Crise en Ukraine: l'opposition rejette les propositions du président

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Les manifestants interrogés par l'AFP ne cachaient pour leur part leur déception face aux propositions faites par Viktor Ianoukovitch, dont ils réclament le départ pur et simple.

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Bertrand DE SAISSET
Agence France-Presse
Kiev, Ukraine

Les dirigeants de l'opposition ukrainienne entendent poursuivre leur mouvement de protestation malgré les concessions sans précédent faites samedi par le président Viktor Ianoukovitch en vue de tenter de régler la crise.

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Des manifestants ont lancé un assaut contre la «Maison ukrainienne».

Photo Vasily Fedosenko, Reuters

Signe que la situation demeurait tendue, des manifestants ont lancé un assaut dans la nuit de samedi à dimanche contre un bâtiment du centre de Kiev actuellement occupé par des membres des forces de sécurité et proche de la place de l'Indépendance, haut lieu de la contestation.

Environ 2000 contestataires se sont massés de long de la «Maison ukrainienne», où certains ont réussi à pénétrer, et ont lancé des cocktails Molotov à l'intérieur du bâtiment après avoir brisé les vitres, a constaté un journaliste de l'AFP.

Les policiers ont répliqué avec des grenades assourdissantes et avec des lances à eau en direction des manifestants malgré la température glaciale, autour de -15 degrés.

Après environ une heure de forte tension, les manifestants ont cessé leur assaut et ont formé un corridor afin de laisser sortir les policiers, mais ceux-ci sont restés à l'intérieur, selon des images retransmises à la télévision.

L'incident a eu lieu peu après l'intervention des leaders de l'opposition sur la place de l'Indépendance, où, sans se prononcer explicitement sur les propositions du président Viktor Ianoukovitch, les chefs de files de l'opposition ont assuré qu'ils resteraient mobilisés jusqu'à satisfaction de toutes leurs exigences, en premier lieu la convocation d'une élection présidentielle dès cette année et non l'année prochaine comme cela est actuellement prévu.

«La lutte continue», a ainsi lancé l'opposant nationaliste Oleg Tiagnybok devant des dizaines de milliers de personnes réunies place de l'Indépendance.

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Vitali Klitschko, l'un des leaders de l'opposition.

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«Nous sommes déterminés et nous ne reculons pas», a affirmé de son côté Vitali Klitschko, auquel le chef de l'État a proposé de devenir vice-premier ministre, tout en reconnaissant que «Ianoukovitch a satisfait un grand nombre de nos exigences».

«Les négociations se poursuivent», a ajouté l'ancien boxeur.

«Nous n'allons pas bouger»

Arséni Iatséniouk, qui s'est vu offrir par le président d'être le chef du gouvernement, s'est dit «prêt à prendre ses responsabilités», mais a ajouté ne «pas croire un mot» de ce qu'affirme le pouvoir.

«Nous n'allons pas bouger», a martelé le leader du parti Baktivchtchina de l'opposante emprisonnée Ioulia Timochenko.

Les trois opposants ont en outre rappelé qu'ils exigeaient l'abolition des lois répressives adoptées le 16 novembre prévoyant des peines allant jusqu'à la prison ferme pour les manifestants, et qui ont entraîné une nette radicalisation du mouvement.

Après deux mois de crise, cette ouverture surprise de Viktor Ianoukovitch est intervenue à l'issue d'une semaine marquée par des violences dans la capitale et par un renforcement de la contestation dans les régions.

Le chef de l'État a aussi accepté la création d'un groupe de travail chargé de «modifier la législation sur les référendums et peut-être, via ce mécanisme, de proposer des amendements à la Constitution», pour que des prérogatives accrues soient octroyées au gouvernement.

Le mouvement s'étend

L'opposition demande, quant à elle, un retour à la Constitution de 2004, adoptée après la Révolution orange qui avait doté l'Ukraine, ancienne république soviétique, d'un régime parlementaire et donc un puissant Premier ministre.

La Constitution avait plus tard été révisée, donnant cette fois l'essentiel du pouvoir au président.

L'opposition est mobilisée depuis le refus de Viktor Ianoukovitch fin novembre de signer un accord avec l'Union européenne, lui préférant un rapprochement avec la Russie.

Influent soutien du pouvoir, Rinat Akhmetov, l'homme le plus riche d'Ukraine et proche du chef de l'État, avait plaidé pour une solution pacifique.

«Tout emploi de la force, tout recours aux armes est inacceptable», avait mis en garde le milliardaire.

Le ministre de l'Intérieur Vitali Zakhartchenko avait toutefois, de son côté, jugé «vaines» les tentatives de parvenir à un accord politique, affirmant que l'opposition avait perdu le contrôle de manifestants «radicaux».

Le bilan officiel des affrontements de la semaine a atteint samedi trois morts avec le décès à l'hôpital d'un homme de 45 ans. L'opposition fait état de son côté de six morts.

Hors de Kiev, les sièges des administrations de la plupart des régions de l'Ouest, davantage tournées vers l'Union européenne, sont occupés par des milliers de manifestants qui réclament le départ des gouverneurs nommés par le président.

Fait nouveau samedi, ce mouvement s'est propagé à certaines régions du Nord (Tcherniguiv) et de l'Est (Poltava).

M. Ianoukovitch est aussi sous la pression de l'Union européenne, qui avait demandé samedi des «gestes concrets» en vue d'un retour au calme.

Mme Catherine Ashton, la chef de la diplomatie européenne, est attendue à Kiev jeudi et vendredi.

D'ici là, mardi, un sommet doit réunir l'UE et la Russie, que les Européens accusent d'avoir usé de son influence pour convaincre l'Ukraine de renoncer à un accord d'association avec Bruxelles.




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