La Russie approuve la loi contre les adoptions aux États-Unis

Un homme proteste contre la loi anti-adoption, adoptée... (Photo Natalia Kolesnikova, Agence France-Presse)

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Un homme proteste contre la loi anti-adoption, adoptée à l'unanimité par le Sénat russe.

Photo Natalia Kolesnikova, Agence France-Presse

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Victoria Loguinova-Yakovleva
Agence France-Presse
Moscou

La chambre haute du Parlement russe a approuvé à l'unanimité mercredi l'interdiction faite aux Américains d'adopter des orphelins russes, une loi désormais sur le bureau de Vladimir Poutine.

Le texte, adopté dans un accès de rancoeur sans précédent à l'égard de l'ancien adversaire de la guerre froide, a obtenu en sa faveur la totalité des 143 suffrages exprimés et doit désormais être promulgué par le président russe.

La proposition de loi, votée vendredi en troisième et dernière lecture par la Douma (chambre basse), se veut une réponse à la «liste Magnitski» adoptée aux États-Unis, qui sanctionne des responsables russes impliqués dans la mort en 2009 en prison du juriste Sergueï Magnitski, ou dans d'autres violations des droits de l'Homme.

«Un grand pays comme la Russie ne peut pas faire commerce de ses enfants», a déclaré le délégué du Kremlin aux droits de l'enfant, Pavel Astakhov, cité par l'agence de presse Interfax.

«Toute adoption par des étrangers est nuisible au pays, car plus les étrangers adoptent nos enfants, moins nous faisons d'efforts nous-mêmes dans ce domaine», a-t-il ajouté.

Selon le département d'État américain, 60 000 petits Russes ont été adoptés par des Américains ces vingt dernières années.

De 2008 à 2011, 14.660 enfants ont été adoptés en Russie par des étrangers, dont 5.177 par des Américains, selon M. Astakhov. Sur la même période, 33.300 enfants ont été adoptés par des Russes.

La nouvelle loi russe prévoit aussi de dresser une «liste noire» des Américains indésirables en Russie, soupçonnés d'avoir violé en particulier les droits des citoyens russes.

M. Poutine semble soutenir l'initiative qu'il a qualifiée de réponse «adéquate» à la liste Magnitski.

«Il est maintenant clair que Poutine approuvera très probablement la loi», a estimé après le vote le chef du mouvement Pour les droits de l'Homme Lev Ponomarev, interrogé par l'AFP.

«Le Conseil de Fédération a examiné la loi à huis clos», a souligné M. Ponomarev, considérant qu'il y avait eu des pressions sur les sénateurs pour qu'ils votent à l'unanimité, «comme à l'époque soviétique».

En application de cette loi, «quarante-six enfants qui devaient être adoptés par des familles américaines resteront en Russie», a affirmé mercredi M. Astakhov, cité par Interfax.

La proposition de loi a provoqué de nombreuses réactions de réprobation en Russie, non seulement parmi les ONG spécialisées et les humanitaires, mais aussi de la part de membres du gouvernement, comme le ministre de l'Éducation Dmitri Livanov et le chef de la diplomatie Sergueï Lavrov.

La vice-Premier ministre chargée des questions sociales Olga Golodets a écrit la semaine dernière une lettre à Vladimir Poutine dans laquelle elle critiquait cette mesure.

Selon Mme Golodets, si cette nouvelle loi entre en vigueur, la Russie risque de perdre tout droit de regard sur les conditions de vie des 60 000 enfants russes déjà adoptés par des Américains.

L'accord russo-américain sur la coopération dans le domaine des adoptions, négocié pendant plusieurs mois, n'est entré en vigueur que le 1er novembre dernier. Il prévoit notamment la mise en place d'un mécanisme permettant aux autorités russes de contrôler les conditions de vie des enfants adoptés.

Avant même que la loi ne soit promulguée par M. Poutine, le vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Riabkov, cité par Interfax, a affirmé que la diplomatie russe s'apprêtait à préparer «la procédure nécessaire pour faire cesser le fonctionnement de l'accord».

La loi contre ces adoptions porte le nom de Dima Iakovlev, un enfant russe adopté aux États-Unis en 2008 et mort oublié par son père adoptif américain dans une voiture en pleine chaleur.

D'autres cas d'enfants maltraités par leurs parents adoptifs aux États-Unis ont été très médiatisés ces dernières années en Russie.

Selon M. Astakhov, 19 enfants russes adoptés aux États-Unis ont péri en dix ans.

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