Italie: le premier ministre Letta tire sa révérence

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Enrico Letta a été vu par des journalistes de l'AFP en train d'arriver tout seul, au volant d'une modeste voiture, saluant la presse en souriant.

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Françoise KADRI
Agence France-Presse
Rome

Enrico Letta a remis vendredi sa démission «irrévocable» du poste de chef du gouvernement au président de la République Giorgio Napolitano qui l'a acceptée, a annoncé la présidence italienne dans un communiqué.

«Le président de la République ne peut que prendre acte de la position exprimée par le président du Conseil», qui a remis «la démission irrévocable du gouvernement qu'il dirige», affirme le communiqué, précisant que les consultations pour la formation du nouvel exécutif débuteront «dans l'après-midi pour s'achever samedi».

Après seulement dix mois à la tête de l'Italie, M. Letta s'est rendu aujourd'hui à la présidence pour démissionner et céder la place très probablement à son rival Matteo Renzi, dans un de ces coups de théâtre dont la politique italienne a le secret.

M. Letta est «monté» au Quirinal, la colline où se trouve la présidence de la République, vers 12 h GMT (7 h à Montréal) pour remettre officiellement sa démission à Giorgio Napolitano. Il a été vu par des journalistes de l'AFP en train d'arriver tout seul, au volant d'une modeste voiture, saluant la presse en souriant.

«Merci à tous ceux qui m'ont aidé, chaque jour comme si c'était le dernier», a tweeté le premier ministre juste avant d'entrer.

Ce chrétien démocrate de gauche n'aura passé que 293 jours à la tête d'une coalition inédite gauche/droite mise en place après les législatives, faute d'une majorité parlementaire claire.

Paradoxalement, M. Letta s'en va sur une bonne nouvelle pour l'économie : la tant attendue sortie de la récession après deux ans de chute ininterrompue du PIB, avec une petite croissance de 0,1 % au dernier trimestre.

Même s'il n'a pas fait formellement acte de candidature, son successeur probable est le fringant maire de Florence Matteo Renzi, le chef de sa formation de centre gauche, le Parti démocrate, qui a obtenu un vote écrasant jeudi soir sur une motion demandant d'«ouvrir une phase nouvelle avec un exécutif nouveau».

Matteo Renzi (ci-dessus), le fringant maire de Florence,... (PHOTO REMO CASILLI, ARCHIVES REUTERS) - image 2.0

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Matteo Renzi (ci-dessus), le fringant maire de Florence, a multiplié les attaques contre l'exécutif Letta depuis son arrivée à la tête du PD en décembre dernier, lui reprochant lenteur et manque de détermination.

PHOTO REMO CASILLI, ARCHIVES REUTERS

M. Renzi, qui présidait vendredi, à l'occasion de la Saint-Valentin, à une cérémonie au siège de la mairie de Florence pour fêter des couples ayant atteint les 50 ans de mariage, leur a demandé de lui souhaiter bonne chance. «On en a toujours besoin surtout en ce moment», a-t-il dit. À 39 ans, il pourrait devenir le plus jeune chef de gouvernement en Europe.Le Corriere della Sera a reconnu au secrétaire du Parti démocrate des «talents capables de surprendre», mais, ajoutait-il, «tout ne doit pas se réduire à des effets spéciaux». Et il faudra dissiper l'impression qu'il s'agit seulement d'une nouvelle révolution «de palais» dont l'Italie est coutumière.

Car, à part le charisme et l'énergie du maire de Florence, personne n'a expliqué pourquoi le PD avait fait tomber un gouvernement formé par son ex-numéro deux pour le remplacer par son numéro un, avec l'intention de conserver plus ou moins la même majorité parlementaire.

«Saut mortel», titrait l'hebdomadaire L'Espresso, en estimant que l'assaut du très ambitieux Renzi sur le Palais Chigi pouvait aboutir à deux résultats : soit «consacrer son leadership soit réduire sa popularité en fumée».

En guise de programme, M. Renzi a martelé devant les dirigeants de son parti que l'Italie doit «changer d'horizon et de rythme», «sortir des marécages». Il a annoncé des réformes «ambitieuses», en se fixant comme horizon la fin de la législature en 2018.

Mais il n'a donné aucun détail sur la manière dont il comptait trouver l'argent pour relancer durablement l'économie italienne, abaisser la lourde fiscalité sur les entreprises, lutter contre un chômage record proche des 13 %, et à plus de 40 % chez les jeunes.

La bourse a réagi très positivement à la perspective d'un passage de témoins entre MM. Letta et Renzi, avec une hausse qui s'accélérait à la mi-journée à +1,7 %, alimentée aussi par le retour de la croissance.

Et les journaux ont déjà commencé à jouer au «toto-ministres», spéculant sur les futures figures du gouvernement. Pour le poste clé de l'économie, ils évoquent l'économiste Lucrezia Reichlin ou Lorenzo Bini Smaghi, ex-dirigeant de la BCE.

Après la démission de M. Letta, le président Giorgio Napolitano doit procéder à des consultations des différents partis avant de vraisemblablement choisir M. Renzi pour former un nouveau gouvernement. Peut-être en lui confiant un mandat dès dimanche.

Les centristes de Choix civique ont déjà dit vouloir être du voyage. Tout comme les anciens proches de Silvio Berlusconi restés au gouvernement derrière la bannière du Nouveau centre droit d'Angelino Alfano.

Mais «uniquement si c'est un gouvernement de service (au pays), pas si c'était un gouvernement politique orienté au centre gauche», a expliqué M. Alfano.

Une fois l'exécutif constitué, M. Renzi devra se présenter, peut-être dès mardi devant le Parlement, pour un vote de confiance.




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