Guantanamo, l'impossible fermeture malgré l'opprobre internationale

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Mardi, après le transfert la veille d'une dizaine de détenus vers le Sultanat d'Oman, il restait encore 45 prisonniers dans le camp de l'île cubaine.

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Laurent BARTHELEMY
Agence France-Presse
Washington

Barack Obama avait promis de fermer Guantanamo, mais à trois jours de son départ, plus d'une quarantaine de prisonniers y sont toujours détenus sans espoir de libération ni, pour la grande majorité, de procès.

La Maison-Blanche a reconnu mardi l'échec du président américain.

«Je ne m'attends pas à ce que nous atteignions notre objectif de fermer la prison. Ce n'est pas faute d'avoir essayé», a reconnu le porte-parole de la Maison-Blanche, Josh Earnest.

Mardi, après le transfert la veille d'une dizaine de détenus vers le sultanat d'Oman, il restait encore 45 prisonniers dans le camp de l'île cubaine.

L'administration Obama pourrait encore en transférer in extremis «une poignée» vers un pays allié avant l'investiture de Donald Trump vendredi, selon un responsable américain.

Mais ensuite, la porte se fermera pour la quarantaine de prisonniers restants.

Donald Trump a déjà dit qu'il mettrait fin à tout transfert dès son arrivée au pouvoir, estimant le reste des prisonniers actuels trop dangereux pour pouvoir sortir du camp.

Et pas question pour lui de chercher, comme l'administration Obama a tenté de le faire, à déménager Guantanamo sur le territoire des États-Unis. Pendant sa campagne, Donald Trump a au contraire affiché sa volonté de remplir à nouveau le camp de prisonniers de «mauvais gars».

«Risque de torture»

Le président Obama n'a pas caché sa déception de n'avoir pas réussi à fermer ce «satané machin», qui a fait tant de mal à l'image internationale des États-Unis.

Près de 780 personnes au total ont été détenues dans ce camp. Mais les États-Unis n'ont engagé des poursuites judiciaires régulières que contre une douzaine de prisonniers.

Les quelques procédures lancées, comme celles visant les cinq hommes accusés d'avoir organisé les attentats du 11-Septembre, se sont enlisées dans des débats sans fin, sans qu'aucune perspective de procès ne se dessine.

L'administration Obama a dû procéder à des alimentations forcées de détenus en grève de la faim, finissant même par interdire toute communication sur ces pratiques controversées.

«Il y a un risque que cette prison demeure permanente, avec un risque de torture ou de mauvais traitements» pour les prisonniers qui y restent, a déploré mardi Elisabeth Beavers, d'Amnesty International.

Le Congrès s'est toujours opposé frontalement à tous les projets de l'administration Obama visant au moins à déménager les prisonniers vers une prison sur le sol américain.

Gardiens de stationnement -

L'administration Obama, qui avait «hérité» de 242 détenus à son arrivée au pouvoir, a dû se contenter de tenter de vider la prison au compte-gouttes avec des transferts vers des pays alliés comme les pays du Golfe, ou, plus exotiques, les îles du Cap-Vert ou l'Uruguay.

Les pays d'accueil doivent donner des garanties sur les mesures prises pour empêcher tout retour au combat des anciens détenus. Ils se gardent en général de détailler ces mesures, tout comme l'administration américaine.

En Uruguay, les six détenus transférés depuis Guantanamo sont en train de refaire et de «reconstruire» leur vie dans le pays, a déclaré à l'AFP Christian Mirza, le responsable du dossier au sein du gouvernement uruguayen, qui a pris en charge les détenus, fin 2014.

«À part l'un d'entre eux, ils sont tous en couple», a-t-il affirmé. «L'un donne des cours d'arabe et d'anglais dans une école (...) et il y en a deux qui travaillent dans un stationnement», a-t-il poursuivi.

Un cinquième a créé une petite entreprise pour produire des biscuits arabes, a-t-il expliqué.

Aucune nouvelle en revanche de Jihad Diyab, un Syrien qui a fait une grève de la faim pendant presque 70 jours en 2016, pour être transféré dans un pays musulman, selon Christian Mirza.

Jihad Diyab a tenté à deux reprises de quitter l'Uruguay, mais a été renvoyé à chaque fois dans le pays faute de documents légaux pour pouvoir voyager.

D'une manière générale, les autorités américaines estiment qu'au total un peu moins d'un détenu sur trois (30,2%) libérés de Guantanamo, depuis son origine, ont repris ou sont soupçonnés d'avoir repris des activités extrémistes.

Ce taux est tombé à 13% pour les détenus libérés par l'administration Obama depuis 2009.




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