Frauder les transports en commun: un sport national en France

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«Le coût annuel de la fraude pour la SNCF (Société nationale des chemins de fer) est estimé à 300 millions d'euros», a reconnu le ministre français des Transports, Frédéric Cuvillier. Sur la photo, un métro, à Paris.

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Indalecio ALVAREZ
Agence France-Presse
Paris

Les Français, parmi les plus «bienveillants» de l'Union européenne envers la fraude aux transports en commun, viennent de battre de nouveaux records au point d'inquiéter leurs principaux réseaux (SNCF et RATP) et de relancer le débat sur une augmentation des amendes ou la simple gratuité.

08H26: dans le Train express régional (TER) qui vient de quitter Chantilly, ville coquette du nord de Paris, un jeune cadre retient son souffle devant l'apparition d'un contrôleur.

«Ouf, il ne s'est pas arrêté», soupire-t-il. «Tu continues?», lui demande un collègue. «Même en payant des amendes, ça revient beaucoup moins cher qu'un abonnement», répond-il.

Il est loin le temps où la fraude était en France un phénomène de jeunes de banlieue.

Dans des universités, des étudiants adhèrent à des «mutuelles» clandestines qui, pour 7 euros par mois (contre 65 euros pour un abonnement mensuel), prennent en charge les amendes.

La fraude est même «tendance»: l'application «CheckMyMetro» permet de repérer en temps réel sur son téléphone intelligent les contrôleurs du métro parisien.

«Nous sommes en peloton de tête en Europe de ceux qui pensent que frauder dans les transports ce n'est pas grave», dit à l'AFP Julien Damon, professeur à Sciences-Po, citant des sondages Valeurs, Eurobaromètre et World Value.

Pour lui, la célèbre photo de l'ancien président Jacques Chirac, alors maire de Paris, sautant en 1980 un portillon de métro, «illustre cette bienveillance».

«Au Royaume-Uni, les transports sont plus chers et la fraude est moins importante», relève-t-il. À Berlin, le métro (U-Bahn) et le RER (S-Bahn) sont toujours dépourvus de portillons...

«Dans un pays catholique, la transgression est un sport national», explique à l'AFP le philosophe Michel Onfray, rappelant que dans les pays protestants, «on est redevable de ce qu'on fait parce qu'on entretient un rapport direct à dieu».

Inquiétude au sommet de l'État

Mais comment expliquer que la fraude représente 1,1% pour le métro de Rome contre 5% dans le métro à Paris, voire près du double dans les bus et les trams?

C'est qu'au fond catholique vient s'ajouter chez les Français «un rapport à la Loi et à l'Etat très paradoxal», explique Alain Mergier, sociologue à la Fondation Jean Jaurès.

«Les Français considèrent que l'État est là pour veiller au respect de la Loi et refusent d'être leur propre policier», dit-il à l'AFP. «Ils estiment aussi que les transports publics leur appartiennent: s'ils n'ont pas payé leur billet, ils ne volent personne!».

Le phénomène a beau être très français, il inquiète au sommet de l'État.

«Le coût annuel de la fraude pour la SNCF (Société nationale des chemins de fer) est estimé à 300 millions d'euros», a reconnu le ministre français des Transports, Frédéric Cuvillier. «Pour la RATP, il atteint 100 millions d'euros».

Cette semaine, le PDG de la RATP (Régie Autonome des Transports Parisiens), Pierre Mongin, a tapé du poing sur la table, appelant à «une hausse du montant des amendes».

Or, pour rendre les contrôles efficaces, il faudrait des équipes plus nombreuses et mobiles, donc bien plus coûteuses.

La recette de la billetterie ne couvrant, selon le Groupement des autorités responsables des transports (GART), que 25% du coût réel des transports, une vingtaine d'agglomérations françaises ont décidé de supprimer les coûts des contrôles et... d'opter pour la gratuité.

«Les transports en commun devraient être gratuits comme les bibliothèques, les piscines, la santé, l'éducation et tout ce qui est construit avec l'argent prélevé sur le contribuable», dit Michel Onfray.

«Cette situation ne peut plus durer», écrivent dans un blogue deux jeunes, Florian Yagoubi et Romain Jammes, appelant à «rendre les transports gratuits».

Le GART estime peu réaliste d'envisager la gratuité dans des agglomérations importantes.

Cette position est toutefois mise à mal depuis que l'agglomération d'Aubagne (Bouches-du-Rhône, sud), forte d'une centaine de milliers d'habitants, a adopté avec succès la gratuité, augmentant en quatre ans la fréquentation de 170% et baissant le trafic automobile de 10%.

La gratuité «abolit la fraude et le contrôle», s'enthousiasme dans un forum sur internet le dramaturge Jean-Louis Sagot-Duvauroux. «C'est une révolution», ajoute-t-il. Autre notion bien française.

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