Donald Trump face à l'échec

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Empêtré dans le scandale sur les liens de certains membres de son équipe avec la Russie, Donald Trump sait par ailleurs qu'il ne peut attendre le moindre cadeau de la part des démocrates.

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Andrew BEATTY
Agence France-Presse
WASHINGTON

Assis derrière le mythique « Resolute desk », dans le Bureau ovale, Donald Trump a pris la parole vendredi soir pour un exercice auquel il n'a pas l'habitude de se plier : admettre un échec.

La réforme de la santé, sa première proposition législative d'envergure qui devait marquer la rupture avec les années Obama, s'est fracassée sur un Congrès pourtant contrôlé par son parti.

Bien sûr, l'homme d'affaires septuagénaire a connu d'autres revers - la faillite de ses casinos en tête - mais grâce à sa raillerie et à sa capacité à rebondir il a réussi à faire vivre sa « marque » jusqu'à sa victoire surprise à la Maison-Blanche.

Mais vendredi, sous la lumière la plus intense qui soit, celle qui accompagne partout le président des États-Unis, il ne pouvait plus se cacher.

Sans surprise, Donald Trump ne semblait pas prêt à admettre frontalement un échec personnel.

Sur un ton qu'on ne lui connaissait pas, il s'est cependant dit « déçu », « un peu surpris ». « Nous sommes passés très près », a-t-il dit, comme si cela avait de l'importance.

Da manière surprenante, il s'est gardé de la moindre critique à l'encontre des élus républicains qui ne l'ont pas suivi, refusant de parler de trahison.

L'heure des règlements de compte pourrait venir plus tard, lorsque la poussière sera retombée.

Reste qu'après deux mois au pouvoir, cette gifle politique met en relief une question qui pourrait peser sur toute sa présidence : Donald Trump peut-il gouverner en utilisant les recettes qui lui ont permis de se hisser au pouvoir ?

« L'épilogue de vendredi est bon pour le pays mais humiliant pour les dirigeants républicains », écrit le New York Times dans son éditorial. « Pour M. Trump, c'est un rappel brutal que faire campagne, c'est la partie facile ».

De fait, les interrogations sont nombreuses.

Ses tweets erratiques quotidiens placent chaque jour un peu plus son équipe, et plus largement le camp républicain, dans une position inconfortable, comme lorsqu'il accuse, sans le moindre élément tangible, Barack Obama de l'avoir placé sur écoute.

« Vulnérabilité » 

Sa méthode - précipitation, absence de consultation - a montré ses limites, comme sur ses décrets visant à fermer l'accès aux États-Unis aux ressortissants de plusieurs pays musulmans, bloqués par la justice.

Le style aussi, montre ses limites : en dépit de ses menaces et ultimatums répétés, nombre de républicains, ultraconservateurs en tête, ont torpillé un texte que Trump avait vanté comme excellent.

Empêtré dans le scandale sur les liens de certains membres de son équipe avec la Russie, il sait par ailleurs qu'il ne peut attendre le moindre cadeau de la part des démocrates.

Quelque chose s'est fissuré : il est possible de tenir tête au magnat de l'immobilier et cette débâcle devrait enhardir ses opposants.

Et de Moscou à Pékin, l'épisode n'aura pas échappé aux leaders de grands pays rivaux.

Difficile de dire si le septuagénaire, complètement novice en politique, peut changer de style et d'approche.

Élus et diplomates racontent en privé combien le président républicain a peu de goût pour les discussions sur le fond des dossiers, le détail de ses propositions.

Sur la réforme de la santé, certains au sein de son équipe reconnaissent que s'il s'est préoccupé de « vendre » la nouvelle loi - qu'il avait cependant, par prudence, refusé de surnommer « Trumpcare » - il ne s'est jamais impliqué dans les débats, pourtant cruciaux, sur son contenu.

Ce ne sont bien sûr que les tout premiers pas d'un mandat de quatre ans et le 45e président de l'histoire peut encore espérer stabiliser le navire.

George H.W. Bush comme Bill Clinton ont connu, aux aussi, des départs agités, avant de renforcer leurs équipes, et donner une autre impulsion à leur mandat.

Mais depuis qu'il est arrivé au pouvoir, Donald Trump a systématiquement désigné un autre coupable lorsqu'il était en difficulté : les médias (presque) tous malhonnêtes, les fonctionnaires qui organisent des fuites, les juges qui font preuve de partialité.

« Avec son échec sur la santé, il se retrouve en position instable », estime Julian Zelizer, professeur à l'université de Princeton, dans une tribune publiée sur CNN.com.

« Le défi pour Trump est que, plus il avancera dans sa présidence, plus les électeurs qui l'ont soutenu verront ses points de vulnérabilité ».




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