Les manifestants turcs se mobilisent pour une 11e journée

Les manifestants se sont donné rendez-vous pour la... (PHOTO THANASSIS STAVRAKIS, AP)

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Les manifestants se sont donné rendez-vous pour la fin de la journée, bien décidés à ne pas céder aux diatribes du premier ministre Erdogan, qui a enflammé ses troupes dimanche dans une série de discours au vitriol contre les «pillards» et les «extrémistes» défiant son autorité dans la rue.

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Philippe ALFROY
Agence France-Presse
Istanbul, Turquie

Les manifestants turcs restaient déterminés lundi au 11e jour de leur mobilisation contre le gouvernement, malgré les menaces du premier ministre Recep Tayyip Erdogan qui, de plus en plus agacé, a promis de leur faire payer «un prix élevé».

Au lendemain d'un week-end qui a encore vu des dizaines de milliers de personnes défiler dans plusieurs grandes villes du pays aux cris de «Tayyip, démission!», l'emblématique place Taksim d'Istanbul a retrouvé une relative tranquillité lundi matin, occupée par quelques groupes d'irréductibles seulement.

Mais les manifestants se sont donné rendez-vous pour la fin de la journée, bien décidés à ne pas céder aux diatribes du chef du gouvernement, qui a enflammé ses troupes dimanche dans une série de discours au vitriol contre les «pillards» et les «extrémistes» défiant son autorité dans la rue.

«Nous allons à l'école, mais nous reviendrons plus tard dans la journée», a confié à l'AFP Ecem Yakin, une écolière de 17 ans.

«Je suis urbaniste, pas homme politique, mais je pense qu'aussi longtemps qu'Erdogan persistera dans sa rhétorique violente, le mouvement va continuer», a jugé de son côté Akif Burak Atlar, le secrétaire du collectif Taksim Solidarité, dont l'opposition à la destruction du parc Gezi, près de Taksim, a donné le coup d'envoi de la fronde le 31 mai.

«Ce sont ce type de discours et la brutalité de la police qui ont mené la contestation aussi loin. Il doit faire marche arrière (...) il doit reconnaître les exigences de la population», a ajouté M. Atlar, qui s'est refusé à tout pronostic sur la suite des événements. «Honnêtement, je ne sais pas où tout ça va, personne ne contrôle plus rien».

Dimanche, le chef du gouvernement, qui préside lundi en fin de journée son conseil des ministres hebdomadaire, a nettement durci le ton face à la contestation. Tout au long de la journée, il a saturé le terrain médiatique en haranguant à six reprises des milliers de partisans sur un ton de plus en plus ferme.

«Ceux qui ne respectent pas le parti au pouvoir dans ce pays en paieront le prix», a lancé le leader turc à Ankara devant une foule chauffée à blanc.

«Si vous avez un problème, vous pouvez rencontrer mon maire, ou mon gouverneur (...) je peux même vous rencontrer moi-même si vous choisissez des représentants», a-t-il poursuivi. «Mais si vous continuez comme ça, j'utiliserai le langage que vous comprenez parce que ma patience a des limites».

Stratégie de la tension

Sûr du soutien d'une majorité de Turcs, le premier ministre a demandé à plusieurs reprises à ses fidèles de «donner une leçon» de démocratie aux manifestants lors des prochaines élections municipales de 2014.

En 2011, son Parti de la justice et du développement (AKP), issu de la mouvance islamiste, avait recueilli à lui seul 50 % des suffrages.

Au moment où M. Erdogan achevait le dernier de ses discours, la police a violemment dispersé dimanche soir, pour la deuxième journée consécutive, des milliers de manifestants réunis place Kizilay à Ankara, le coeur de la contestation dans la capitale. Plusieurs personnes ont été blessées et d'autres interpellées.

Le dernier bilan publié à la veille du week-end par le syndicat des médecins turcs faisait état de trois morts, deux manifestants et un policier, et de près de 5000 blessés, dont plusieurs dizaines dans un état grave, depuis le début du mouvement.

La stratégie de la tension adoptée par le chef du gouvernement fait craindre des dérapages entre les manifestants et ses partisans. Des accrochages entre les deux camps, jusque-là limités, ont été signalés la semaine dernière, notamment à Rize (nord-est), le village d'origine de la famille d'Erdogan sur les bords de la mer Noire et à Adana (sud).

Très sensible aux événements et au ton employé par le chef du gouvernement, la bourse d'Istanbul a ouvert lundi matin en baisse (-1,82 %). La semaine dernière, la place stambouliote a chuté fortement à deux reprises.

«Ce refus apparent de faire baisser la tension n'est pas bon pour les marchés, il pourrait même susciter encore plus de spéculation contre les marchés turcs», a averti Deniz Ciçek, analyste à la Finansbank.

La chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton a appelé dimanche à «une solution rapide» en Turquie et demandé aux opposants comme aux partisans du chef du gouvernement de faire preuve de «retenue».

L'AKP a d'ores et déjà prévu d'organiser deux réunions publiques de masse samedi prochain à Ankara et le lendemain à Istanbul, officiellement pour lancer sa campagne pour les élections municipales de l'an prochain.

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