Praviy Sektor, la voix de l'extrême droite

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Dmytro Yarosh, leader du groupe Praviy Sektor, assure que son mouvement n'est pas basé sur des idées nationalistes extrémistes et que l'Ukraine pourra adhérer un jour à l'UE.

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Née en novembre de la volte-face du pouvoir, qui a renoncé à un rapprochement avec l'UE pour signer un accord avec Moscou, la contestation ukrainienne s'est depuis muée en révolte contre le président Ianoukovitch. Une crise qui plonge l'Ukraine au bord de la guerre civile, alors que les affrontements entre opposants et forces de l'ordre ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. »

(Kiev) Des dizaines de boucliers métalliques alignés contre le mur. Des montagnes de casques, de gilets pare-balles et de matraques. Et au milieu de ce fatras, des gars en tenue de camouflage, le visage recouvert d'une cagoule, affalés sur des matelas de fortune.

Bienvenue au quartier général du Praviy Sektor, le bras radical du mouvement de protestation ukrainien. Formé dès les premières manifestations, à la fin du mois de novembre, ce groupe d'extrême droite occupe tout un étage de l'immeuble des Syndicats qui surplombe le «maïdan», la place de l'Indépendance de Kiev, contrôlée par les protestataires depuis plus de deux mois.

Les autres étages de l'édifice abritent le bureau de presse du «maïdan», une cuisine, une clinique médicale. Mais c'est le cinquième étage, celui du Praviy Sektor, qui est le mieux protégé contre les intrus. Dès notre sortie de l'ascenseur, plusieurs hommes cagoulés s'assurent que leur «commandant», Dmytro Yarosh, attend bel et bien notre visite.

C'est en janvier, quand des affrontements d'une violence sans précédent ont embrasé Kiev, que le Praviy Sektor a commencé à faire parler de lui. Car ce sont ses hommes qui ont lancé les premiers cocktails Molotov contre la police antiémeute.

Réponse spontanée à la brutalité policière, affirme Dmytro Yarosh, qui jure que ses troupes n'avaient pas planifié la bataille. «Nous avons fabriqué nos cocktails Molotov sur place. Une babouchka nous a apporté de l'essence. Un vieil homme nous a aidés à casser des pavés.»

N'empêche: ces trois journées d'affrontements, au cours desquelles le mouvement de protestation a compté ses premiers morts, ont stupéfait la population. «Beaucoup de gens ont été choqués, les Ukrainiens se perçoivent comme pacifiques, ils se sont demandé comment ces événements ont pu se produire», dit Sophie Lambroschini, historienne établie à Kiev.

Ces jours sombres ont marqué un tournant. Il y a désormais un avant et un après 19 janvier. Et derrière ce tournant, il y a le Praviy Sektor.

Une armée qui grossit

Cheveux rasés, épaules carrées, Dmytro Yarosh ne se fait pas prier pour raconter le succès de ce qu'il décrit comme une armée, fondée en réponse aux premières violences policières, à la fin du mois de novembre.

Deux mois plus tard, l'organisation compte 5000 hommes dans toute l'Ukraine, y compris dans l'est russophone, assure-t-il. Et les nouvelles recrues affluent toujours. «Dans une semaine, notre nombre aura doublé», prévoit Dmytro Yarosh.

Pour l'instant, le Praviy Sektor n'a pas d'armes. Mais la situation pourrait changer. «Déjà, des gens nous appellent pour nous offrir des fusils», assure le commandant Yarosh.

Mais au nom de quoi Dmytro Yarosh se bat-il? À 42 ans, c'est un nationaliste ukrainien aguerri. Il travaille depuis 20 ans pour l'organisation Trident, qui se réclame de Stepan Bandera - leader du mouvement d'insurrection qui s'est allié avec l'Allemagne nazie pendant une partie de la Deuxième Guerre mondiale, dans l'espoir de libérer l'Ukraine de l'Union soviétique.

Même si ce mouvement a été impliqué dans des pogroms contre des Juifs et des Polonais, pour beaucoup d'Ukrainiens, Bandera est la figure héroïque de la résistance contre l'occupation soviétique. Sa photo est accrochée bien en évidence dans le quartier général du Praviy Sektor.

Dmytro Yarosh assure que son mouvement n'est ni extrémiste ni chauvin. Et que s'il veut «redonner l'Ukraine aux Ukrainiens», ce pays libéré sera accueillant pour tous ceux qui le soutiendront, peu importe leurs origines.

Le commandant Yarosh se sent-il vraiment à l'aise dans ce mouvement de protestation à saveur pro-européenne? «Je ne suis pas contre l'adhésion à l'Union européenne, mais l'Ukraine est un État trop jeune, elle n'est pas prête», nuance-t-il.

Son discours nationaliste modéré ne convainc pas tout le monde. D'abord, parce que Dmytro Yarosh ne contrôle pas tout son monde. 

«Praviy Sektor est une organisation parapluie, elle compte plusieurs électrons libres», dit Sophie Lambroschini.

La juriste et féministe Nina Potarska va plus loin. Sur le terrain, les choses ne sont pas toujours jolies et les «soldats» du Praviy Sektor «sont agressifs avec les homosexuels, les gens de couleur, les militants de gauche».

Oleksander, 29 ans, membre d'une autre organisation de protection de la place de l'Indépendance, ne mâche pas ses mots. «Les gars du Praviy Sektor sont les plus radicaux, ils sont venus ici en laissant leur cerveau à la maison.»

Mais avec ou sans cerveau, l'armée de Dmytro Yarosh est devenue un joueur incontournable dans une confrontation au dénouement imprévisible.

Dmytro Yarosh

1972 : Naissance dans une bourgade de la région de Dnepropetrovsk, dans l'est 

de l'Ukraine.

1990 : Alors que l'Union soviétique vit ses derniers moments, Dmytro Yarosh adhère au mouvement nationaliste ukrainien Roukh.

1994 : Il commence à gravir les échelons de l'organisation Trident, dédiée au leader ukrainien controversé Stepan Bandera et qui organise, entre autres, des séances d'entraînement révolutionnaire.

2012 : Publication du livre Nation et révolution. « J'y annonce les événements d'aujourd'hui », dit son auteur.

Décembre 2013 : le groupe Praviy Sektor voit le jour.




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