Sarkozy appelle à une rénovation en profondeur de l'Union européenne

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L'ancien président français Nicolas Sarkozy

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Nadège PULJAK
Agence France-Presse
Paris

À trois jours des élections européennes, Nicolas Sarkozy appelle à une rénovation en profondeur de l'Union européenne (UE), garante d'«un modèle de civilisation» et s'appuyant sur «une grande zone économique franco-allemande» et la sortie de l'actuel Schengen, dans une tribune publiée jeudi dans Le Point et le quotidien allemand Die Welt.

Dans cette tribune résolument pro-européenne, écrite alors que le parti de Nicolas Sarkozy, l'Union pour un mouvement populaire (UMP) pourrait être dépassée, dimanche, par le Front national et que sa fin de campagne est parasitée par des soupçons de favoritisme, l'ancien président analyse la situation actuelle de l'UE, source d'«exaspération» et de «colères» chez les Français qu'il dit comprendre.

Mais «ce n'est pas un paradoxe que de plaider tout à la fois pour l'Europe et pour la défense de notre identité, c'est-à-dire la spécificité de notre modèle», veut-il rassurer les Français, nombreux à être réticents envers Bruxelles et sa bureaucratie, comme le montrent les sondages. «Nous devons être Européens et Français», plaide-t-il.

Dans cette tribune, pas d'appel à voter pour l'UMP, dont le nom n'est pas mentionné. Nicolas Sarkozy, dont les amis ont toujours dit que s'il revenait sur la scène politique française dans la perspective de la présidentielle de 2017, ce serait en «prenant de la hauteur», propose des solutions pour corriger les «erreurs» du fonctionnement actuel de l'Union. «Nous devons profondément refonder notre politique européenne», affirme-t-il.

L'ancien président, qui s'était efforcé, durant son quinquennat, à faire du couple franco-allemand le «moteur» de l'UE (d'où le surnom de «Merkozy» qui qualifiait ses relations avec la chancelière Angela Merkel) défend «la création d'une grande zone économique franco-allemande».

Dans une pique à son successeur François Hollande, dont il ne cite pas le nom non plus, il dénonce «l'absence de leadership» actuelle qui «met l'Europe en danger, car sans vision, sans cap et sans priorité».

Cette grande zone «nous permettra d'abord de mieux défendre nos intérêts face à la concurrence allemande, en gommant nos handicaps fiscaux et sociaux» et «nous permettra ensuite de prendre le leadership des 18 pays qui composent notre union monétaire. Inspirons-nous de ce qui marche en Allemagne et des réussites de la France. Imposons un équilibre dans nos rapports. Défendons nos lignes rouges», affirme l'ancien président.

Tribune diversement appréciée à l'UMP

Il souhaite également «plus d'intégration» pour les 18 pays de la zone euro.

Alors que l'étendue des pouvoirs dévolus à Bruxelles est régulièrement dénoncée aussi bien à droite qu'à gauche, Nicolas Sarkozy veut supprimer «pas moins de la moitié des actuelles compétences communautaires».

Celles-ci «devront demain être assumées par les États nationaux, et en regroupant les compétences de l'Europe en une petite dizaine de politiques prioritaires et fondatrices : l'industrie, l'agriculture, la concurrence, les négociations commerciales, l'énergie, la recherche...», écrit-il, alors qu'il n'avait jamais été aussi loin lorsqu'il était à l'Elysée.

Face à «l'échec sans appel» de «la question essentielle des flux migratoires» - dont le Front national a fait son cheval de bataille - Nicolas Sarkozy veut «suspendre immédiatement Schengen I et le remplacer par un Schengen II auquel les pays membres ne pourraient adhérer qu'après avoir préalablement adopté une même politique d'immigration».

«C'est une évidence», dit-il. «Ainsi serait-il mis fin au détournement de procédure qui permet à un étranger de pénétrer dans l'espace Schengen, puis une fois cette formalité accomplie de choisir le pays où les prestations sociales sont les plus généreuses (...) Si nous ne réagissons pas rapidement dans les années qui viennent, c'est notre pacte social qui va exploser», met-il en garde.

Critique du parti socialiste

Comme il l'avait abondamment fait durant sa campagne, Nicolas Sarkozy vante également une Europe qui «protège», notamment «des dérives idéologiques de nos gouvernants et des majorités qui les soutiennent», poursuit-il dans une critique à peine voilée du pouvoir socialiste.

L'annonce de la tribune de l'ancien président, partiellement mise en ligne sur le site du Point à minuit, a été diversement appréciée à l'UMP, qui a tenu mercredi un grand meeting national dans le cadre de sa campagne pour les élections de dimanche.

«Je suis bien heureux qu'il publie une tribune pour venir appeler les Français à la mobilisation!», a lancé le patron du parti Jean-François Copé, sous les applaudissements du public venu assister au meeting.

C'est une tribune «utile au débat», a affirmé de son côté Laurent Wauquiez, qui s'est attiré les foudres d'une partie des dirigeants UMP pour son euroscepticisme assumé.

«C'est utile» mais «cela paraît ne pas mériter plus de commentaire (...) Ce n'est pas l'événement central de la campagne», a lâché François Fillon, son ancien Premier ministre.




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