La fille du roi d'Espagne devant le juge, une première qui secoue la monarchie

La princesse Cristina, en 2010.... (Photo Josep Lago, Agence France-Presse)

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La princesse Cristina, en 2010.

Photo Josep Lago, Agence France-Presse

Elodie CUZIN
Agence France-Presse
PALMA DE MAJORQUE

L'infante Cristina, la plus jeune fille du roi d'Espagne, répond samedi aux questions d'un juge des Baléares qui l'a inculpée de fraude fiscale, une première dans l'histoire d'une monarchie affaiblie par les scandales.

Assise sur un fauteuil de velours rouge, dans une salle d'audition du tribunal de Palma de Majorque dominée par le portrait officiel de son père, Juan Carlos, Cristina, 48 ans, sera soumise aux questions du juge José Castro.

Le magistrat la soupçonne d'avoir coopéré avec son mari, l'ancien champion olympique de handball Iñaki Urdangarin, mis en examen le 29 décembre 2011 et suspecté d'avoir détourné, avec un ex-associé, 6,1 millions d'euros d'argent public.

Jusqu'au dernier instant, avant sa convocation à 4h (heure de l'Est), le suspense règnera: l'infante choisira-t-elle de parcourir à pied, comme n'importe quel justiciable, ou en voiture, comme le recommande la police, la courte ruelle pavée en pente qui la mènera jusqu'à la porte du tribunal, face aux caméras de télévision du monde entier.

Ce même chemin qu'a déjà parcouru deux fois à pied, depuis février 2012, son époux, avant que l'enquête ne resserre son étau autour de Cristina.

Détaillée dans un arrêt de 227 pages signé par le magistrat après des mois d'un travail obstiné, la mise en examen de l'infante est tombée comme une bombe: longtemps ultra-protégée, aujourd'hui assaillie par les scandales, la monarchie espagnole découvre qu'elle n'est plus intouchable.

À 76 ans, après 38 ans de règne, Juan Carlos montre le visage d'un roi fatigué, appuyé sur des béquilles après plusieurs opérations de la hanche.

Si «l'affaire Urdangarin» a amorcé il y a deux ans une chute catastrophique de son image, le scandale est venu aussi en 2012 d'une coûteuse escapade au Botswana, pour une chasse à l'éléphant qui a choqué une Espagne meurtrie par la crise.

Au point que le tabou est aujourd'hui levé sur une possible abdication au profit du prince Felipe, qui incarne à 46 ans l'espoir de la monarchie.

Empêtrée dans le scandale, la Maison royale espère maintenant en finir au plus vite avec ce que son chef, Rafael Spottorno, qualifiait publiquement de «martyre».

Après avoir préparé sa défense avec ses avocats de Barcelone, la fille du roi est attendue samedi matin sur l'île. Flanqué du procureur anti-corruption Pedro Horrach et des avocats des différentes parties, le juge Castro devrait lui imposer un interrogatoire détaillé.

«Avec la distance, je suis convaincu que la majorité des Espagnols verront clairement que l'infante est innocente», déclarait vendredi Jesus Maria Silva, l'un de ses avocats.

«Cette affaire est un énorme problème pour la monarchie depuis le début. Mais quand elle s'est centrée sur le personnage de l'infante, les dommages se sont aggravés, parce que c'était la première fois qu'un membre de la Famille royale devait rendre des comptes à la justice», expliquait Ana Romero, correspondante du journal El Mundo à la Maison royale.

Au printemps 2013, une première mise en examen, pour trafic d'influence, avait été annulée à la demande du Parquet.

Le juge s'est alors orienté vers des soupçons de fraude fiscale et blanchiment de capitaux via la société Aizoon, que l'infante détient à 50% avec son époux et dont les caisses auraient été alimentées, pour environ un million d'euros, par de l'argent public détourné par ce dernier.

La comptabilité de Aizoon fait apparaître, à partir de 2004, des dépenses consacrées à la rénovation de la villa familiale à Barcelone, pour 436.703,87 euros, ou d'autres, privées, pour 262.120,87 euros.

José Castro a épluché toutes ces dépenses, dans un arrêt truffé de références à des factures suspectes, ponctué de touches d'ironie. Comme ce «cours de salsa et de merengue dispensé au domicile familial» dont le rapport avec les activités d'Aizoon «semble assez difficile à démontrer».

«Les délits contre le fisc qui sont reprochés à Iñaki Urdangarin auraient difficilement pu être commis s'ils n'avaient pas, pour le moins, été connus et approuvés par son épouse», concluait le juge.

Pour le Parquet au contraire, «il est impossible que la fraude atteigne le seuil des 120 000 euros» annuel, nécessaire pour constituer un délit en Espagne.

Après cette audition, le juge Castro devrait rapidement clore l'instruction ouverte en 2010: il pourra alors décider si «l'affaire Noos», du nom de la fondation à but non lucratif présidée entre 2004 et 2006 par Iñaki Urdangarin, débouche ou non sur un procès.

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