Trump exclut tout retrait d'Afghanistan, intensifie l'effort militaire

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Donald Trump a livré un discours lundi soir sur la base militaire Myer-Henderson, à Arlington, en Virginie.

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Jerome CARTILLIER
Agence France-Presse
Washington

Le président américain Donald Trump a exclu lundi tout retrait des États-Unis d'Afghanistan, ouvrant la porte à l'envoi de soldats supplémentaires et accentuant la pression sur le Pakistan accusé d'être un repaire pour «des agents du chaos».

Le président américain Donald Trump a exclu lundi tout retrait des États-Unis d'Afghanistan, ouvrant la porte à l'envoi de soldats supplémentaires et accentuant la pression sur le Pakistan accusé d'être un repaire pour «des agents du chaos».

Les talibans n'ont pas perdu de temps pour réagir à cette annonce et promettre un «nouveau cimetière» aux Américains s'ils s'obstinent à rester dans le pays.

«Tant qu'il y aura un seul soldat américain sur notre sol, et qu'ils continuent à nous imposer la guerre, nous continuerons notre jihad», ont-ils menacé. Ils ont par ailleurs revendiqué un tir de roquette ayant visé l'ambassade américaine à Kaboul tard lundi.

S'exprimant de manière solennelle dans un discours d'une vingtaine de minutes, M. Trump a martelé sa conviction qu'un retrait précipité d'Afghanistan créerait un vide qui profiterait aux «terroristes», d'Al-Qaïda comme du groupe État islamique.

Il n'a toutefois donné aucun chiffre sur le niveau des troupes ou aucune échéance dans le temps, jugeant que c'était «contre-productif».

Seize ans après les attentats du 11-septembre qui avaient poussé les États-Unis à lancer une vaste offensive pour déloger le régime taliban au pouvoir à Kaboul, le fragile édifice démocratique afghan est menacé par une insurrection déstabilisatrice.

Fait rare, Donald Trump a ouvertement reconnu qu'il avait fait volte-face sur ce dossier épineux. «Mon instinct initial était de se retirer (...) mais les décisions sont très différentes lorsque vous êtes dans le Bureau ovale», a-t-il d'entrée souligné dans une allocution très attendue depuis la base de Fort Myer, au sud-ouest de Washington.

Avant d'accéder à la Maison-Blanche, Donald Trump avait plusieurs fois exprimé sa préférence pour un retrait du pays. «Quittons l'Afghanistan», écrivait-il sur Twitter en janvier 2013. «Nos troupes se font tuer par des Afghans que nous entraînons et nous gaspillons des milliards là-bas. Absurde! Il faut reconstruire les USA».

Un haut responsable américain a souligné que M. Trump avait donné son feu vert au Pentagone pour le déploiement de jusqu'à 3900 soldats supplémentaires.

Si la hausse n'est pas spectaculaire (les États-Unis comptaient 100 000 soldats sur place il y a sept ans), elle marque cependant une inversion de tendance par rapport aux dernières années.

Le secrétaire américain de la Défense Jim Mattis a de son côté immédiatement annoncé qu'il consulterait le secrétaire général de l'OTAN et les alliés, soulignant que plusieurs d'entre eux s'étaient également engagés à augmenter le nombre de soldats déployés.

Quelque 8400 soldats américains sont actuellement présents en Afghanistan au sein d'une force internationale qui compte au total 13 500 hommes et qui sert essentiellement à conseiller les forces de défense afghanes.

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Le secrétaire à la Défense, Jim Mattis.

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«Pas de chèque en blanc»

Revenant sur la plus longue guerre de l'histoire des États-Unis, M. Trump a lancé une vive mise en garde à Islamabad, accusé de servir de facto de base arrière aux talibans.

«Le Pakistan a beaucoup à gagner en collaborant à nos efforts en Afghanistan. Il a beaucoup à perdre en continuant à abriter des terroristes», a-t-il asséné. «Cela doit changer et cela va changer immédiatement!».

Islamabad n'a pas réagi dans l'immédiat à ces déclarations fermes. L'armée pakistanaise avait cependant pris les devants lundi, martelant que le Pakistan n'abriterait plus «aucune structure organisée d'aucun groupe terroriste».

Le mois dernier, le département américain de la Défense a suspendu 50 millions de dollars d'aide militaire, jugeant qu'Islamabad ne faisait pas assez contre le réseau Haqqani, allié des talibans afghans. Ce réseau basé à la frontière pakistano-afghane, a longtemps été considéré comme lié aux services secrets pakistanais, l'ISI.

Mais le 45e président des États-Unis a aussi lancé un avertissement au régime de Kaboul.

«Notre engagement n'est pas illimité, notre soutien n'est pas un chèque un blanc», a-t-il martelé.

«Les Américains veulent de vraies réformes et de vrais résultats», a-t-il lancé dans ce discours qui lui offrait une occasion d'adopter une posture plus présidentielle après deux semaines chaotiques qui ont considérablement terni son image.

Des soldats américains rendent hommage à l'un des... (AFP) - image 3.0

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Des soldats américains rendent hommage à l'un des leurs tombé au combat, dans la vallée d'Arghandab, en septembre 2010.

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Dialogue avec les talibans?

Donald Trump a par ailleurs laissé la porte ouverte à un dialogue avec certains rebelles: «à un moment donné, après un effort militaire efficace, peut-être qu'il sera possible d'avoir une solution politique incluant une partie des talibans en Afghanistan». «Mais personne ne sait si ou quand cela arrivera», a-t-il ajouté.

Son secrétaire d'État Rex Tillerson a précisé peu après que les États-Unis étaient prêts à soutenir des pourparlers de paix entre le gouvernement afghan et les talibans «sans condition préalable».

Ces derniers n'ont fait aucun commentaire à ce sujet.

Il s'agissait de la première annonce présidentielle depuis le départ, vendredi, de Steve Bannon, conseiller stratégique très controversé. Ce dernier, chantre de «L'Amérique d'abord», était opposé à un nouveau déploiement de soldats dans la région.

Quelque 2400 soldats américains sont morts en Afghanistan depuis 2001, et plus de 20 000 y ont été blessés. En 16 ans, les États-Unis ont versé plus de 110 milliards de dollars d'aide à la reconstruction.

Trump et l'Afghanistan: des recettes déjà vues

La «nouvelle approche» américaine à l'égard de l'Afghanistan et du Pakistan dévoilée lundi par le président Donald Trump est avare de détails et reprend pour l'essentiel des pistes déjà explorées par le passé, estiment des analystes.

M. Trump a ouvert lundi la porte à l'envoi de soldats américains supplémentaires en Afghanistan tout en adoptant une ligne dure à l'égard du Pakistan voisin, accusé d'être un repaire pour «des agents du chaos». Il a également évoqué un possible dialogue entre Kaboul et les talibans.

Voici les premières réactions d'experts interrogés par l'AFP immédiatement après le discours du président américain.

Q: Cette «nouvelle approche» est-elle vraiment nouvelle ?

Pas vraiment. Pour le professeur James Der Derian du Centre d'études de sécurité internationale à l'Université de Sydney, «la principale contradiction est d'affirmer que l'on a appris du passé alors que toutes les mesures (évoquées) ont déjà été tentées dans le passé».

Trump «va tout miser sur la lutte contre le terrorisme alors que le gouvernement afghan contrôle à peine la moitié de la population et du territoire» du pays.

Pour le spécialiste afghan de la défense Feda Mohammad, le discours de M. Trump relève davantage du «plan d'urgence» que de la «stratégie à long terme». «Ce n'est qu'un plan provisoire pour contenir la guerre et les progrès des talibans», selon lui.

Q: Comment vont réagir les talibans ?

Probablement pas très bien. Leur première réaction a été de promettre de «poursuivre le jihad» contre les forces américaines.

«Les talibans et les autres insurgés vont probablement répondre à l'annonce par une nouvelle vague de violence dans tout le pays», estime Javid Ahmad, chercheur sur l'Asie du Sud à l'Atlantic Council et à l'académie militaire de West Point.

Cela pourrait se traduire par «des attaques spectaculaires perpétrées par les talibans dans les zones urbaines afin de semer la peur et de faire passer leur message», juge-t-il.

Garth Pratten, professeur à l'Université nationale australienne (ANU) est du même avis, disant s'attendre à ce que les talibans démontrent par de nouvelles attaques qu'ils conservent l'ascendant.

Q: Quel effet sur le terrain ?

M. Trump a reconnu avoir renoncé à un retrait rapide pour éviter de laisser un vide qui profiterait aux «terroristes».

Mais pour le professeur James Der Derian, «à moins de vouloir engager 300 000 soldats, on ne peut pas combler le vide. C'est la dure réalité de l'Afghanistan, de l'Irak, des insurrections en général».

Selon lui, «on va voir beaucoup plus de victimes civiles pour la mise en oeuvre de cette politique».

Le professeur note en outre que l'absence d'indication sur le nombre de soldats supplémentaires pouvait être interprétée comme un «choix stratégique», comme l'a affirmé M. Trump, mais aussi comme le signe d'un désaccord entre stratèges américains.

Un haut responsable américain a souligné que le président américain avait donné son feu vert pour le déploiement d'un maximum de 3900 soldats supplémentaires. Pour M. Der Derian, les insurgés «peuvent faire face à 4000 soldats supplémentaires. Les talibans ont survécu à bien pire», souligne-t-il.

Ahmad Saeedi, professeur de sciences politiques à l'Université de Kaboul note pour sa part que «la guerre est en train de s'intensifier, les talibans menacent chaque jour des provinces».

«Le Pakistan, la Russie et l'Iran sont plus actifs pour contrer les États-Unis en Afghanistan», explique-t-il.

«Au-delà de l'envoi de plus de soldats, il est important de faire pression sur tous les acteurs, politiquement et économiquement. Le gouvernement afghan devrait être poussé à faire plus contre la corruption et pour la réforme des forces armées».

Q: Le Pakistan se laissera-t-il intimider ?

Michael Kugelmann se dit «très sceptique quant à l'idée que le Pakistan pourrait changer d'attitude».

«Il a des intérêts très profonds, impénétrables, qui impliquent de maintenir à tout prix ses liens avec les groupes insurgés comme les talibans et le réseau Haqqani» notamment pour contrer l'influence indienne en Afghanistan.

«Peu importent les menaces ou rétorsions brandies par les États-Unis, le Pakistan ne va pas modifier ces intérêts stratégiques immuables».

«À chaque fois qu'un dirigeant américain invite l'Inde à accroître sa présence en Afghanistan (comme l'a fait Trump lundi, NDLR), cela sonne l'alarme au Pakistan», souligne-t-il en outre.




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