Éducation au Royaume-Uni: l'ascenseur social en panne

À performances égales, les élèves issus des écoles... (PHOTO CHRIS RATCLIFFE, ARCHIVES BLOOMBERG NEWS)

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À performances égales, les élèves issus des écoles payantes avaient plus de chances d'intégrer les meilleures universités, selon l'association caritative Sutton Trust.

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Tristan de Bourbon
La Presse

(Londres) L'ex-premier ministre conservateur John Major trouve «choquant» que les élèves passés par les écoles payantes dominent les sphères de décision anglaises. Il appelle à aider les enfants moins favorisés à réussir.

Qu'un politicien trouve «vraiment choquant» que «dans toutes les sphères d'influence britanniques, les échelons les plus élevés du pouvoir soient détenus en 2013 par les personnes éduquées dans des écoles privées ou de la classe moyenne affluente» est un phénomène assez rare. Surtout lorsque la critique provient d'un ancien premier ministre conservateur.

John Major, au pouvoir de 1990 à 1997, a été éduqué dans des écoles publiques et gratuites du sud de Londres. Il n'est donc pas passé par ces écoles payantes uniquement accessibles aux plus riches, dont les frais de scolarité annuels avoisinent allègrement les 50 000$. Des écoles qui permettent aux élites de rester entre elles et de créer des réseaux.

Comme l'explique Jesse Elzinga, le directeur d'études de Harrow, une école indépendante réputée située au nord de Londres, «plus d'un millier d'anciens élèves proposent de manière régulière des expériences professionnelles aux jeunes diplômés. Cela s'est révélé très utile en cette période de crise, car beaucoup de récents diplômés sont revenus nous demander de l'aide au cours des cinq dernières années. C'est aussi grâce à ces réseaux que nous pouvons avoir accès au Royal Albert Hall pour organiser notre soirée annuelle».

L'ancien premier ministre a directement condamné l'inaction du Parti travailliste, au pouvoir entre 1997 et 2010. Il a ainsi favorisé la formation d'«une fracture rappelant l'ère victorienne».

«Je me souviens assez de mon passé pour être outré au nom des gens abandonnés quand la mobilité sociale est perdue, a-t-il déclaré. Notre éducation doit aider les enfants à s'extraire de leur condition, elle ne doit pas les y enfermer. Nous avons besoin qu'ils puissent voler aussi haut que leur chance, leurs capacités et leur travail acharné puissent les mener. Et cela n'arrivera pas par magie.»

Difficile de ne pas également percevoir dans ces propos une critique du gouvernement actuel. Plus de la moitié des ministres de David Cameron sont des produits de ces écoles payantes, lui-même étant passé par la plus réputée d'entre elles, Eton, comme le maire de Londres Boris Johnson et le leader de l'Église anglicane, l'archevêque de Canterbury Justin Welby.

Le premier ministre a admis qu'«il suffit de regarder la composition du Parlement, de la justice, de l'armée et des médias: ce n'est pas assez divers et il n'y a pas la mobilité sociale qu'il faudrait. Nous devons faire bien plus sur cette question».

Il a néanmoins précisé qu'il venait de nommer un parlementaire pour être «le champion de la diaspora indienne», avait fourni plus d'aides aux enfants de familles pauvres et qu'un nombre croissant d'étudiants sont originaires de quartiers défavorisés.

Hausse des frais

Le responsable conservateur omet de préciser qu'il a aussi fait tripler les frais universitaires peu après son arrivée au pouvoir, de 5540$ pour l'année à 15 200$, limitant par là même l'accès aux études postsecondaires pour les enfants non boursiers et pas assez fortunés. Cette mesure s'est traduite dès son entrée en application l'an dernier par une baisse de 6,6% du nombre d'inscriptions à l'université en Angleterre. Un record.

L'association caritative Sutton Trust a également fait valoir dans un rapport publié l'an dernier qu'à performances scolaires égales, les élèves sortants des écoles payantes avaient plus de chances d'intégrer les meilleures universités. Celles-ci réclament en effet la rédaction d'un texte personnel avant le passage d'entretiens oraux, pour lesquelles les écoles privées fournissent une aide pointue à leurs protégés, ce qui n'est pas le cas, ou dans une moindre mesure, dans les écoles d'État.

Preuve du poids des écoles privées, les universités d'Oxford et de Cambridge, considérées comme les deux meilleures du pays, ont décidé de se fixer comme objectif d'accueillir en première année 62% d'élèves issus d'écoles publiques gratuites. L'année dernière, ceux-ci représentaient 63% des inscrits. Les écoles privées, qui n'enseignent qu'à 7% des élèves, occupaient donc 27% des places de ce qui est aujourd'hui considéré comme la voie royale pour atteindre les sommets professionnels.

7 % des élèves...

« Un tiers des parlementaires, la moitié des médecins expérimentés et plus des deux tiers des juges de la Haute cour de justice sont sortis des écoles privées, qui n'éduquent pourtant que 7 % des enfants de notre pays », assure Alan Milburn, ancien ministre travailliste et actuel conseiller du premier ministre David Cameron sur la question de la mobilité sociale.




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