Saddam Hussein vu autrement, 10 ans après sa pendaison

Dans le livre Debriefing the President : The Interrogation of... (photo david furst, archives agence france-presse)

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Dans le livre Debriefing the President : The Interrogation of Saddam Hussein, John Nixon, ancien analyste de haut rang de la CIA, s'attaque notamment aux idées reçues des Américains et de leurs dirigeants de l'époque sur Saddam Hussein.

photo david furst, archives agence france-presse

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Richard Hétu

Collaboration spéciale

La Presse

(New York) À part peut-être George W. Bush, Dick Cheney et une poignée de leurs admirateurs ou anciens collègues, les Américains n'auront pas le goût de célébrer vendredi le 10e anniversaire de la pendaison de Saddam Hussein. Surtout s'ils lisent le livre que fera paraître demain le premier de leurs compatriotes à avoir interrogé le dictateur irakien après sa capture par l'armée américaine.

« La montée de l'extrémisme islamique en Irak, principalement sous la rubrique de l'État islamique, est une catastrophe que les États-Unis n'auraient pas eu à affronter s'ils avaient accepté de vivre avec un Saddam Hussein vieillissant et déconnecté », écrit John Nixon, ancien analyste de haut rang de la CIA, dans Debriefing the President : The Interrogation of Saddam Hussein, dont La Presse a obtenu un exemplaire.

Le livre ne s'attaque pas seulement aux idées reçues des Américains et de leurs dirigeants de l'époque sur Saddam Hussein. Il s'en prend également à la CIA, dont les analyses erronées sur certains pays vont parfois de pair, selon Nixon, avec une inclination à dire au président en fonction ce qu'il veut entendre. Les lecteurs de cet ouvrage ne pourront s'empêcher de se demander comment se comportera la CIA avec Donald Trump. Celui-ci n'a-t-il pas ridiculisé la conclusion de l'agence de renseignement selon laquelle la Russie avait interféré dans l'élection présidentielle pour l'aider à l'emporter ?

En attendant, John Nixon ne s'épargne pas lui-même. Né à Long Island en 1961, il a fait ses débuts à la CIA en 1998, travaillant au cours des années suivantes comme analyste responsable des questions irakiennes, et notamment de Saddam Hussein. C'est en raison de cette expertise qu'il a été déployé en Irak en 2003 pour participer à la chasse au dictateur, à son identification (il connaissait les endroits où Saddam avait été tatoué et blessé d'une balle) et à son interrogatoire (la CIA préfère utiliser le mot « debriefing »).

« J'ai été stupéfait de voir à quel point j'ai dû réviser mon analyse originale », écrit Nixon, ajoutant que son interrogatoire de Saddam lui avait fait comprendre « certaines des erreurs commises par les États-Unis dans la poursuite d'une guerre de choix en Irak alors que nous connaissions si peu ses réalités politiques et sectaires ».

SADDAM L'ÉCRIVAIN

Une des réalités politiques les plus étonnantes que Nixon dit avoir découvertes est la suivante : au moment où les États-Unis menaçaient d'envahir son pays, Saddam Hussein avait délégué à quelques-uns de ses lieutenants le pouvoir en matière de politique étrangère, se consacrant presque exclusivement à la sécurité intérieure de son régime et à l'écriture de son second roman. « En captivité, il se décrivait souvent comme président d'Irak, mais aussi, en second lieu, comme "écrivain". Cela faisait en sorte qu'il était difficile de concilier cette version de Saddam Hussein avec son personnage de "boucher de Bagdad" », écrit Nixon.

L'ancien analyste de la CIA a également été surpris de la réponse donnée par Saddam Hussein à une question portant sur ses figures historiques préférées. « Pendant des années à la CIA, on m'avait répété sans cesse qu'il avait étudié le parcours de Staline et Hitler, qui étaient prétendument ses modèles », écrit Nixon, avant de donner les réponses de son interlocuteur à sa question : de Gaulle, Lénine, Mao et George Washington, qui avaient aux yeux de Saddam Hussein le mérite d'avoir fondé de nouveaux systèmes politiques.

L'étonnement n'était pas à sens unique. Selon Nixon, après les attentats du 11-Septembre, Saddam Hussein était convaincu que les États-Unis feraient appel à son aide pour combattre l'islamisme radical, qu'il voyait comme une des plus grandes menaces pour son régime.

« Dans l'esprit de Saddam, les deux pays étaient des alliés naturels dans la lutte contre l'extrémisme et, comme il l'a dit à plusieurs reprises durant son interrogatoire, il ne pouvait comprendre pourquoi les États-Unis n'avaient pu s'entendre avec lui là-dessus », avance John Nixon.

John Nixon ne s'étend pas sur le fiasco des armes de destruction massive en Irak. Son livre, qui est caviardé à plusieurs endroits, n'aurait peut-être pas passé la censure de la CIA s'il avait trop insisté sur la manipulation politique à laquelle les dirigeants de l'agence, dont son chef de l'époque, George Tenet, ont participé pour justifier la guerre en Irak. Mais il a abordé cette question lors de son interrogatoire de Saddam Hussein, qui a répété que son pays ne possédait pas de telles armes au moment de l'invasion.

« Saddam a adopté un ton philosophique lorsqu'on lui a demandé comment les États-Unis avaient pu errer comme ils l'ont fait sur la question des armes de destruction massive. Il a dit : "L'esprit d'écoute et de compréhension n'était pas présent... Je ne m'absous pas du blâme." C'était un rare aveu de la part de Saddam sur le fait qu'il aurait pu présenter un portrait plus clair des intentions de l'Irak concernant les armes de destruction massive. »

Et le livre de Nixon est une admission non moins rare de la faillibilité de la CIA.




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