Le roi d'Espagne Juan Carlos abdique

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Grande figure de la démocratie espagnole, le roi Juan Carlos avait pourtant vu sa popularité sombrer sous les scandales qui ont entaché ses dernières années de règne.

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Restez à l'affût des dernières nouvelles sur les rois, les reines, les princes et autres membres des diverses monarchies encore en vigueur dans le monde. »

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Sylvie GROULT
Agence France-Presse
MADRID

Le roi d'Espagne Juan Carlos, affaibli par des ennuis de santé, sa popularité ternie par les scandales, a annoncé lundi à la surprise générale qu'il abdiquait au profit de son fils, le prince Felipe, lui laissant la lourde tâche d'oeuvrer au «renouveau» d'une monarchie discréditée.

Le prince des Asturies doit devenir à 46 ans le prochain roi, sous le nom de Felipe VI. Epargné par la chute de popularité qui touche son père, il devra néanmoins convaincre l'Espagne de sa légitimité, alors que celle-ci, meurtrie par la crise économique et le chômage, doute de ses institutions.

«Don Felipe devra gagner la confiance des Espagnols en approfondissant les qualités démontrées par son père et en permettant la modernisation dont l'Espagne a besoin d'urgence», écrivait le journal de centre gauche El Pais, dans une édition spéciale.

«Felipe VI devra revitaliser la monarchie», soulignait le deuxième quotidien d'Espagne, El Mundo.

Agé de 76 ans, monté sur le trône à la mort du dictateur Francisco Franco en novembre 1975, Juan Carlos a bâti sa popularité en menant la transition de l'Espagne vers la démocratie, avant de connaître une fin de règne éclaboussée par les scandales - sa fille cadette Cristina est inculpée de fraude fiscale - et marquée par les problèmes de santé.

Le pays n'a pas oublié l'image du roi, le 6 janvier, fatigué, appuyé sur des béquilles, lorsqu'au cours d'une cérémonie militaire, il cherchait ses mots en prononçant un discours. La presse avait alors évoqué avec insistance une abdication imminente.

Même si Juan Carlos a ensuite continué à honorer un agenda chargé, il a révélé lundi que c'était à l'époque de son anniversaire, le 5 janvier, qu'il avait «estimé que le moment était venu de préparer en quelques mois la relève».

Le visage grave, le roi s'est adressé lundi aux Espagnols. Dans un discours solennel retransmis à la télévision, il a confirmé son abdication, annoncée peu avant par le chef du gouvernement Mariano Rajoy, exprimant toute sa «gratitude» à son peuple.

Evoquant la soif d'«un élan de renouveau, de dépassement, de correction des erreurs», il a déclaré que son fils, avait «la maturité, la préparation et le sens de la responsabilité nécessaires pour prendre avec toutes les garanties la tête de l'État, et ouvrir une nouvelle ère d'espoir alliant l'expérience acquise à l'impulsion d'une nouvelle génération».

Un Conseil des ministres doit se réunir mardi pour approuver un projet de loi fixant la procédure d'abdication, qui devra être voté par le Parlement avant que le nouveau souverain ne prête serment. Un processus qui pourrait prendre plusieurs semaines.

«Un moment difficile» 

Le prince, aux côtés de la princesse Letizia, une ancienne journaliste qui sera la première roturière à devenir reine d'Espagne, occupe depuis plusieurs années une place grandissante.

De plus en plus souvent, Felipe représente son père dans les cérémonies officielles, tandis que la Maison royale s'efforce de mettre en avant l'image préservée du futur souverain, longuement préparé au métier de roi, parlant couramment l'anglais et plusieurs autres langues.

Juan Carlos, monté sur le trône à la... (PHOTO REUTERS/MAISON ROYALE D'ESPAGNE) - image 2.0

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Juan Carlos, monté sur le trône à la mort du dictateur Francisco Franco en novembre 1975, a construit sa popularité en menant la transition de l'Espagne vers la démocratie.

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Les photos officielles le montrent en compagnie de Letizia et de ses deux petites filles, Leonor, qui va devenir l'héritière de la couronne d'Espagne, et Sofia.

Mais la voie qui s'ouvre au futur souverain s'annonce semée d'embûches. Lundi soir, des milliers d'Espagnols, à l'appel de partis de gauche, ont manifesté aux cris de «Plus de rois, un référendum!», pour réclamer l'abolition de la monarchie.

«C'est un moment très difficile pour monter sur le trône, parce qu'il y a beaucoup de choses en marche. Nous avons un pays encore en proie à la crise économique, le dossier Urdangarin (l'affaire de corruption entourant le gendre du roi, NDLR) n'est pas encore refermé», soulignait l'écrivain José Apezarena.

Symbole de démocratie

Les Espagnols, stupéfaits, se préparaient pourtant depuis longtemps à une abdication.

«Évidemment, c'est quelque chose qui devait arriver. Le roi est âgé», commentait Maria José Gonzalez, 55 ans, arrivée de La Corogne, dans le nord-ouest de l'Espagne, pour visiter Madrid. Pour elle, «c'est mieux pour la stabilité de la monarchie. Nous pensons que le prince Felipe remplira très bien son rôle. Il est très bien préparé».

«Très bonne nouvelle», lançait Sandra Martin, une jeune fille dans le centre de la capitale. «La seule chose que j'espère est qu'à présent les gens se mobiliseront, et que l'on n'en restera pas seulement à l'abdication».

Couronné le 22 novembre 1975, à 37 ans, Juan Carlos aura accompagné le destin d'une Espagne sortie de la dictature pour rejoindre le cercle des grandes démocraties européennes.

Le 23 février 1981, le jeune roi déjouait la tentative de coup d'État faite par des Gardes civils. Celui que Franco avait, dès 1969, désigné comme son dauphin, s'imposait, avec éclat, comme le héros de la transition démocratique.

Mais les scandales qui ont entaché ses dernières années de règne ont entamé la popularité du roi. D'abord l'enquête judiciaire qui frappe Cristina, 48 ans, mise en examen pour fraude fiscale et blanchiment d'argent, et son époux, Iñaki Urdangarin, soupçonné de corruption.

La luxueuse partie de chasse à l'éléphant du printemps 2012 au Botswana, qui serait restée secrète si le roi n'avait pas été rapatrié d'urgence après une chute, avait choqué les Espagnols aux prises avec la crise.

Le tout s'ajoutant aux multiples ennuis de santé de Juan Carlos, opéré à plusieurs reprises depuis 2010.

Ces dernières semaines pourtant, il avait repris ses activités officielles. Décrit comme «un ambassadeur de luxe pour l'Espagne» grâce à de bonnes relations avec de nombreux dirigeants internationaux, le roi s'était rendu à la mi-mai en Arabie saoudite.

Ces souverains qui abdiquent

Les principales abdications de souverains dans le monde depuis 1936:

- AU ROYAUME UNI, ÉDOUARD VIII doit abdiquer le 12 décembre 1936 pour épouser Wallis Simpson, une Américaine divorcée, évitant ainsi une crise constitutionnelle majeure.

Son frère cadet Albert, père de l'actuelle souveraine Élisabeth II, est couronné roi sous le nom de George VI en mai 1937.

- VICTOR-EMMANUEL III, ROI D'ITALIE depuis 1900, abdique le 9 mai 1946 en raison de sa collaboration avec le régime fasciste de Mussolini. Son fils Umberto II, le «Roi de mai», a pris le chemin de l'exil en juin de la même année, au lendemain d'un référendum instituant la République.

- MICHEL Ier DE ROUMANIE est contraint à l'abdication par les communistes en décembre 1947, puis à l'exil quelques mois plus tard. Il avait succédé en 1940 à son père, Carol II, considéré comme responsable du démembrement de la «Grande Roumanie».

- LÉOPOLD III DE BELGIQUE, sur le trône depuis 1934, mais controversé pour certaines de ses actions pendant la Seconde Guerre mondiale, abdique le 16 juillet 1951 en faveur de son fils Baudouin 1er. Il voulait ainsi écarter les risques de guerre civile qui menaçait lors de son retour sur le trône après six ans d'exil.

- LE ROI FAROUK Ier D'ÉGYPTE abdique en juillet 1952 lors de la révolution menée par Nasser, seize ans après son accession au trône. Son fils, Fouad II lui succède, mais est contraint de rejoindre sa famille en exil après la proclamation de la République moins d'un an plus tard, en juin 1953.

- LE GRAND DUC JEAN DU LUXEMBOURG abdique le 7 octobre 2000, après un règne de 36 ans, en faveur de son fils aîné le Prince Henri, devenu le 6e grand-duc de la monarchie luxembourgeoise. Jean avait succédé à sa mère, la grande-duchesse Charlotte, après son abdication en 1964.

- LE ROI DU CAMBODGE NORODOM SIHANOUK, 81 ans, renonce à la couronne le 7 octobre 2004 alors qu'il est soigné à Pékin depuis des années pour un cancer. Le Conseil du trône choisit comme successeur, un de ses fils, le prince Norodom Sihamoni. Monté une première fois sur le trône en 1941, Sihanouk avait déjà abdiqué en 1955 en faveur de son père, avant de redevenir monarque constitutionnel en 1993.

- L'abdication en 2013 de la REINE BEATRIX DES PAYS-BAS (75 ans), le 30 avril 2013, en faveur de son fils Willem-Alexander, intervient après 33 ans de règne. Déjà, la reine Juliana avait abdiqué le 30 avril 1980, jour de son 71e anniversaire, en faveur de Beatrix, sa fille aînée. Juliana avait été intronisée en septembre 1948, au surlendemain de l'abdication de sa mère, la reine Wilhelmine.

- L'ÉMIR DU QATAR, CHEIKH HAMAD BEN KHALIFA AL THANI, abdique au profit de son fils, cheikh Tamim ben Hamad al-Thani, le 25 juin 2013, pour passer le flambeau à la nouvelle génération dans ce riche État gazier du Golfe au rôle diplomatique de premier plan.

L'abdication de l'émir (61 ans), arrivé au pouvoir en 1995 par une révolution de palais, est une démarche rare dans l'histoire récente du monde arabe.

- ALBERT II, ROI DES BELGES (79 ans), abdique le 21 juillet 2013, après 20 ans de règne, en faveur de son fils aîné Philippe. Le roi, qui avait succédé en 1993 à son frère Baudouin, décédé soudainement, demande aux Belges «d'entourer» le nouveau souverain et de maintenir «la cohésion» du pays, divisé entre Flamands et francophones.

Par ailleurs, au LIECHTENSTEIN, LE PRINCE SOUVERAIN HANS-ADAM II a transmis, en 2004, la direction des affaires courantes de l'État à son fils aîné Alois, devenu depuis régent de la principauté.




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