Massacre en Norvège: première apparition publique pour Breivik

Pierre-Henry Deshayes
Agence France-Presse
Oslo

L'extrémiste de droite Anders Behring Breivik, auteur du massacre du 22 juillet en Norvège, a vainement tenté de s'adresser aux proches de ses victimes et de contester la légitimité du juge au cours de sa première comparution publique lundi.

Après l'audience, la première à être ouverte aux familles des victimes, notamment des 77 personnes qu'il a tuées, aux survivants et à la presse, le tribunal d'Oslo chargé de l'affaire a décidé de maintenir l'extrémiste de 32 ans en détention provisoire pendant 12 semaines supplémentaires, c'est-à-dire jusqu'au 6 février 2012.

S'il est reconnu pénalement responsable par les experts psychiatres qui doivent remettre leurs conclusions d'ici au 30 novembre, son procès devrait débuter le 16 avril 2012 et durer environ 10 semaines, a annoncé lundi le greffier du tribunal, Geir Engebretsen.

Costume sombre, chemise blanche et cravate bleu clair, Behring Breivik, collier de barbe et mèche blonde plaquée sur le côté, a été éconduit par le juge Torkel Nesheim lorsqu'il a demandé à s'adresser aux familles et survivants «pendant cinq minutes».

Après l'audience, son avocat, Geir Lippestad, a confié que son client avait préparé une petite note, mais a dit ne pas savoir ce qu'elle contenait.

Saisissant la première occasion de prendre la parole, Behring Breivik avait auparavant essayé de faire un laïus.

«Je suis un commandeur militaire dans le mouvement de résistance et chevalier templier en Norvège», a-t-il dit d'une voix calme, avant de remettre une nouvelle fois en cause la légitimité de la cour.

«Tu as été mandaté par ceux qui soutiennent le multiculturalisme. C'est une idéologie de haine qui veut la déconstruction de la société norvégienne», a ajouté l'extrémiste à l'intention du juge qui l'a rapidement interrompu.

Le magistrat a ensuite expliqué sa décision par le souhait de ne pas donner à Behring Breivik «une tribune ou l'occasion de (chercher à) justifier ses gestes».

Apparemment serein et semblant même parfois esquisser un sourire, l'extrémiste s'est tourné à plusieurs reprises vers le public, resté silencieux.

Se disant en guerre contre l'«invasion musulmane» et le multiculturalisme en Europe, Behring Breivik reconnaît être l'auteur de l'attentat à la bombe contre le siège du gouvernement norvégien, puis de la fusillade contre un rassemblement de jeunes sur l'île d'Utoeya, près d'Oslo.

S'il admet être l'auteur de ces gestes qu'il a dans le passé qualifiés de «cruels, mais nécessaires», il a de nouveau refusé de plaider coupable lundi. «Je reconnais les faits, mais je ne reconnais pas de responsabilité pénale», a-t-il dit. Comme dans le passé, il a comparé ses conditions carcérales, qui équivalent de facto à un placement en isolement total, à une «méthode de torture irrationnelle». Lundi, le tribunal a assorti son maintien en détention provisoire d'un contrôle de ses visites et de sa correspondance pendant huit semaines ainsi que d'une interdiction d'accéder aux médias pendant les quatre premières semaines.

Depuis le début, l'extrémiste recherche un maximum de publicité, considérant que le massacre lui permettrait d'attirer l'attention sur le manifeste de 1500 pages qu'il a diffusé sur internet juste avant de passer à l'acte.

«Nos opérations coup de poing sont du théâtre et le théâtre est toujours joué pour un public», a-t-il écrit dans ce texte, où il expose son idéologie.

Pendant l'audience, Behring Breivik n'a pu être ni filmé ni photographié, conformément à la législation norvégienne.

Présent au tribunal, Herman Heggertveit, un jeune survivant d'Utoeya, a comparé sa présence à l'audience à une «forme de thérapie».

«C'est émotionnellement très dur. C'est comme rencontrer une autre personne», a dit le jeune homme, une épinglette représentant la rose travailliste accrochée à la chemise. «Il est arrogant, sûr de lui, il vit dans sa petite bulle», a-t-il dit.

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