Chelsea Manning fait des vagues à Harvard

Harvard avait invité Chelsea Manning à venir parler... (PHOTO GRETCHEN ERTL, ARCHIVES THE NEW YORK TIMES)

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Harvard avait invité Chelsea Manning à venir parler devant les étudiants, lui accordant également le titre de «visiting fellow».

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Catherine TRIOMPHE
Agence France-Presse
NEW YORK

L'université de Harvard est revenue vendredi sur l'invitation faite à l'ex-militaire transgenre Chelsea Manning de venir s'exprimer dans ses murs en tant que «chercheuse invitée», rouvrant la bataille autour des intervenants controversés sur les campus américains.

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Chelsea Manning

Photo Tim Travers Hawkins/courtoisie de Chelsea Manning

La prestigieuse faculté de gouvernement de Harvard, qui forme les élites américaines, avait annoncé mercredi avoir invité la très polémique ex-informatrice de WikiLeaks, condamnée pour trahison en 2010 et libérée en mai dernier, à venir parler devant ses étudiants au titre de «visiting fellow» (chercheuse invitée).

Dans un contexte politique extrêmement divisé, où les campus américains se voient souvent reprocher de favoriser la gauche progressiste, la controverse autour de l'invitation à Chelsea Manning - vue par les uns comme une héroïne, par les autres comme un traître à la patrie - est montée très vite.

Jeudi, le directeur de la CIA, Mike Pompeo, lui-même diplômé de Harvard, annonçait qu'il renonçait à prononcer un discours le soir même sur le plus célèbre des campus de Boston.

«Mme Manning a trahi son pays et a été condamnée pour 17 chefs d'accusation pour avoir passé ces informations secrètes à WikiLeaks», a-t-il déclaré dans un communiqué. Elle «est opposée à toutes les valeurs des hommes et femmes courageux aux côtés desquels je sers».

Il a néanmoins souligné que ses objections n'avaient rien à voir avec le fait que Chelsea Manning soit une personne transgenre, alors même que Donald Trump a annoncé récemment vouloir interdire les recrues transgenres dans l'armée.

Un ancien vice-directeur de la CIA, Mike Morrell, indiquait lui aussi renoncer au titre honorifique de «senior fellow» qui lui avait été récemment conféré, jugeant «honteux» que l'université d'élite apporte ainsi une «caution officielle» aux actions de Mme Manning.

Devant ce tollé, le doyen de la faculté, Douglas Elmendorf, a préféré reculer. Tout en soulignant que, loin de cautionner Chelsea Manning, l'université avait simplement voulu offrir à ses étudiants «un éventail très large d'idées» et soumettre la jeune militante à leurs critiques.

«Équilibre difficile» 

«Conférer le titre de chercheuse invitée à Chelsea Manning était une erreur, dont j'assume la responsabilité», a écrit M. Elmendorf dans une lettre postée sur le site de l'université.

«Je comprends que beaucoup voient ce titre comme honorifique. Nous le retirons donc, mais maintenons notre invitation à Mme Manning à venir passer une journée à la Kennedy School et à parler au forum de cette école», a-t-il précisé.

Chelsea Manning a réagi par une série de tweets, se disant «honorée d'être désinvitée» tout en déplorant que l'université fasse «taire des voix marginales sous la pression de la CIA».

Elle a aussi fait remarquer que, parmi la dizaine d'autres «visiting fellows», invités par Harvard cette saison, figuraient d'anciens membres de l'administration Trump, comme l'ex-porte-parole de la Maison-Blanche Sean Spicer ou son ex-directeur de campagne Corey Lewandowski, et que l'invitation ne leur avait pas été retirée.

Cette polémique, alors que vient de reprendre l'année universitaire, pourrait augurer de nouvelles batailles autour de la liberté d'expression sur les campus américains.

Pendant l'année scolaire 2016-2017, des manifestations violentes avaient éclaté à Berkeley, université californienne très marquée à gauche, pour empêcher des interventions de polémistes ultra-conservateurs comme Milo Yiannopoulos ou Ann Coulter. D'autres universités avaient ensuite annulé les interventions de personnalités controversées.

Des annulations condamnées par les sites conservateurs comme autant d'atteintes à la liberté d'expression.

Dans son message de vendredi, le doyen Elmendorf a avoué que l'équilibre était désormais délicat à trouver.

«Pour tout invité potentiel, nous devons mesurer ce que les membres de la Kennedy School peuvent apprendre de sa visite avec jusqu'où cette personne répond aux valeurs de service public auxquelles nous aspirons».

«Cet équilibre n'est pas toujours facile à déterminer, et des gens raisonnables peuvent ne pas s'entendre», a-t-il reconnu.

En 2010, le soldat Manning, alors prénommé Bradley, avait fait fuiter via WikiLeaks plus de 700 000 documents confidentiels ayant trait aux guerres d'Irak et d'Afghanistan, dont plus de 250 000 câbles diplomatiques qui avaient plongé les États-Unis dans l'embarras.

L'ex-analyste du renseignement a purgé sept ans de prison sur les 35 de sa condamnation, et est devenue une femme derrière les barreaux. Elle a été libérée en mai après avoir bénéficié d'une commutation de peine octroyée par l'ancien président Barack Obama.




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