En Hongrie, presque tous les médias sont sous le joug d'Orban

Le premier ministre conservateur Viktor Orban.... (Photo: archives AFP)

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Le premier ministre conservateur Viktor Orban.

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Peter MURPHY
Agence France-Presse
VIENNE

La réforme controversée des médias en Hongrie avait provoqué en 2011 un bras de fer entre Viktor Orban et l'Union européenne. À écouter les journalistes du pays, le premier ministre conservateur en est l'incontestable vainqueur.

«La situation est épouvantable (...) On nous dit quelles phrases écrire et dans quel ordre», témoigne un salarié des médias publics, sous couvert d'anonymat.

«Maintenant que les élections approchent, c'est encore pire», confie-t-il à l'AFP. «Je ne peux pas interroger des responsables de l'opposition sur leur programme électoral», mais «je dois les questionner sur le récent scandale», la révélation d'un compte bancaire secret en Autriche de l'un des vice-présidents du parti socialiste.

L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) s'est récemment inquiété sur la capacité des émissions politiques à représenter la diversité des opinions avant les élections législatives du 6 avril.

Le parti conservateur Fidesz de Viktor Orban, 50 ans, est donné gagnant dans les sondages. En 2010, il avait raflé la majorité des deux-tiers, qui lui a donné les mains libres pour modifier les lois à sa guise.

Les médias ont été les premiers visés. De nouvelles lois ont contraint tous les médias à s'enregistrer auprès de l'État, ou à produire des sujets «équilibrés» et «conformes à la dignité humaine».

Un Conseil des médias (MT) est chargé de sanctionner les infractions. Ses cinq membres, nommés par le Parlement, sont tous issus du Fidesz.

Après la mise en place de la réforme et le changement de direction, les «rédacteurs en chef se tenaient derrière nous pour regarder ce que nous écrivions. Si cela ne correspondait pas au message (...), nous étions forcés de recommencer», se souvient Klari Kovacs, journaliste politique licencié en juillet 2011 après treize ans à la télévision publique.

Entrée en vigueur début 2011, alors que la Hongrie prenait la présidence tournante de l'UE, la réforme avait provoqué un tollé à Bruxelles, qui a fini par obtenir des concessions du pouvoir, notamment sur la protection des sources et sur les sites internet.

Pour Budapest, le débat est clos. Mais l'UE continue à exprimer ses inquiétudes sur l'application «en pratique» du pluralisme de la presse, indique à l'AFP la vice-présidente de la Commission européenne Neelie Kroes dans un e-mail. La Commission surveille de près «les évolutions, y compris en Hongrie en raison des élections à venir».

«Éviter les conflits»

Les autorités mènent aussi la vie dure aux médias privés, via l'attribution de contrats publicitaires d'État, dont la part est estimée entre 10 à 15%, dans un marché global en recul depuis la récession de 2008, selon l'institut indépendant de surveillance des médias Mertek.

Ces contrats vont systématiquement aux médias proches du Fidesz. Les autres, comme le journal de référence de gauche Nepszabadsag ou la radio indépendante Klubradio, en sont régulièrement exclus, note Mertek.

«Les médias indépendants sont étranglés (financièrement), c'est une forme de censure», juge Attila Mong, ancien journaliste à la radio publique, remercié après avoir observé en 2010 une minute de silence en direct sur les ondes pour protester contre la réforme.

Les pressions conduisent aussi à un autre effet pervers, l'autocensure des journalistes, fait valoir Balazs Weyer, professeur de journalisme. «C'est un élément psychologique, la majorité veut éviter les conflits», dit-il.

Bouffée d'oxygène dans ce climat oppressant: les nombreux sites internet d'information en Hongrie, tels que Origo, Index ou HVG, moins réglementés.

HVG avait révélé l'an passé le plagiat de sa thèse de doctorat par le chef de l'État Pal Schmitt, qui a dû démissionner. «Il n'y a aucun sujet sur lequel je ne puisse pas écrire», assure Andras Kosa, journaliste de ce site.

Mais leur indépendance dépend aussi de la solidité financière de leur propriétaire, met en garde Attila Mong, qui collabore désormais au site de journalisme d'investigation Atlatszo («transparent»). «Il y a un prix à payer pour l'intégrité éditoriale en Hongrie: moins de recettes publicitaires».




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