Rwanda: un accusé modelé par la haine et les deuils

Pascal Simbikangwa sur une photo non datée et... (Photo Associated Press)

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Pascal Simbikangwa sur une photo non datée et diffusée par Interpol.

Photo Associated Press

Stéphane ORJOLLET
Agence France-Presse
Paris, France

Construit sur le «déni», élevé dans la haine des Tutsi, Pascal Simbikangwa, premier Rwandais jugé en France pour le génocide de 1994, pouvait ainsi accepter d'y participer «sans plus de préoccupations», ont expliqué vendredi des psychiatres aux juges.

«Toute sa vie, sa culture politique, le poussaient à une banalisation de la violence et de la haine des Tutsi. Il a grandi dans ça, c'est tout à fait normal», a décrypté Bertrand Phesans devant la cour d'assises de Paris.

Et d'évoquer Hannah Harendt et la «banalité du mal» que la philosophe avait théorisée après le procès du nazi Adolf Eichmann. «On peut rencontrer le mal dans quelqu'un de très banal. Du coup, avec M. Simbikangwa, on pourrait être un peu dans le même schéma. Tous les éléments sont là pour que ça le pousse à participer à ce génocide sans plus de préoccupations».

L'expert avait pourtant été missionné pour une contre-expertise à la demande de la défense, qui jugeait partial un premier rapport.

Son auteur, Françoise Sironi-Guilbaud, décrit elle devant la cour un capitaine Simbikangwa habité par «la passion politique, véhément et impulsif», qui fonctionne «dans un binarisme eux/nous et tout ou rien». Un homme au «fonctionnement psychique organisé autour du déni depuis le plus jeune âge».

C'est ce concept de «déni» qui hérisse la défense, dont le client nie avec vigueur tous les faits qui lui sont reprochés et la moindre participation ou aide aux massacres.

Alors l'experte précise: déni non pas des faits reprochés, mais plutôt d'un double deuil. Un «deuil traumatique» initial, quand la petite soeur de l'accusé est morte de la malaria dans ses bras alors qu'elle avait six ans et lui neuf. Et le deuil de sa vie militaire lorsque, jeune et brillant officier de la garde présidentielle, il est fauché à 28 ans par un accident de la route qui le laissera paraplégique, cloué dans un fauteuil roulant.

«C'était mon père de famille»

Mais la défense n'est toujours pas convaincue, et l'avocat Fabrice Epstein reproche à l'experte de citer dans son rapport «Eichmann, Barbie, Saddam Hussein. Comment pouvez-vous faire de tels amalgames? C'est un peu difficile de croire à votre objectivité».

Les deux experts se rejoignent en tout cas sur un point: l'amour de l'accusé pour Juvénal Habyarimana, le président hutu dont l'assassinat, le 6 avril 1994, fut l'événement déclencheur des massacres.

Un président érigé au rang de père de substitution et dont «il a vécu la mort comme un choc, comme une sidération», selon Mme Sironi-Guilbaud.

«Il a suivi la position du président, vécu comme un homme idéal, un idéal d'autorité. Il est dans un mouvement de faire ce qu'on lui demande», complète M. Phaisans.

Pour l'expert, la «dévalorisation de l'image de soi» que constitue son handicap représente pour l'accusé «un puissant motif d'essayer de s'attacher à la mouvance de la présidence. Sans la présidence, M. Simbikangwa n'est rien».

Habyarimana, un père idéal?, demande le président de la cour Olivier Leurent à l'accusé.

«C'était mon parent, c'était mon père de famille. A sa mort, j'ai eu peur de la suite», répond ce dernier.

Quelque 800.000 personnes, principalement des Tutsi, ont été tuées en 100 jours, entre avril et juillet 1994. Pascal Simbikangwa encourt la perpétuité pour «complicité de génocide».




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