Mort de six étudiants au Portugal: les initiations sur la sellette

Cette affaire n'était au départ qu'un fait-divers tragique... (PHOTO FRANCISCO LEONG, AFP)

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Cette affaire n'était au départ qu'un fait-divers tragique sur la disparition d'un groupe d'étudiants, de l'université privée Lusofona de Lisbonne, surpris par une houle particulièrement forte alors qu'ils se trouvaient sur une plage déserte un samedi soir de décembre.

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Thomas Cabral
Agence France-Presse
Lisbonne

Les circonstances de la mort à la mi-décembre de six étudiants portugais, emportés par la mer sur une plage en pleine nuit, restent entourées de mystère, mais l'hypothèse d'une initiation universitaire ayant mal tourné suscite un vif débat.

«La disparition de ces jeunes avalés par la houle (...) nous oblige à réfléchir. Il faut interdire les initiations universitaires», tranche l'ancien président Mario Soares dans une tribune parue mardi.

Témoignant de l'importance prise par cette affaire dans le débat public, divers éditoriaux consacrés à cette tragédie dénoncent les excès d'une pratique tolérée dans la plupart des universités au Portugal.

Le drame de la plage de Meco, un petit village situé à une quarantaine de kilomètres au sud de Lisbonne, «n'est pas une initiation universitaire», mais «une affaire de police», a réagi lundi le secrétaire d'État à la Jeunesse Emidio Guerreiro.

Cet ancien président de l'association des étudiants de Coimbra, ville universitaire du centre du Portugal où les initiations sont les plus ancrés dans la tradition, a aussitôt été accusé de chercher à dédouaner un rite de passage jugé obsolète et humiliant.

«L'idée que les initiations ne seraient pas violentes est fantaisiste», critiquait mardi le quotidien Publico, affirmant que «des incidents graves et mortels ont eu lieu au long de l'histoire dans toute l'Europe».

«L'humiliation d'un homme est un acte violent», clamait également un éditorialiste du Diario de Noticias, accusant les responsables politiques de rester «indifférents face à un crime annoncé et répété tous les ans».

Cette affaire n'était au départ qu'un fait-divers tragique sur la disparition d'un groupe d'étudiants, de l'université privée Lusofona de Lisbonne, surpris par une houle particulièrement forte alors qu'ils se trouvaient sur une plage déserte un samedi soir de décembre.

Un témoin silencieux

Un premier cadavre a été découvert dès le lendemain. Le dernier ne sera signalé qu'au bout de douze jours de recherches angoissantes pour les proches des victimes. Quatre femmes et deux hommes âgés de 21 à 24 ans ont péri.

Le silence gardé jusqu'à ce jour par le seul survivant, un étudiant de 23 ans, a toutefois soulevé de nombreuses interrogations sur les circonstances de ce drame.

Au fil des informations révélées par les médias, il semblerait que les étudiants ont loué une maison en bord de mer afin de se soumettre à divers rites de passage organisés par le seul rescapé, qui était le supérieur hiérarchique au sein de leur association.

À la suite de l'appel lancé la semaine dernière par les familles endeuillées, le jeune homme, qui avait donné l'alerte le soir du drame avant d'être lui-même hospitalisé, serait prêt à témoigner devant la justice, qui a fini par ouvrir une enquête afin d'élucider cette affaire.

Alors que plusieurs associations d'étudiants sont montées au créneau contre une éventuelle interdiction des initiations, le ministre de l'Éducation Nuno Crato recevra jeudi leurs représentants afin d'aborder ce sujet.

À chaque rentrée universitaire, les jardins publics de Lisbonne ou de Porto (nord) deviennent le décor de scènes d'humiliation que subissent les nouveaux étudiants aux ordres de leurs aînés, vêtus de leur traditionnelle cape noire.

Longtemps limités aux facultés de Coimbra, les initiations sont devenues pratique courante à travers le Portugal à partir des années 1990, avec notamment l'apparition de nombreuses universités privées.

«Dans des institutions ayant moins d'histoire et de tradition, on a assisté à une tentative de compenser cela en donnant plus d'importance à cette ritualisation», explique le sociologue Elisio Estanque.




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