Conteneurs pour agresseurs à Amsterdam

Des conteneurs convertis en résidences étudiantes, à Amsterdam.... (Photo : Paul O'Driscoll, archives Bloomberg)

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Des conteneurs convertis en résidences étudiantes, à Amsterdam. La mairie a maintenant pour projet de reloger temporairement certains résidants «nuisibles» dans ce genre d'habitation.

Photo : Paul O'Driscoll, archives Bloomberg

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Marc Thibodeau, envoyé spécial
La Presse

(Amsterdam) Amsterdam vient de faire savoir que les coffee shops ne seront pas fermés aux touristes étrangers comme le souhaitait initialement le gouvernement néerlandais. Cette tolérance tranche avec la méthode musclée envisagée par la Ville pour isoler ses résidants antisociaux et nuisibles. Ceux qui harcèlent leurs voisins pourraient sous peu être forcés de déménager dans des conteneurs convertis en logements dans des quartiers périphériques, rapporte notre journaliste.

Hans, technicien de 49 ans, ne se doutait pas de l'enfer qui l'attendait, il y a quelques années, lorsqu'il a emménagé dans un appartement paisible de l'ouest d'Amsterdam.

L'homme, d'origine finlandaise, ne pouvait deviner que son voisin du dessous, sexagénaire, aurait tôt fait de lui pourrir l'existence en multipliant les doléances.

«Il a commencé par se plaindre de claquements de porte. Lorsque les gens passaient dans l'escalier commun de l'immeuble, il faisait des remarques», relate Hans. Les remarques se sont rapidement transformées en cris et en menaces, jusqu'au jour où l'homme a voulu s'en prendre à la conjointe de Hans.

«Je suis sorti de l'appartement et je me suis approché pour lui dire de se comporter normalement. Il s'est alors emparé d'un tuyau d'aspirateur et il a commencé à me battre», relate-t-il.

Après s'être réfugié dans son appartement pour échapper aux coups, Hans a porté plainte à la police, qui a appréhendé son agresseur et l'a gardé en détention pour une nuit avant de le mettre en accusation.

Cibler les agresseurs

La Ville d'Amsterdam, qui dit recevoir chaque année près de 13 000 plaintes pour nuisance, a décidé de prendre les grands moyens pour contrer ce type d'événements extrêmes.

Les personnes mises en cause dans des cas graves de harcèlement pourront être contraintes dès l'année prochaine de quitter leur appartement pour être relogées temporairement dans des secteurs à «plus faible densité» de la ville. Des travailleurs sociaux et des policiers seront mobilisés pour les surveiller et favoriser la recherche de solutions durables.

«Le but est de désamorcer les situations à risque», souligne une porte-parole de la Ville, Tahira Limon. Souvent, dit-elle, ce sont les victimes de harcèlement qui se voient contraintes de quitter leur appartement plutôt que les agresseurs, ce que la Ville juge injuste.

Les personnes seront déplacées dans des logements sommaires, par exemple des conteneurs convertis ou des roulottes. «Ce seront des unités comprenant tous les services de base, mais il ne faut pas que le déménagement soit vu comme une récompense. Ce ne seront pas des appartements de cinq chambres à coucher», note Mme Limon, qui estime que moins d'une dizaine de personnes seront ciblées annuellement.

La communauté gaie ravie

La principale association de gais et lesbiennes de la ville, COC Amsterdam, qui a déjà été aux prises avec des situations de harcèlement de ce genre, voit d'un bon oeil l'initiative municipale, bien qu'elle soit encore imprécise.

La directrice de l'association, Tania Barkhuis, relate que la police a dû intervenir récemment auprès d'un groupe d'adolescents qui harcelaient un couple de lesbiennes jusque chez elles. Un policier a finalement obtenu que l'un des jeunes rencontre des membres de la communauté gaie et se transforme en quelque sorte en «ambassadeur» pour faire cesser la discrimination.

Dans un autre cas, un homme a obtenu il y a quelques années le départ d'un voisin après avoir enregistré à son insu ses propos vexatoires. «Mais la preuve du harcèlement est souvent difficile à faire», relate Mme Barkhuis.

Selon elle, la menace de devoir déménager, si elle est bien utilisée par la Ville, pourrait effectivement inciter les personnes agressives à modifier leur comportement.

Certains observateurs ont comparé le projet d'Amsterdam à une idée récente du dirigeant du Parti pour la liberté (PVV), Geert Wilders, un populiste qui s'est surtout fait connaître à l'étranger par ses sorties virulentes contre l'islam. Il a proposé de créer hors des villes des «villages de racaille» (scum villages) où seraient confinées les personnes asociales. Une publication locale a assimilé cette suggestion aux pratiques nazies, ce qui l'a mis en colère.

Le politologue André Krouwel note que le chef du PVV réagit souvent à l'actualité avec des idées «simplistes» qui lui attirent l'attention des médias et du public.

Objectif: réinsertion

Bien qu'ils s'en défendent, les autres partis néerlandais, particulièrement ceux de la droite, récupèrent régulièrement les propositions de Wilders en les transformant d'une manière ou d'une autre, note M. Krouwel.

Le projet de la mairie d'Amsterdam, résolument «de gauche et libérale» au dire du politologue, risque d'être difficile à implanter puisqu'il pourrait contrevenir aux droits fondamentaux des personnes menacées de déplacement.

Tahira Limon assure que l'initiative n'a strictement rien à voir avec les idées de Geert Wilders et qu'il n'est aucunement question de créer des «villages» puisque les personnes ciblées seront réparties dans la ville, et non concentrées au même endroit.

«Son idée était de reléguer les personnes antisociales hors de la ville et de les oublier. Notre projet est de reloger certaines personnes de manière temporaire pour voir comment on peut résoudre les problèmes. La réinsertion est l'objectif ultime», dit la porte-parole.

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