Inconduites sexuelles: la chute du sénateur Al Franken

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Al Franken à sa sortie du Capitole, jeudi, après y avoir prononcé un discours dans lequel il confirmait sa démission.

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Ivan Couronne
Agence France-Presse
Washington

Le sénateur démocrate américain Al Franken, accusé de comportement déplacé il y a plusieurs années par des femmes, a annoncé jeudi sa démission prochaine, après trois semaines d'une tempête politique au terme de laquelle la plupart de ses collègues démocrates l'ont appelé à quitter le Sénat.

«Je sais, au fond de mon coeur, que je n'ai rien fait pour déshonorer cette institution», a-t-il déclaré, amer, lors d'un discours prononcé depuis l'hémicycle. «Toutefois, j'annonce aujourd'hui que dans les prochaines semaines, je démissionnerai du Sénat».

«Je suis conscient qu'il est ironique que je m'en aille alors qu'un homme qui a été enregistré en train de se vanter d'avoir agressé sexuellement des femmes occupe le Bureau ovale», a-t-il ajouté.

Un autre élu, Trent Franks, député républicain de l'Arizona, a annoncé jeudi soir qu'il démissionnait de son poste, effectif fin janvier, après l'annonce de l'ouverture d'une enquête de la commission d'éthique de la Chambre des représentants sur des allégations de harcèlement sexuel à son encontre par deux anciennes collaboratrices.

Trent Franks a reconnu dans un communiqué avoir «mis mal à l'aise» ses collaboratrices en parlant des problèmes de fertilité de son couple et de son intention de trouver une mère porteuse.

Beaucoup d'élues et d'élus estiment que le Congrès américain se situe à un moment-charnière, un point de l'histoire où chacun doit, sans la moindre ambiguïté, adopter une politique de tolérance zéro envers tout comportement déplacé, a fortiori du harcèlement ou des agressions sexuelles.

C'est ce qui a poussé, mercredi en moins de 24 heures, 32 des 48 démocrates et apparentés du Sénat à appeler Al Franken, 66 ans, à la démission. Un mouvement lancé par un groupe de sénatrices après un septième témoignage.

«Nous vivons un énorme changement culturel», dit à l'AFP la sénatrice démocrate de Californie Dianne Feinstein, 84 ans. «La peur qu'avaient les femmes de parler, il y a des années, n'existe plus. Les femmes vont témoigner. C'est comme une nouvelle année de la femme».

«Notre pays a franchi le Rubicon», s'est félicitée Nancy Pelosi, cheffe de l'opposition démocrate de la Chambre, qu'elle fut la première femme à présider de 2007 à 2010.

Le Congrès a longtemps été une institution machiste. Aujourd'hui, les femmes ne représentent toujours que 20% des parlementaires. Mais il y a vingt ans, elles n'étaient que 12%, et il y a trente ans, 5%.

C'est l'institution qui a sauvé Bill Clinton, dans l'affaire Monica Lewinsky, et interrogé avec virulence en 1991 Anita Hill, qui accusait de harcèlement sexuel Clarence Thomas, nommé à la Cour suprême où il siège encore. Beaucoup d'élus veulent croire que ces votes seraient différents s'ils étaient tenus aujourd'hui.

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Cette photo compromettante datant de 2006, où Al Franken, à l'époque un humoriste célèbre, semble s'apprêter à empoigner les seins de l'animatrice Leeann Tweeden, a déclenché la chute du sénateur démocrate.

Inégalité de traitement

Avant d'être élu au Sénat en 2008, Al Franken fut l'une des vedettes de l'émission culte Saturday Night Live dans les années 1970 et 1980, avant de continuer une carrière d'humoriste, de scénariste et d'animateur radio. C'est dans ces habits de pitre qu'en 2006 il a tenté d'embrasser de force l'une de ses partenaires sur scène, lors d'une tournée auprès des troupes américaines à l'étranger. Mais c'est en tant que sénateur qu'il a été accusé de gestes déplacés sur plusieurs femmes, pendant des photos.

Par respect pour ses accusatrices, a-t-il expliqué, Al Franken n'a pas contesté la plupart des faits qui lui sont reprochés, bien qu'il dise «avoir des souvenirs différents pour certains» et qu'il en ait nié certains.

Le sénateur était très populaire jusqu'à cette affaire, ayant réussi sa transition de comique à parlementaire appliqué, récemment auteur d'un livre à succès éreintant notamment Donald Trump.

Il a multiplié les actes de contrition depuis trois semaines et a notamment accepté de coopérer avec la commission éthique du Sénat, censée traiter ce type d'affaires et recommander des sanctions pouvant aller jusqu'à l'exclusion.

Finalement, ses collègues n'ont pas voulu attendre la conclusion de cette procédure.

Ce qui a suscité en réaction des questions sur les garde-fous en cas d'allégations lancées contre des élus, et sur la légitimité du suffrage universel.

Un autre démocrate, le doyen de la Chambre John Conyers, a démissionné mardi, à 88 ans. Contrairement à Al Franken, il était accusé de harcèlement sexuel répété sur des collaboratrices.

Les démocrates sont prudents et évitent de politiser ouvertement ces affaires.

Mais, comme l'a souligné Al Franken dans son discours de départ, certains notent que les républicains soutiennent un président accusé d'agression sexuelle par de multiples femmes, et sont sur le point d'élire, dans l'Alabama, un sénateur accusé de bien pire, des attouchements sur des mineures dans les années 1970, Roy Moore.

«Al Franken a reconnu la douleur qu'il a infligée», commentait jeudi Tim Kaine, ancien candidat à la vice-présidence. «Roy Moore a refusé de le faire. D'une certaine manière, c'est pire».




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