. En poste depuis neuf ans sous les couleurs conservatrices, il prend le risque de démissionner de son poste de député, ce que rien ne l'obligeait à faire.

La confiance des électeurs

«Il a voulu remettre l'intégrité au-devant de la scène politique et a voulu savoir si ses électeurs acceptaient de le suivre,» a expliqué Nigel Farage, le bouillant leader de l'UKIP. Ce n'est guère une surprise de la part d'un homme dont le mot d'ordre personnel est la célèbre phrase du président américain Abraham Lincoln: «Le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple.»

Le peuple a bien rendu sa confiance à Douglas Carswell: alors qu'il avait gagné avec 53% des votes en 2010, il a cette fois-ci remporté 60% des suffrages avec quasiment autant de voix, alors que la participation a chuté, passant de 64 à 50%.

En promenade dans les rues de Clacton après l'annonce des résultats, Douglas Carswell voit converger vers lui de nombreux partisans. «J'ai toujours voté conservateur, mais là, ce n'est plus possible,» nous avoue un homme d'une soixantaine d'années accompagné de son épouse. «Ils ne s'intéressent plus à nous, ils se sont détournés de nous. Donc, oui, je sens que j'ai trahi, mais Carswell me semble honnête: en restant chez les conservateurs, il était assuré de se faire réélire l'an prochain.» Si une ou deux personnes se sont déclarées «trahies» par sa défection, la plupart des habitants nous ayant répondu l'ont soutenu.

D'autres défections

Le Parti conservateur a de son côté perdu gros. Sa défaite par 35 points de pourcentage dans une région considérée comme l'une de ses places fortes était inimaginable. Elle confirme tout d'abord qu'il devra se battre sur chacun de ses sièges face à l'UKIP. Surtout, elle pourrait favoriser la défection d'autres de ses élus.

Cette menace s'est déjà concrétisée fin septembre lorsque le député Mark Reckless a annoncé suivre les pas de son ami Douglas Carswell. Il tentera de se faire réélire le 6 novembre dans une élection qui concentrera l'attention du pays: élu depuis seulement quatre ans, il n'y possède pas l'attache militante du député de Clacton. Sa victoire serait donc un vrai choc pour les tories.

D'autant que d'autres pourraient les suivre. Douglas Carswell nous a en effet confirmé que «de très nombreux élus conservateurs sont en colère à cause de la direction prise par un parti de moins en moins démocratique et de moins en moins conservateur.

Reste à savoir s'ils choisiront la même solution que moi.» L'élection générale du 7 mai prochain s'annonce d'ores et déjà imprévisible.

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