Mur à la frontière mexicaine: Trump pourrait écoper de la facture politique

Donald Trump a révélé hier que le Congrès... (PHOTO BRENDAN McDERMID, REUTERS)

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Donald Trump a révélé hier que le Congrès américain serait appelé à financer le mur qu'il a promis de construire le long de la frontière mexicaine. Le président désigné a précisé par la suite que le Mexique paierait la facture de cette infrastructure « plus tard ».

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Donald Trump s'est retrouvé sur la défensive hier après qu'il eut été révélé que le Congrès américain serait appelé à financer le mur qu'il a promis de construire le long de la frontière mexicaine, relançant du coup les interrogations sur la faisabilité des mesures qu'il propose pour lutter contre l'immigration illégale.

La chaîne CNN a souligné que l'attribution de fonds publics américains à cette fin contreviendrait à une promesse majeure du président désigné des États-Unis, qui a répété tout au long de la campagne électorale son intention de faire payer la facture au Mexique.

Le principal intéressé a réagi sur Twitter contre les « médias malhonnêtes » à l'origine de la nouvelle en leur reprochant d'avoir omis de mentionner que le mur projeté serait financé par le Congrès pour accélérer sa construction, mais bel et bien payé « plus tard » par Mexico.

Une des conseillères de Donald Trump, Kellyanne Conway, a assuré en ondes que « rien n'avait changé » et que le président entendait respecter sa promesse à ce sujet.

Des membres du Congrès américain ont déclaré qu'ils pourraient inclure un financement de plusieurs milliards de dollars dans le prochain projet de loi budgétaire du gouvernement au printemps de manière à permettre le lancement rapide de la construction du mur.

Le président désigné - qui en avait fait l'un des thèmes récurrents de ses rallyes politiques - n'a jamais mentionné qu'il entendait procéder d'abord avec des fonds gouvernementaux américains durant la campagne.

Après avoir obtenu l'investiture républicaine, il s'était rendu fin août au Mexique pour rencontrer le président du pays, Enrique Peña Nieto, mais n'avait pas abordé la question du financement de l'infrastructure projetée.

L'entourage de Donald Trump a fait valoir qu'il aurait été inapproprié à ce stade préliminaire d'aborder cet enjeu, même si le chef d'État mexicain a déclaré pour sa part qu'il n'était pas question d'assumer une telle facture.

« SAUVER LA FACE »

Le fondateur de la chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l'Université du Québec à Montréal, Charles-Philippe David, affirme qu'une éventuelle volte-face sur la question du financement du mur devrait « en principe » s'avérer politiquement coûteuse pour le président désigné.

Il souligne cependant que Donald Trump semble toujours trouver « le moyen ou la façon de reculer et de récupérer » et se révèle être, du moins pour l'heure, un « politicien téflon » sur lequel les problèmes « ne collent pas ».

Stephen Legomsky, juriste spécialisé en immigration qui enseigne à la Washington University School of Law de St. Louis, pense que le politicien va chercher à « sauver la face » sur la question du financement du mur en tentant de faire voter une enveloppe budgétaire permettant une expansion limitée des barrières existantes à la frontière avec le Mexique.

La construction en bonne et due forme d'un mur sur des centaines de kilomètres serait tout simplement hors de prix, note M. Legomsky, qui remet en question la faisabilité d'autres promesses de l'élu en matière d'immigration.

Sa volonté affichée d'expulser rapidement des millions d'immigrants illégaux - qui a été revue à la baisse pour cibler ceux d'entre eux qui ont des dossiers criminels - semble aussi difficile à réaliser, relève-t-il.

DES RESSOURCES « PAS DISPONIBLES »

La traque de ces immigrants illégaux nécessiterait des ressources énormes « qui ne sont pas disponibles ». D'autant que des villes ont fait savoir qu'elles refuseraient de cautionner un tel exercice.

Il faut considérer par ailleurs, note M. Legomsky, que les tribunaux spécialisés qui seraient appelés à valider le renvoi d'immigrés avec des antécédents criminels sont débordés. 

« Ça pourrait prendre des années avant que les audiences puissent se dérouler. »

Selon l'analyste, Donald Trump pourrait en contrepartie tenir sa parole sur la révocation d'un programme précis qui permet à des immigrés arrivés illégalement au pays alors qu'ils étaient mineurs d'être protégés temporairement contre des mesures de renvoi et de disposer d'un visa de travail.

Une telle mesure serait cependant extrêmement délicate, note M. Legomsky, puisque les 840 000 personnes couvertes par le programme sont des individus vulnérables aujourd'hui bien enracinés dans leur communauté.

Charles-Philippe David estime qu'il est virtuellement impossible à ce stade de deviner ce que fera le président désigné une fois en poste puisqu'il semble « changer d'idée comme de chemise ».

D'éventuels revirements de sa part sur l'immigration ou d'autres dossiers sensibles risquent de miner sa « réputation » présidentielle et de compromettre sa capacité à diriger le pays, prévient-il.

BANNIR LES MUSULMANS ?

La volonté initialement déclarée de Donald Trump de refuser l'entrée aux États-Unis d'immigrants musulmans - qui est progressivement disparue de son discours en campagne - semble aussi difficilement applicable, relève Stephen Logomsky, spécialiste des questions d'immigration rattaché à la Washington University School of Law de St. Louis. Il existe dans la loi une disposition permettant en théorie au président de bloquer l'entrée d'une « classe d'étrangers » s'il l'estime contraire aux intérêts américains, mais l'utilisation de la religion comme critère risquerait d'être jugée contraire aux dispositions de la Constitution protégeant la liberté de religion. « S'il va de l'avant, je m'attends plutôt à ce qu'il le fasse sur la base du pays d'origine des migrants de manière à limiter les risques de poursuite », note M. Logomsky.

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