Vocabulaire considéré raciste: The Slants gagnent en justice

La Cour suprême des États-Unis a estimé que le... (PHOTO J. SCOTT APPLEWHITE, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS)

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La Cour suprême des États-Unis a estimé que le Bureau américain des brevets et marques commerciales (USPTO) ne pouvait refuser d'enregistrer le nom The Slants (Les Bridés, NDLR) au motif que l'expression était désobligeante.

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Sébastien BLANC
Agence France-Presse
WASHINGTON

La Cour suprême des États-Unis a fait un grand saut lundi sur le terrain miné du vocabulaire considéré raciste, en jugeant qu'un groupe de rock, The Slants (Les Bridés, NDLR), pouvait déposer officiellement son nom.

« Après une bataille judiciaire éprouvante de huit ans, nous sommes extrêmement reconnaissants et ravis d'avoir remporté cette victoire », a réagi Simon Tam, un Américain d'origine asiatique qui a fondé The Slants.

« Depuis le début, cette odyssée dépassait largement le cadre de notre groupe », a-t-il ajouté.

La décision de la haute cour à Washington, dont les sages sont dans l'ensemble tombés d'accord sur les principaux arguments en jeu, est de grande portée.

Elle représente une bonne nouvelle pour les Redskins de Washington, l'équipe de la NFL, qui est soumise à des restrictions en raison de son appellation connotée.

« Discrimination »

Les hauts magistrats ont estimé que le Bureau américain des brevets et marques commerciales (USPTO) ne pouvait refuser d'enregistrer le nom The Slants au motif que l'expression était désobligeante.

« Il s'agit d'une discrimination fondée sur un point de vue », a souligné le juge Samuel Alito, en lisant l'arrêt.

Simon Tam soutenait que récupérer le terme The Slants de façon décalée permettait d'en expurger la teneur raciste, comme les rappeurs noirs ont repris à leur compte le mot extrêmement péjoratif de « nigger » (« nègre »).

Cette affaire était devenue cette année un gros enjeu devant la Cour suprême car elle concernait le sacro-saint Premier amendement de la Constitution, qui protège la liberté d'expression.

Principalement connu dans les milieux alternatifs de la côte ouest des États-Unis, le groupe The Slants est une formation musicale composée de quatre Américains d'origine asiatique.

Le mot « slant », selon l'avocat du Bureau des marques commerciales, « est un terme négatif faisant référence à la forme des yeux de personnes d'origine asiatique », qui est « utilisé depuis longtemps pour se moquer d'une caractéristique physique ».

Mais Simon Tam assurait au contraire que « bridé » pouvait servir à « se présenter de façon positive, en promouvant une prise de conscience et une fierté culturelles ».

« Les Américains d'origine asiatique utilisent depuis des décennies le terme bridé pour se désigner d'une façon valorisante », avait-il assuré dans une interview à l'AFP.

Les quatre garçons de Portland, qui jouent ensemble depuis plus de 10 ans, aiment brandir comme un étendard leurs racines ethniques. Ils ont sorti The Yellow Album, clin d'oeil au fameux White Album des Beatles.

Simon Tam et ses compères étaient soutenus par l'ACLU, la grande association américaine de défense des libertés, et par l'US Chamber of Commerce, un lobby patronal.

On trouvait aussi dans leur camp l'organisation des Dykes on Bikes (Gouines à moto, NDLR), qui ont obtenu d'enregistrer leur nom après cinq ans de lutte devant les tribunaux.

Du Khoran à Porno Jesus

Le gouvernement américain, lui, défendait officiellement la position de l'USPTO, le plus important organisme de brevets du monde.

Il avait toutefois émis des signaux contradictoires concernant The Slants: le ministère de la Défense avait envoyé le groupe jouer pour les troupes en Bosnie-Herzégovine et au Kosovo; et un de leurs titres avait été choisi par la Maison-Blanche pour figurer dans une compilation contre les harcèlements.

Par le passé, la Cour suprême a protégé au nom de la liberté d'expression le fait de brûler le drapeau américain, ou des vidéos montrant des individus écrasant des petits animaux par fétichisme sexuel.

À l'opposé, l'USPTO a débouté au nom du respect des musulmans un marchand de vin libanais qui voulait utiliser la marque Khoran et a refusé d'enregistrer Porno Jesus, une initiative qui se présentait comme de la production pornographique avec des valeurs chrétiennes.




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